ENTRETIEN AVEC ANTONY COIA, FONDATEUR DE TETRO VIDEO
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Intervista Estrema

Pour satisfaire vos appétits de cinéma d'horreur indépendant, nous avons approché le distributeur européen TetroVideo, grand spécialiste du gore et de l'inmontrable.

Bonjour et merci beaucoup d'accorder cette interview à Regard Critique. Tout d'abord, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs ? Ton Parcours et celui de TetroVideo ?
Je m'appelle Antony Coia, et je voudrais d'abord vous remercier pour cette interview. Je suis simplement, et à jamais un amoureux du genre horreur. Au fil des années, ma passion m'a conduit à gérer divers sites d'horreur, festivals et concours, à travailler comme compositeur pour le cinéma puis à fonder TetroVideo, une maison de distribution dédiée au genre horreur mais pas seulement. TetroVideo est née grâce à la synergie entre moi et le réalisateur Domiziano Cristopharo. Avec le producteur Coulson Rutter, nous sommes responsables de cette société de distribution née au Royaume-Uni en 2018 et lancée publiquement en janvier 2019.

Pourquoi ce nom : TetroVideo ?
J'ai toujours été un amoureux de tout ce qui est sombre, l'horreur gothique pour vous situer, et je cherchais donc un nom qui pourrait représenter non seulement les films que nous distribuons mais aussi une partie de moi. En italien, « Tetro » signifie «sombre», «répugnant»...

Toi tu es en Italie, la société est au Royaume Uni, c'est une société 2.0 que vous faites tourner, peut-on voir Tetro Video comme une Start up ?
Il n'est pas facile de répondre à cette question... TetroVideo est née avec un investissement ridicule, c'est certainement une entreprise dynamique, en constante effervescence, et qui s'adapte rapidement au marché. Mais je ne pense pas qu'elle puisse de toute façon être définie comme une start-up.

À l'époque de la création de l'entreprise comment s'est fait le choix des premiers films ?
Il n'a pas été difficile pour nous de trouver des titres appropriés pour TetroVideo. Grâce à mes sites DarkVeins et iHORRORdb je suis assez informé tant sur l'actualité du cinéma d'horreur que sur les films plus underground. Notre premier titre était The Life and Death of a Porno Gang. Nous voulions un film connu dans le circuit souterrain ... Un film emblématique dans ce circuit comme le film serbe A Serbian Film, c'est un monument du circuit extrême.

Le marché du cinéma underground est un marché de niche, ce n'était pas un peu effrayant de se lancer là-dedans ?
Absolument pas ! C'est notre zone de confort et nous la connaissons très bien ! Ce n'est pas se coller une étiquette de « gens bizarres » que de distribuer du cinéma extrême. Nous ne sommes pas intéressés par les étiquettes, nous ne les craignons pas. Nous aimons oser et trouver d'autres "personnes bizarres" comme nous...

Je suppose que le tout premier projet était une aventure, quels souvenirs en as-tu aujourd'hui ?
Comme je l'ai dit, nous travaillons dans le cinéma depuis très longtemps. Je dirige un vivier dédié aux films d'horreur depuis 2003, nous organisons des festivals et des concours sur nos sites web. Domiziano Cristopharo réalise des films d'horreur / dérangeants depuis 2009 et Coulson Rutter est producteur et réalisateur depuis plusieurs années. C'était un processus naturel. Nous avons fait des films, en avons fait la publicité. Il était temps de se lancer également dans la distribution. Nous n'avions pas peur mais nous étions très excités et pleins d'énergie.

Et sa réception auprès du public ?
Le public nous a accueillis avec méfiance. Nous étions les derniers arrivés sur le marché, mais personne n'imaginait qu'avec le temps, nous deviendrions le plus grand acteur européen en termes de cinéma extrême. Aujourd'hui c'est une réalité, et c'est évidemment grâce à notre public, qui au fil du temps nous a accordé sa confiance, sortie après sortie.

Et le titre qui vous a vraiment fait connaitre ?
Après une période d'ajustement initial, durant laquelle nous avons publié 6 titres en 4 mois, nous avons commencé à sortir deux titres par mois ... tous les mois, sans jamais s'arrêter. Je ne pense donc pas qu'il y ait un titre plus important que les autres à cet égard.

On se doute que dénicher ce genre de films n'est pas facile, comment procédez-vous ?
Non, ce n'est pas facile. Les films disponibles ne sont pas nombreux, et souvent la qualité est médiocre. Vous risquez donc de vous retrouver dans le créneau amateur, où les films sont sans photographie, ont des effets médiocres et un casting à la limite du ridicule. À cela, nous devons ajouter que tous les films n'ont pas les droits disponibles. Ce n'est pas facile, comme je l'ai dit, mais nous continuons à trouver film après film. C'est peut-être parce que nous sommes vraiment bien intégrés dans le circuit.


Et les relations avec les auteurs ?
C'est un travail difficile où la passion, l'amour et le dévouement sont plus importants que toute autre chose. Nous respectons ceux qui font des films avec de petits budgets et les font bien.

Vous trouvez un film, quelles étapes devez-vous franchir avant d'aboutir à la commercialisation ?
Tout cela est très complexe et le travail concret commence dès que l'acquisition est terminée. Concevoir chaque version est un travail épuisant, mais nous nous amusons après tout.

On imagine que la censure doit être un frein terrible, non ?
La censure ne nous concerne pas. Nous n'avons aucune retenue à cet égard.

Parlons de la concurrence, quelle est votre ligne éditoriale pour sortir du lot ? Comment percevez-vous ces concurrents ?
Si je dois dire la vérité, il n'y a malheureusement pas de véritable concurrence. Au niveau européen, nous nous sentons vraiment seuls ...rires... Ce n'est pas bon car il y a peu de stimuli, et nous aimons faire la guerre !

Les films que vous distribuez sont généralement autoproduits, avez-vous songé à passer producteur ?
TetroVideo a produit, et produit plusieurs films, et surtout possède sa propre série exclusive nommée TetroManiac, dédiée aux maniaques célèbres, auxquels elle puise librement son inspiration. Le premier film était TetroManiac: eROTik, un film de nécrophilie inspiré de Dahmer. TetroManiac: 61 Scorecard Killer et TetroManiac: Confessions of a Necrophile Girl seront bientôt disponibles. Tous les TetroManiacs sont actuellement dirigés par Domiziano Cristopharo, sans qui cette série serait impossible. Je suis chargé de la bande originale sur l'ensemble des projets.

Des productions Tetro que j'ai pu regarder, j'ai remarqué les influences musicales de John Carpenter dans tes compositions. Donne nous un peu ta vision du scoring de films, et explique nous ta démarche créative, surtout quand la société est si prolifique.
Oui, John Carpenter est définitivement une de mes influences, si on parle de musique pour le cinéma. Lui, ainsi que Fabio Frizzi pour les films d'horreur de Lucio Fulci, sans aucun doute. Bref, j'adore les bandes sonores des années 80, qu'elles soient d'horreur, de science-fiction ou d'action, lorsqu'elles utilisaient principalement le synthétiseur, mon instrument de musique préféré. Si nous parlons d'horreur, je déteste les bandes sonores de heavy metal même si paradoxalement j'ai toujours été fan de heavy metal. Depuis 2015, j'ai fait de la musique sur 15 films, dont certains seulement pour TetroVideo, et d'autres projets externes. Ces films ont été diffusés dans le monde entier avec divers labels tels que : Artsploitation Films, Troma, Unearthed Films, SRS Cinema et autres. Faire de la musique est la chose la plus naturelle que je puisse faire, tous les membres de ma famille ont eu des rôles dans l'industrie de la musique. Ma mère était professeur de musique tandis que mon oncle était réparateur de synthétiseurs. Ma grand-mère a étudié la musique avec eux, et l'a ensuite enseigné à moi et à mes frères. Ma cousine, quant à elle, travaille pour une société d'instruments virtuels européenne bien connue. Je suis tombé dedans quand j'étais petit...

Vos projets dans l'immédiat ?
Trop de projets ... trop de sorties pour nommer l'un ou l'autre. Mais je peux vous citer les deux dernières acquisitions, à savoir Making Off de Cedric Dupuis, certainement le film le plus brutal de la New French Extremity. Puis Mai-chan's Daily Life, le film de Sade Satò, une transposition du manga éponyme par Waita Uziga.

Vous êtes resté sur le format physique, tout en étant une société 2.0, à l'heure de Netflix et YouPorn songez-vous à ouvrir une plateforme de streaming ?
Nous travaillons sur quelque chose comme ça, mais seulement pour élargir un peu nos canaux, rien d'important. Nous sommes des collectionneurs, et n'avons jamais eu d'intérêt pour les chaînes de streaming. Nous préférons que de belles éditions soient posées sur des étagères.

D'où ce format un peu spécial ?
Oui c'est un format allemand peu utilisé car trop couteux, il nous rappel les vieilles VHS de notre enfance. C'est pour ça que nos éditions sont limitées entre 50 et 100 exemplaires et coutent en moyenne 30€ pièce.

Elles prennent une sacrée place dans les étagères...ce n'est pas seulement un hommage, ça traduirait pas un peu votre ambition pour votre entreprise ?
Oui totalement ! ...rires

Et à plus long terme ?
Nous travaillons sur quelque chose de grand que nous espérons pouvoir annoncer d'ici l'été. Un projet qui pourrait porter le label à d'autres niveaux. Cependant, je préfère ne rien anticiper.

Un message pour donner envie à nos lecteurs de passer le cap ?
L'horreur extrême est le seul véritable héritier du tant aimé cinéma d'horreur des années 80. Pour le grand public, il y a La Nonne...rires....Je déteste ce film ! ....rires

Ce sont les mots de la fin de cette entrevue sympathique accordée par Antony Coia, co-gérant et compositeur pour la maison de distribution TetroVideo. Chantres du cinéma bis trashouille et kitsch, ils ont répondu à nos questions avec bienveillance et nous les en remercions.

Guillaume Pauchant
















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