BUGLANDS : LA GUÊPE NOIRE

Buglands : Schwarze Wespe – Allemagne – 2024
Genre : Science-Fiction, Aventure
Dessinateur : Jared Muralt
Scénariste : Jared Muralt
Nombre de pages : 64 pages
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 3 septembre 2025
LE PITCH
Peuplé d’insectes géants, le monde en ruines se reconstruit lentement. Adèle, une entomologiste de renom, revient dans sa ville natale après avoir reçu un appel à l’aide de Pierrot, son ami d’enfance. Elle y apprend la mystérieuse disparition de Maxim, leur ami commun et de plusieurs autres villageois. Des rumeurs inquiétantes au sujet d’une Guêpe Noire mutante entraînent Adèle et Pierrot dans une enquête dangereuse vers les sites sacrés du plateau rocailleux.
Chrysalide
Auteur remarqué pour sa série post-apocalyptique La Chute chez Futuropolis, le suisse Jared Muralt propose un voyage plus court, et certainement moins désespéré chez Les Humanoïdes Associés avec Buglands. Un autre monde « d’après » peuplé d’insectes géants et de pensées mystiques.
Le ton est effectivement résolument moins sombre et les paysages abordés, désertiques certes mais solaires, chauds et évocateurs, décrivent comme une forme de renaissance possible après une catastrophe ou une guerre quelconque. Peu d’humains à l’horizon, quelques villages manifestement éparses, un léger retour en arrière, mais surtout une faune désormais peuplées uniquement d’insectes aux tailles variables, mutations évoquées de ceux que l’on connait aujourd’hui. Même le trait se fait nettement plus doux, plus épuré, et l’artiste invoque autant dans la douceur de ses visages quelques finesses à la Tardi (l’héroïne s’appelle Adèle, est-ce un hasard ?) que l’immense Moebius dans certaines de ses compositions. Un découpage ample et contemplatif, entrecoupé de pleines pages construites comme des mini-tableaux qui avec leurs teintes pleines et douces versant ocres, viennent effectivement invoquer une science-fiction à l’ancienne, plus proche de la Fantasy que des échos technologiques. Un monde assez fascinant, en tout cas très beau, que l’auteur choisit de très peu développer et expliciter, laissant toujours la rationalisation hors-champs.
Larve à l’œil
Pourtant les indices sont bel et bien là, les pistes sont nombreuses mais Buglands invite le lecteur à faire son propre chemin à travers cette petite histoire presque faite de rien. Ici Adèle donc revient au pays et découvre qu’il n’a pas tant changé. Quelques disparitions dans le lointain lieu de culte perdu au milieu du désert, quelques odeurs qui manifestement sont plus fortes qu’autrefois (la protagoniste « ressent » les vivants), même son camarade Pierrot est toujours aussi prévenant. Et ce qui ne devait qu’être une étape dans son voyage, une escale avant de se rendre à un colloque où elle devait prendre la parole, devient cependant une marche finale vers un profond bouleversement. Reposant sur la légende omniprésente du guêpe noire géante, crainte par tous, ce récit plutôt cryptique avance lentement, enchaine les petites scénettes presque quotidiennes, avant de s’achever de manière plutôt abrupte sans que, une fois encore, le lecteur n’ait véritablement été ménagé ou prévenu. Ce qui aurait pu être un final flamboyant tourne à la case anodine, mineure et aux conséquences abscons Une structure narrative vraiment étrange, mystérieuse, certes subtile mais tout autant hermétique, et qui a tout de même tendance à laisser le curieux en dehors du récit, interdit… assez dubitatif il faut bien le dire.
Un album extrêmement travaillé dans son approche graphique et qui confirme effectivement les talents de compositions de Jared Muralt, mais qui par le choix d’une histoire parcellaire et d’un monde à la fois assez proche et définitivement lointain, ne facilite pas l’immersion recherchée. On a la sensation d’être passé juste à côté.




