MARS ATTACKS !
Etats-Unis - 1996
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Mars Attacks ! »
Réalisateur : Tim Burton
Musique : Danny Elfman
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais en DTS-HD Master Audio-5.1, français en Dolby Digital Mono
Sous-titre : Français, Anglais et divers
Durée : 100 minutes
Distributeur : Warner Home Video
Date de sortie : 26 novembre 2010
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Mars Attacks ! »
portoflio
LE PITCH
C'est un évènement planétaire (mais en fait surtout américain) : nos voisins de Mars ont décidé de débarquer sur Terre. Après quelques malentendus, il faut se rendre à l'évidence : leurs projets sont absolument tout, sauf pacifiques...
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Depuis quelque temps confortablement installé dans une fantaisie bourgeoise (cf. Big Fish, Charlie et la chocolaterie, Les Noces funèbres et Alice aux pays des merveilles), si l'on excepte la virtuosité baroque de l'ultra violent Sweeney Todd, Tim Burton incarnait, il y a quinze / vingt-cinq ans, l'un des derniers électrons libres en activité dans le paysage hollywoodien. L'un de ces artistes suffisamment en avance sur les attentes du public pour flatter son intelligence, et capables de profiter de cette popularité grandissante pour plier les studios à leurs volontés les plus excentriques. Apogée de l'incontrôlable boulimie créative de Burton et de ses réflexes frondeurs, Mars Attacks ! entend en 1996 pervertir de l'intérieur la machine hollywoodienne, devenue en deux décennies un rouage supplémentaire d'une turbine à fric planétaire.

 

Adapté d'une série de vignettes distribuées dans des paquets de chewing gum (le choix est déjà subversif en soi), Mars Attacks ! est un pari quasi-unique, de ces projets que l'on ne croise qu'une ou deux fois dans une décennie. Que la Warner ait accepté d'investir près de 80 millions de dollars sur l'autel d'une manœuvre purement anarchiste, via une satire impitoyable de la vie sociale et politique américaine des années 1990, relève déjà du miracle. Un malentendu sans doute, la série de triomphes commerciaux (dont deux Batman) dont sort le réalisateur inspirant à la Major une confiance sans borne vis-à-vis de leur petit génie. Bénéficiant d'un contrôle quasi-inédit sur son (anti-) blockbuster, Burton choisit de démonter la pédale de frein. Sans filet, Mars Attacks ! tire à boulets rouges sur les institutions et ne respecte rien ni personne. Tous sont ici égaux face aux lasers martiens, d'un groupe de vieillards infirmes atomisés devant Des Chiffres et des Lettres aux puissances militaires, d'une écolo-alcoolique à un magnat de l'immobilier opportuniste, d'un requin du barreau à tout un pan de la presse nationale (journalistes d'actualité et chroniqueurs people ? Même combat !), d'un attaché de presse érotomane à un scientifique convaincu de l'existence d'un lien de cause à effet entre le niveau d'évolution d'une civilisation et ses comportements bellicistes. C'est peu dire que ce dernier s'en mordra les doigts.

 

6 milliards de consommateurs

 

Opposant une humanité bavarde et argumentatrice au point de perdre toute logique (le « je pense donc je suis » de Descartes en prend un sacré coup au passage) à des petits hommes verts aussi technologiquement avancés que primitivement crétins (eux, au moins, sont sincères dans leur démarche), Burton envoie valdinguer les valeurs les plus fondamentales, tel un adolescent las de la vacuité du monde des adultes. Un monde bâti sur des principes tout sauf égalitaires, régi par une pelletée d'arrivistes qui, comme le sous-entendent des plans répétés d'un personnage à l'autre (cf. cette vitre de limousine qui s'ouvre de la même façon sur les visages de Martin Short et Jack Nicholson), se valent. Ce monde à papa, prônant une vie tranquille dans des banlieues standardisées, un abonnement au câble et l'adoption d'un chien pour égayer les photos de famille (voir les cadres hilarants qu'il réserve au cocon présidentiel en plein plateau TV), Burton n'en veut plus. Les martiens ne sont que l'expression d'une colère qu'il meut rapidement en une frénésie destructrice communicative, enchaînant dans une dernière demi-heure débarrassée des codes narratifs les plus fondamentaux du Septième Art (son anarchisme va jusque là !) les séquences les plus barges. Se payant au passage un hommage au cinéma qu'il affectionne (notamment celui de Ray Harryhausen, les clins d'œil à Earth Vs The Flying Saucers étant ici légions), Burton accouche avec Mars Attacks ! de son œuvre la plus extrême, la moins retenue. Une bombe artisanale qui touchera finalement terre au détour d'un épilogue méchamment ironique, détournement gonflé de l'imagerie Disney au service d'un discours purement anti-capitaliste. L'inverse, en somme, de la conclusion d'Alice au pays des merveilles, dans laquelle l'héroïne exprimait sa soif de rêve en partant, en souvenir de son commerçant de père, conquérir un marché asiatique encore balbutiant. Reviens Tim, tu nous manques...

Alexandre Poncet

 

 

 

 

 

 

 

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Image :

Le DVD comptait parmi les tout premiers titres sortis chez Warner, ce qui impliquait une compression parfois hasardeuse, une copie brute gangrénée de défauts de pellicule et un niveau de détail très faible. Le Blu-ray nous venge avec une image de très belle qualité, fort d'un niveau de détail considérablement accru : les effets de particules ressortent comme jamais (voir les débris minuscules lorsque les martiens tentent d'écraser les boyscouts avec l'obélisque de Washington), les arrières-plans sont incroyablement précis (Peter Suschitzky ayant tourné majoritairement avec une très grande ouverture) et des gags passés inaperçus en vidéo se révèlent au grand jour, notamment à l'intérieur des soucoupes (un clown et un cochon emprisonnés par-ci, une vache transportée sur le dos d'un alien par-là). De même, le niveau de violence retrouve son intensité d'origine, avec notamment quelques effets gore que le DVD et la VHS avaient littéralement enfouis (les gouttes de sang tombant de la tête coupée de Pierce Brosnan, son coeur arraché battant aux côtés d'un tronc démembré, et on en passe !). Les couleurs sont par ailleurs retrouvées, aussi vibrantes qu'en salle à l'époque (le générique d'ouverture avec l'envolée des soucoupes depuis la planète Mars retrouve ses teintes agressives, voire enfantines). Certes, on peut regretter le choix de l'éditeur d'étouffer légèrement le grain cinéma avec l'aide du réducteur de bruit, ou d'affiner les contours avec un peu d'Edge Enhancement, mais la photographie reste "35mm" dans l'âme, et la direction artistique retrouve toute la richesse qu'elle avait perdu sur les éditions précédentes (on aperçoit les pas de vis sur les outils de communication très rétro des humains, et l'avion dégommé par la soucoupe à 68'25 est enfin clairement visible). On voit difficilement Warner réserver à Mars Attacks ! un meilleur traitement dans l'avenir, qu'il soit lointain ou proche.

 

Son :

Le DVD proposait, en sus de son Dolby Digital 5.1, l'intégralité de la bande originale de Danny Elfman en piste isolée. Les collectionneurs devront garder leur ancien disque puisque celle-ci n'a pas été reprise par le Blu-ray. Si la VF n'a pas bougé d'un décibel, la VO profite tout de même d'une nouvelle compression en DTS-HD Master Audio de très haute tenue, bénéficiant d'une dynamique hallucinante, de graves puissantes et d'une spatialisation soignée, permettant de ne pas perdre les dialogues sous le score du rouquin ou les cris des Martiens.

 

Interactivité :

Il faudra s'y faire, Warner reste bloqué sur l'échec du film en salles, et continue d'ignorer le statut d'oeuvre culte que Mars Attacks ! a gagné au fil des années. Il y avait beaucoup à raconter au sujet de la conception du film, comme de ses effets visuels renversants, mais le Blu-ray manque une nouvelle fois le coche, se permettant même d'abandonner la piste musicale isolée jadis présente sur le DVD. On vous conseille donc de vous procurer l'excellent livre Making of sorti à l'époque chez Dreamland. Encore faut-il le trouver...

 

Liste des Bonus : Aucun.

 
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