CONAN DOYLE T.1 : LE MONSTRE DU STAFFORDSHIRE

France – 2026
Genre : Policier
Dessinateur : Griffo
Scénariste : Rodolphe
Nombre de pages : 46
Éditeur : Anspach
Date de sortie : 25 septembre 2026
LE PITCH
Décembre 1906. Arthur Conan Doyle reçoit une lettre inhabituelle. George Edalji, jeune avoué du Staffordshire, lui demande de l’aide. Accusé d’avoir mutilé des animaux dans la campagne anglaise, il a été condamné à sept ans de travaux forcés à l’issue d’un procès expéditif. Trois années plus tard, libéré, mais toujours considéré coupable, il n’a plus aucun recours.
Son dernier coup d’archet
Tout le monde connait les plus grandes enquêtes de l’illustre Sherlock Holmes. Mais peu savent que son créateur lui-même joua à quelques occasions les détectives en herbe. Après avoir confronté Robert Louis Stevenson à l’une de ses terribles créations dans La Main du diable, Rodolphe et Griffo entrainent Conan Doyle dans des landes hantées par un éventreur sadique.
Par un triste hasard de planning, la sortie de ce premier tome d’une nouvelle série en devenir a été marquée deux jours plus tôt par le décès à l’âge de 78ans de son auteur, Rodolphe, scénariste prolifique s’il en est de BD avec plus de 200 titres à son actif. Un vétéran et une plume habile qui oscillait depuis quelques années entre les grands voyages de science-fiction à la recherche d’un avenir pour les terriens, et des retours dans le passé, plutôt littéraire d’ailleurs, où une proposition comme ce Conan Doyle trouve parfaitement sa place. Un hommage, forcément, aux grands écrits du créateur de Sherlock Holmes, mais où cette fois le rôle du détective est bel et bien détenu par le romancier. On imagine alors bêtement qu’il s’agit là d’une nouvelle fantaisie de Rodolphe imaginant de toute pièce le véritable Conan Doyle dans un cadre policier, devant à son tour faire appel à ses capacités d’analyses et d’observations pour déjouer une affaire criminelle inédite… Et pourtant, Le Monstre du Stafforshire s’inspire directement de faits tout à fait réels où Doyle fut effectivement contacté par le jeune George Edalji afin d’être totalement innocenté d’une sordide affaire de massacre d’animaux dans sa campagne.
Élémentaire
Même s’il pousse forcément un peu parfois les similitudes avec le héros de fiction, affublant un temps Conan Doyle du fameux chapeau « pour se mettre dans la peau du personnage » et abordant sa relation avec son secrétaire comme l’autre discourait avec son Watson, le scénariste reste tout de même toujours très proche des faits montrant les premières hésitations du romancier, sa visite sur les lieux et surtout la rapidité avec laquelle il pointa du doigt les nombreux manquements de la police anglaise, passant totalement à côté d’un détail qui pourtant… saute aux yeux. L’enquête en elle même n’est pas aussi complexe et tarabiscotée que celles de Holmes, mais elle illustre finalement de la même façon comment les origines des uns, le passé des autres et les élans rétrogrades de la société britannique peuvent rapidement plonger un innocent dans un authentique cauchemar judiciaire… en particulier s’il a la peau bronzée. Et le récit se montre aussi assez rigoureux, laissant justement les révélations plutôt ouvertes dans les dernières pages (si les suspicions portèrent lourdement sur deux frères, ils ne furent jamais inquiétés), évitant les trop larges extrapolations pour rester au plus proches de la personnalité curieuse et bienveillante d’un Conan Doyle qui fit appeler plusieurs fois par la suite à remplacer par la force des choses sa création si populaire. Artiste depuis plus de quarante ans et grand collaborateur de Rodolphe sur des titres comme Utopie ou La Main du diable, Griffo apporte sa touche profondément classique (sans que cela soit péjoratif) avec un trait fin et délicat qui met parfaitement en avant de très jolis décors et surtout une colorisation à l’aquarelle qui donne parfaitement vie à ces atmosphères britanniques, là aussi toujours bien placées entre le reconstitution historique et quelques effluves échappées des nombreuses aventures de Sherlock Holmes.
Une belle aventure, mais effectivement très méconnue de la vie de Conan Doyle que Rodolphe et Griffo mettent en avant avec beaucoup d’élégance. Voilà qui marquait un joli point de départ pour une série d’albums poursuivant ces véritables enquêtes du célèbre auteur, mais qui malheureusement restera sans doute orpheline faute de conteur.



