ALPHA FLIGHT L’INTÉGRALE T.1 (1978-1984)

Uncanny X-Men (1963) 109, 120-121, 139-140, Machine Man (1978) 18 et Alpha Flight (1983) 1-8 – Etats-Unis – 197/1984
Genre : Super-héros
Dessinateur : John Byrne, Steve Ditko
Scénariste : Chris Claremont, John Byrne, Tom DeFalco
Nombre de pages : 336
Editeur : Panini Comics
Date de sortie : 24 mars 2021
LE PITCH
Alors qu’une agence secrète du gouvernement canadien, le Département H, ferme ses portes, la Division Alpha, groupe de super héros qui y était affilié, va devoir affronter une menace venue du fond des âges.
Le X et l’alpha
Novembre 1984. Pour son 179ème numéro, la mythique revue Strange, consacrée aux héros Marvel, accueille une nouvelle série : la Division Alpha (Alpha Flight en vo). Une équipe de super héros canadiens d’un nouveau genre. Car même si elle rappelle sa prestigieuse aînée les X-Men – et pour cause, Chris Claremont et John Byrne en sont ses deux créateurs – elle va proposer un tel éclectisme dans le panel de ses personnages et une telle originalité dans sa narration, qu’elle va rapidement devenir une des séries préférées du lectorat de l’époque, jusqu’à devenir culte et provoquer aujourd’hui un véritable tsunami de fans à l’heure où Panini Comics annonce la sortie de la première des intégrales lui étant consacrée.
C’est dans Uncanny X-Men #109 (présent dans cette intégrale) qu’apparaît pour la première fois le personnage de l’Arme Alpha. En gros, un agent gouvernemental chargé d’aller récupérer Wolverine aux Etats-Unis, après que l’ancien Arme X canadien ait choisi de rallier les rangs des nouveaux X-Men de Charles Xavier. S’en suit une bataille entre l’agent et les X-Men dont la conclusion aboutira logiquement, quelques numéros plus tard, à une confrontation entre Alpha Flight et sa cousine américaine. Une première apparition pour les compagnons de l’Arme Alpha nommée désormais Vindicator qui va faire sensation. Leur nom ? Sasquatch, Shaman, Aurora, Northstar et Snowbird (Vega et Harfang en vf pour ces deux derniers). Un pendant canadien hétéroclite, fait de jumeaux aux costumes semblables, d’une sorte de grand singe roux, d’un sorcier indien et d’une métamorphe qui va, dès ce 120ème numéro de l’équipe du Professeur X, prendre son envol sous la plume de Chris Claremont et les crayonnés du désormais légendaire John Byrne. A tel point qu’une seconde apparition sur deux nouveaux numéros est prévue quelques mois plus tard avant de déboucher sur une série dédiée durant l’été 1983. La légende est en marche.
Le début et la fin
Comme il est à l’origine de leurs premiers crayonnés et qu’il a passé plus de vingt ans de sa vie au Canada (les origines de Wolverine viendraient d’ailleurs en partie de là), John Byrne est évidemment choisi pour dessiner la série. Qu’il va finalement aussi scénariser. Oui mais voilà, comment ne pas livrer un simple ersatz des X-Men sur lesquels il a travaillé et que son trait, très apprécié et reconnaissable entre mille, a marqué définitivement au fer ? C’est du côté du scénario, et dans sa façon de raconter l’histoire de ses différents personnages et finalement de l’équipe elle-même, qu’il va trouver la réponse. Dès ses premiers épisodes, Alpha Flight ne raconte donc pas l’histoire d’une équipe, mais l’histoire extrêmement détaillée et même novatrice de chacun de ses membres.
James McDonald Hudson, l’homme sous le masque de Vindicator, devient d’abord le héros principal de cette histoire. Un homme trahit, qui voit tous ses projets s’effondrer lorsqu’il comprend que ses inventions révolutionnaires de prospection d’énergies fossiles vont être détourner par le gouvernement canadien pour en faire des armes. Finit aussi le Département H, agence secrète qu’il pilotait et dans laquelle œuvrait Alpha Flight, démantelée après plusieurs missions infructueuses. Dès la première case du premier épisode, Hudson est seul, dans un costume qui ne lui appartiendra bientôt plus, dans un hangar vidé de ses installations. Enfin seul, pas tout à fait. Sa femme Heather, personnage féminin à l’importance capitale que Byrne ne cessera de développer par la suite, croit en lui et va même être à l’origine du rassemblement de l’équipe alors qu’une menace du fond des âges menace le pays tout entier. A l’issue de son premier épisode, Alpha Flight possède donc déjà sa personnalité propre et ses différences primordiales avec les X-Men de Claremont. Et la suite va encore creuser l’écart.
Byrne, baby, Byrne
Après un premier combat contre un monstre gigantesque, John Byrne abat donc ses cartes de scénariste. La créature est une des huit Grandes Bêtes venant d’autres plans dimensionnels et amenées à se réveiller pour ravager la Terre. Un arc narratif que le scénariste ne va pas infliger d’une traite à ses lecteurs mais ressortir de temps à autres tout au long de son run. Une base solide qui va lui permettre de développer un des membres de l’équipe : Snowbird, demi-déesse invoquée sur Terre pour lutter contre les Grandes Bêtes et qui cache son identité sous les traits d’Anne McKenzie, agent de la Police Montée. Un personnage étrange, à la beauté diaphane, dont la seule raison d’être est l’éradication des Bêtes et qui ne trouve sa place dans l’équipe qu’à travers elle.
Partant de cette base mythologique, John Byrne va alors prendre la décision de construire les premiers épisodes d’un arc narratif qui en comptera douze. Dans chacun d’entre eux, il va développer un personnage différent. Walter Langkowski est un physicien qui, en voulant reproduire les circonstances de la transformation du Dr. Bruce Banner en Hulk, est devenu une sorte de grand singe roux à la force herculéenne. Michael Twoyoungmen est Shaman, un docteur en médecine qui ne croit pas à la magie mais est, qu’il le veuille ou non, héritier d’une magie indienne ancestrale. Jean-Paul et Jeanne-Marie Beaubier sont respectivement Northstar et Aurora. Lui est champion de ski mondialement connu, fier et même imbu de lui-même. Un électron libre difficile à canaliser. Sa sœur jumelle serait tout l’inverse, jeune fille timide et effacée, si la jeune femme ne souffrait d’une schizophrénie qui faisait ressurgir de temps à autres une personnalité totalement contraire, qui devient du coup une menace permanente pour le groupe. Enfin, Puck, un homme atteint de nanisme dans des circonstances mystérieuses et Marina, créature semi-aquatique aux origines elles aussi mystérieuses. Des personnages forts, écrits dans leurs moindres détails, et qui vont être durant de nombreux épisodes au centre d’un comic book dont le titre évoque une équipe qui n’existe finalement pas vraiment. Celle-ci ne se rassemblant enfin qu’à l’occasion d’un double épisode qui clôt le premier arc narratif (et dont on pourra reparler plus longuement lors de la sortie du deuxième tome de cette intégrale).
Avec ces huit premiers épisodes, le dessinateur et scénariste pose donc les bases extrêmement solides de l’univers d’une équipe qui va ne cesser de s’enrichir au fil de ses numéros. Mieux ! A la relecture, des thèmes puissants habitent réellement ses pages : comme la confrontation entre science et mythes ou le poids d’un héritage trop lourd à porter. Sans parler de l’hommage (pour ne pas dire déclaration d’amour) que John Byrne fait à son pays d’origine. Remercions donc Panini Comics d’enfin sortir cette première intégrale, exhaustive concernant les années 1978 à 1984, puisqu’elle comprend l’intégralité des épisodes des X-Men impliquant l’équipe mais aussi leur apparition dans la série Machine Man de Jack « King » Kirby (dessinée à l’époque par le vétéran Steve Ditko). Pour reprendre une expression chère aux Marvelophiles : « And the best is yet to come ! ».