CIVILISATIONS : ROME

France – 2025
Genre : Histoire, Fantastique
Dessinateur : Federico Ferniani
Scénariste : France Richemond
Nombre de pages : 120 pages
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 3 septembre 2025
LE PITCH
An 281 de notre ère. L’Empire romain est à son apogée. L’empereur Probus vient de remporter sa campagne contre les Goths. Pourtant, les astrologues prédisent que dans très exactement 129 ans, l’Empire s’effondrera. Après la mort soudaine de Probus et de ses successeurs, il ne reste qu’un espoir pour inverser le cours des étoiles, un soldat choisi par les dieux pour sauver Rome : Dioclès d’Illyrie.
La chute
Grand final de la trilogie constituée avec des albums consacrés aux Civilisation crétoises et égyptienne, Rome vient définitivement éclairer d’un regard mystique les grandes heures de l’antiquité. Prédictions, mythologie et eschatologie se mêlent dans une grande fresque séculaire touffue et baroque.
En reprenant la main du récit après le premier tome, Crète signé Simona Mogavino, France Richemond (Le Trône d’argile, Jeanne La Mâle reine…), historienne de formation, avait immédiatement appuyé plus ouvertement sur les contours fantastiques de ce triptyque. Plus encore ici certainement puisque la société secrète des Enfants de Seth passe désormais au premier plan, s’efforçant tout au long de cet imposant album au format luxe (la tranche toilée est toujours du meilleur effet) de contrecarrer la vision d’un empire romain en proie aux flammes, aux invasions barbares et à une disparition annoncées. 100 ans pour changer le monde. Pour sauver une humanité qui a durement conquis une certaine forme d’élévation. Pour sauver une civilisation. Vaste programme une fois encore, que la scénariste aborde en multipliant les personnages, les évènements historiques revisités, scrutant les alliances éphémères, les guerres, les conquêtes et les glissements d’idéologiques parfois initiés par ces devins traversant le temps sans trop en subir les contrecoups, mais souvent provoqués par l’ambition des hommes. Les années et les décennies s’écoulent dans un foisonnant feuilleton où le lecteur à régulièrement tendance à se perdre, ballotté entre les diverses machinations, les courtes accalmies et plus généralement une bataille constante entre la condition humaine, l’éphémère de son existence, et des forces plus profondes, celles de dieux… ou plutôt des religions. Le regard porté sur l’avènement du christianisme et sa prise de pouvoirs dans les derniers instants de la civilisation romaine est assez passionnant et renvoie inévitablement à une lecture atemporelle, une notion de constante répétition historique.
Un nouvel âge
Cette précision et ce foisonnement de détails se retrouve aussi naturellement dans les illustrations impérieuses de Federico Ferniani (Bravesland, Prométhée, La Voie du Sabre…) dont le passé d’illustrateur pour publications archéologiques rejaillit constamment ici. Sans jamais se départir d’un coté très péplum et l’explosion de planches aux airs de grandes toiles exploratrices et épiques, le dessinateur apporte une vraie finesse dans la construction des décors antiques, reconnaissables ou non, les reconstitutions historiques, les costumes et même les visages et attitudes semblant parfois sortis d’une mosaïque ancienne ou d’une galerie de bustes et statues. Il y a quelque chose de profondément monumental dans Civilisations Rome, album foisonnant, ployant sous la masse d’informations, de détails et de scénettes amenées comme des rouages d’une gigantesque machine que même les astrologues visionnaires ne peuvent enrayer. De quoi effectivement perdre un peu le lecteur en cours de route, assourdis d’informations, mais aussi par la multiplications de personnages plus ou moins charismatiques. En particulier la superbe Aula, ancienne esclave qui usera en premier lieu de ses charmes pour influencer le destin, puis de ses connaissances nouvellement acquises pour prendre sa place au sein des enfants de Seth. Une figure énigmatique et ambiguë, présentée comme opaque et pivot, mais qui finalement servira moins de protagoniste complet que de fil rouge tout au long d’une trame assez alambiquée.
Peut-être que cette trilogie aurait trouvée une meilleure respiration si elle s’était déployée au-delà de ces trois grands tomes ?



