LE LOCATAIRE
The Tenant - France / Etats-Unis - 1976
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Genre : Drame
Réalisateur : Roman Polanski
Musique : Alain Sarde
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et Français en Mono d’origine
Sous-titre : Français
Durée : 126 minutes
Distributeur : Paramount Home Entertainment
Date de sortie : 12 octobre 2010
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Locataire »
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LE PITCH
Trelkovsky, un jeune homme timide trouve un appartement vacant à louer mais apprend par la concierge que l'ancienne occupante s'y est défenestrée. Il emménage malgré tout et découvre progressivement l'ambiance inquiétante qui pèse sur ce bâtiment...
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Gorgeous Shoes, my dear

Il aura fallu attendre plus de 10 ans pour qu'un des films les plus méconnus de Roman Polanski sorte enfin en DVD, support qu'il méritait amplement. Et c'est grâce à un coffret collector limité proposé par la fameuse marque orange, accompagné des illustres Rosemary's Baby et Chinatown, qu'il est enfin possible de découvrir ou de redécouvrir cette subtile cristallisation de la schizophrénie qu'est Le Locataire.

Roman Polanski est probablement l'un des réalisateurs les plus controversés de ces 50 dernières années, la faute à une existence totalement surréaliste. De son enfance dans l'enfer de la Pologne sous le joug des nazis à une série de films dont les thématique firent scandale (Répulsion, Rosemary's Baby...), en passant par l'assassinat de sa femme Sharon Tate (où son implication fut suspectée dans les premiers temps) par les disciples de Charles Manson et une affaire de mœurs en 1977 qui le forcera à s'exiler des USA (affaire réapparue sur le devant de la scène médiatique en 2009 pour des raisons politiques), il est évident que Polanski ne laisse personne indifférent. De ce parcours tortueux est née une succession de films hétéroclites, largement influencés par ces événements et dont Le locataire est un parfait exemple. Sortant juste de la grosse production Chinatown, Roman Polanski s'envole vers Paris, où il obtient la nationalité Française (il est né dans la capitale) et s'attaque à l'adaptation du roman de Roland Topor Le locataire chimérique. Pour cela, il s'investit pleinement en endossant le rôle principal et s'entoure d'une impensable galerie d'acteurs : Isabelle Adjani (méconnaissable) interprétant la Parisienne branchouille de l'époque, d'anciennes stars oscarisées du cinéma américain telles que Shelley Winters qui campe le rôle improbable d'une concierge acariâtre ou du charismatique Melvyn Douglas, saisissant en propriétaire tyrannique. Ceux-ci sont accompagnés d'un bon nombre de têtes connues du cinéma français, encore à leur balbutiements pour certains : Gérard Jugnot, Josiane Balasko, Michel Blanc, Rufus, Romain Bouteille et un certain Claude Piéplu. C'est là une des premières entourloupes Polanski : en utilisant un casting franchouillard populaire par essence, le cinéaste prend déjà le public à contre-pied. N'attendez pas une éventuelle légèreté de ton, Le locataire est un film écrasant.

 

A godess, divine


Technicien maniaque et pointilleux Polanski va structurer son intrigue de manière subtile. L'introduction est d'ailleurs une démonstration de narration : après un impressionnant plan-séquence délimitant un immeuble refermé sur lui-même, le metteur en scène introduit sans attendre ses personnages clés et, surtout, l'appartement en question. Progressive et communicative, la dégénérescence psychique de Trelkovsky ne s'installe qu'une fois ces bases établies. Roman Polanski joue alors avec l'esprit rationnel du public en suscitant son empathie pour le protagoniste, tout en effaçant lentement nos repères et notre appréhension de l'environnement. Le portrait dudit personnage interpelle forcément : un jeune polonais tout juste naturalisé, perdu dans ses prospections d'un appartement dans l'enfer immobilier parisien (c'était déjà le cas il y a 35 ans !). D'où vient-il ? Comment a-t-il trouvé l'annonce ? Difficile de ne pas se perdre entre réalité et fiction tant l'identité de Trelkovsky est étroitement liée à celle de Polanski. L'intrigue se charge volontiers de tisser et d'enchaîner les quiproquos et autres confusions d'identité, au rythme de rencontres avec des seconds couteaux énigmatiques. La lente dégradation mentale du personnage principal, impuissant et perdant peu à peu le contrôle de sa propre existence, n'est autre que celle du réalisateur. Entre autodestruction et recherche de soi, Polanski fait ici étalage de son talent visionnaire en aspirant son public dans ses questionnements et ses craintes les plus intimes, et c'est avec quelques décennies de recul que l'on commence à prendre conscience de l'influence majeure de son travail sur d'autres grands noms du cinéma préoccupés par des thématiques similaires (en particulier David Lynch dans Lost Highway et surtout Mulholland Drive qui nous précipiteront dans cette même spirale infernale, face à des éléments incompréhensibles et hostiles). Toutes les obsessions de Polanski sont donc bien représentées, imbriquées même, dans Le Locataire : la paranoïa, la peur de l'autre, la perte d'identité, l'oppression et l'isolement. Avec cette oeuvre très kafkaïenne, le cinéaste s'imposait instantanément comme l'un des cinéastes "français" les plus talentueux encore en vie.

Jeremy Chateauraynaud










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Image :
Sans être révolutionnaire, la restauration est tout à fait honnête. Le master est propre, détaillé, sans scories et les couleurs sont bien étalonnées. La profondeur des noirs est de son coté très bien rendue, ce qui permet de profiter pleinement des scènes sombres dans l'appartement et de saisir la richesse de ce décor exigu. L'ensemble permet ainsi de retranscrire fidèlement le travail extrêmement précis de Polanski et de son chef-opérateur Sven Nykvist, enchainant les plans millimétrés et les cadrages parfaits.

 

Son :
De ce côté, il ne faut pas s'attendre à une piste multi-canal DTS puisque le film date d'une période où la stéréo n'était pas encore la norme. Nous avons donc droit à une piste mono d'origine, assez claire et convenant à la situation : la musique d'Alain Sarde étant utilisée avec parcimonie, on se concentre sur les dialogues et sur les bruitages, clairement restitués.

 

Interactivité :
Eh bien il faudra se contenter de peu, et même de rien puisque que le film est nu comme un vers, sans aucun bonus, ni même une petite bande annonce. Dommage pour un long-métrage aussi réussi techniquement, pour lequel on se serait pris à rêver d'un commentaire audio décryptant la richesse des symboles et des thématiques chères à Roman Polanski.

 

Liste des Bonus : aucun

 
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