L'OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL
L'Ucello dalle plume di cristallo - Italie - 1970
Image plateforme « DVD »
Image de « L'Oiseau au plumage de cristal »
Genre : Thriller
Réalisateur : Dario Argento
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais, Italien et Français en Dolby Digital Mono
Sous-titre : Français
Durée : 92 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 3 novembre 2010
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « L'Oiseau au plumage de cristal »
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LE PITCH
Témoin d'une tentative de meurtre dans une galerie d'art, un journaliste s'improvise détective et recherche l'identité du mystérieux agresseur.
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L'oiseau sort ses griffes

L'Oiseau au plumage de cristal entame la trilogie giallesque matricielle de Dario Argento et marque par la même des débuts de carrière particulièrement remuants. Bref retour sur un film aussi envoûtant qu'essentiel dans le parcours semé d'embûches de son auteur.

 

Dario Argento a longtemps prétendu que, davantage qu'à Hitchcock, Brian de Palma lui avait « tout piqué ». Si le style du réalisateur de Carrie se suffit à lui-même, le cinéaste digérant ses emprunts pour mieux révéler un travail de mise-en-scène avant-gardiste, difficile de nier l'influence d'un long-métrage comme L'Oiseau au plumage de cristal (détournant lui-même les codes du grand Alfred, du héros ordinaire plongé dans des circonstances extraordinaires à une analyse psychanalytique finale volée à Psychose) sur les futurs chefs-d'œuvre de De Palma. La progression verticale de l'intrigue, au fur et à mesure que le héros parvient à remettre en ordre et en « tableaux » un crime dont il a été témoin, comme si ses yeux étaient des caméras et son cerveau un banque de donnée cryptée, annonce clairement la quête de vérité par l'image de Pulsions et Blow Out, pour ne pas citer le tardif Snake Eyes. Véritable monstre de précision narrative (Argento, ici scénariste, maîtrisait alors le thriller comme personne), L'Oiseau au plumage de cristal passionne par son enquête à tiroirs, sa palette giallesque bien sûr (les gants en cuir du tueur, miam), sa galerie de personnages superbement ambiguë et surtout ses rapports de force sans cesse changeants, d'une séance d'interrogatoire qui se retourne contre l'enquêteur au gré d'une drague homo à une incroyable course-poursuite au cours de laquelle les belligérants seront tour à tour prédateurs et traqués.

 

Violente suggestion

 

S'il s'est quelque peu dilaté au fil des années en termes de structure et de rythme (certaines circonvolutions restent très seventies dans l'esprit, ce qui n'est pas forcément un mal !), L'Oiseau au plumage de cristal reste un grand giallo, d'une allure formelle impeccable (le 2.0 de la photographie inspire au réalisateur des cadres à la fois naturalistes et expressionnistes), et ponctué de scènes de meurtre à la fois elliptiques et intenses. Le gore n'étant pas encore tout à fait son crédo, Argento se montre particulièrement à l'aise dans une suggestion inconfortable et fortement sexualisée : voir le meurtre presque sado-masochiste de la jeune bourgeoise au creux de son immense pavillon, ou encore, au cours du dernier acte, ce couteau pénétrant une porte de manière équivoque, l'orifice obtenu soulignant par ailleurs le voyeurisme du tueur. Cette suggestion, Argento se fera un plaisir de la chambouler peu à peu, jusqu'au mythique et barbare Les Frissons de l'angoisse. Car à bien y regarder de près, il n'y a pas plus changeant, stylistiquement parlant, que la carrière du grand Dario, comme si le bonhomme troquait sa personnalité, donc son angle de tir, à chaque grande étape de sa vie. Visionnez d'affilée L'Oiseau au plumage de Cristal, Suspiria, Ténèbres, Le Syndrôme de Stendhal et Mother of Tears, et vous comprendrez de quoi l'on parle...

Alexandre Poncet

 

 

 

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Image :

De la collection Argento, L'Oiseau au plumage de cristal est loin de bénéficier de la meilleure copie. Si les conditions de visionnage sont bien meilleures que toutes celles que l'on a pu connaître au format DVD, le master reste légèrement abimé et les couleurs sont ternes. Les contrastes manquent quant à eux de puissance, mais difficile de dire s'il en était déjà de même à l'époque. Heureusement, le format 2.0 est parfaitement respecté et la compression est impeccable. Difficile d'attendre meilleure édition à l'avenir.

 

Son :

Wild Side nous gâte en nous proposant les versions italienne, anglaise et française en mono d'origine, toutes parfaitement compressées. L'expérience est bien sûr frontale et parfois un peu brute en termes de mixage en d'enchaînements musicaux, mais tout cela contribue clairement à l'ambiance, voire à la nostalgie.

 

Interactivité :

Comme sur les autres titres de la collection Argento, Wild Side et Fenêtre sur Prod. Nous livrent une rétrospective de 26 minutes, donnant la parole au maître dans un français hésitant et très approximatif, mais surtout à Laurent Lombard, professeur d'université, Bruno Forzani, co-réalisateur d'un Amer sous haute influence, Jean-Baptiste Thoret, auteur d'un livre de référence sur le maestro, et Luigi Cozzi, réalisateur, créateur d'effets spéciaux et proche d'Argento. Ces derniers reviennent avec davantage de pertinence que le principal intéressé sur la naissance du giallo et ses références à la littérature anglosaxone, les enjeux créatifs de L'Oiseau au plumage de cristal et sa filiation au travail d'Alfred Hitchcock, sa sortie au milieu des années 70 et son héritage, encore visible aujourd'hui. L'autre grand bonus de cette édition, produit en Italie, permet à Vittorio Storaro, directeur de la photographie d'Apocalypse Now et Le Dernier Empereur, entre autres chefs-d'œuvre, d'expliquer ses motivations quant à la création du format hybride 2.0, directement influencé par une fresque célèbre de Leonard De Vinci. Passionnante, à la fois très technique et compréhensible de tous (une belle gageure), cette featurette est aussi un véritable plaidoyer contre les affres du Pan & Scan et des recadrages télévisuels.

 

Liste des bonus : Retour sur un chef-d'œuvre (26'), Interview de Vittorio Storaro (13'), Bande-annonce, Galerie de photos, Filmographie.

 
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