PHENOMENA
Italie - 1985
Image plateforme « DVD »
Image de « Phenomena »
Réalisateur : Dario Argento
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et italien Dolby Digital 2.0, Français Dolby Digital Mono
Sous-titre : Français
Durée : 115 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 3 novembre 2010
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Phenomena »
portoflio
LE PITCH
Fille d’un acteur américain, Jennifer Corvino arrive en Suisse à l’Institut Richard Wagner pour y poursuivre ses études. Un soir, lors d’une crise de somnambulisme, la jeune fille assiste au meurtre d’une étudiante. Avec l’aide d’un entomologiste infirme, Jennifer va tenter d’identifier le meurtrier.
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Sarcophaga carnaria

Sorti deux ans après son ultime giallo, Ténèbres, Phenomena semble pensé par Argento pour imposer une nouvelle vision, un nouveau chemin pour les recherches formalistes de son cinéma. Un virage abrupt qui en refroidit plus d'un à l'époque,et qui, on le sait aujourd'hui, entraîna le bonhomme vers une série de tentatives déséquilibrées ou de purs nanars pathétiques.

 

Mais loin de ces futures débauches de ringardise, Phenomena fait encore preuve de l'immense talent maniériste du réalisateur des Frissons de l'angoisse. Si les habituels filtres de couleurs, éclairages criards et délires « bavaesques » ont totalement déserté le chemin de cet étrange giallo, les images projetées n'en restent pas moins fascinantes de beauté. Influencé par une école picturale plus naturaliste (les paysages boisés de la Suisse), Argento travaille chaque photogramme avec une minutie imposante, métamorphosant le moindre décor naturel en visualisation d'une inquiétante étrangeté si chère à David Lynch (le vent agite constamment les branches des pins), et éclairant l'internat comme une nouvelle demeure baroque, vivante et terrifiante. Un cadre profondément flippant au milieu duquel la douce et charmante Jennifer Connelly (alors âgée de seulement 14 ans et déjà sublime) évolue, hébétée et transie, telle une Alice qui au lieu de tomber dans le trou du lapin blanc découvre l'une des antichambres de l'enfer.

 

somnanbule

 

Construit comme un conte initiatique macabre et sadique, Phenomena cultive sa bizarrerie, donnant à la jolie gamine un pouvoir d'empathie envers les insectes (même les mouches nécrophages) qui va lui permettre de partir sur les traces d'un serial killer en activité dans la région. Affublé d'un entomologiste bavard (Donald Pleasance un poil largué) et de son singe intelligent (mais ne pratiquant pas encore la descente en rappel...), le film met régulièrement un pied dans le ridicule comme l'atteste une direction d'acteurs franchement hasardeuse ou l'utilisation absurde de morceaux de Hard Rock (Iron Maiden & co) en contre-point. Des défauts pas tous imputables au cinéaste puisque ce dernier dut ajouter quelques scènes policières pour expliciter un script pour le moins nébuleux (mais parfaitement « argentesque ») ou adoucir quelques effets sanguinolents sous l'impulsion autoritaire de ses producteurs. Avec moins de génie que le sublime Suspiria, le cinéaste continue pourtant de creuser une vision moderne de la figure de « la jeune fille et la mort », faisant d'elle la témoin direct ou indirect des exactions du tueur ou la plongeant dans une mare de cadavres en putréfaction. Film de contrastes où se côtoient violemment maniérisme pictural et mauvais goût, Phenomena est certes un exercice parfois malhabile, bancal voir malade, mais les fulgurances virtuoses des ses séquences de meurtre (adoucies par rapport au premier montage), la manière gracile de filmer l'éclosion de l'adolescence et le final d'un gore délirant en font une œuvre hypnotique.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Changement de photographie pour l'univers Argento, avec une lumière plus froide et des teintes plus directes. Cela n'empêche pas Wild Side Video d'effectuer sur le master un travail à couper le souffle avec un nettoyage intégral de la copie (manifestement prête pour la HD) et un travail plus qu'appréciable sur les contrastes. Avec son piqué d'enfer, ses couleurs pleines, sa compression musclée, sa profondeur de champ parfois hallucinante pour un simple DVD, la galette en présence est clairement le meilleur support jamais présenté pour ce film et tout simplement un DVD d'exception.

 

Son :
Pas de « triturage » de son pour Phenomena, qui voit simplement ses mixages d'origine gonflés sobrement par du Dolby Digital 2.0 et Mono. Un bon moyen pour préserver le travail initial, l'expérience frontale du film, tout en y apportant une clarté inédite et une qualité d'écoute optimale. Lesdites pistes ont été nettoyées à leur tour pour un résultat convaincant, en particulier du côté de la version anglaise (en l'occurrence la vraie VO) qui profite d'un dynamisme plus appuyé.

 

Interactivité :
Film du tournant formel, thématique et qualitatif de la carrière d'Argento, Phenomena méritait un supplément permettant au cinéaste de s'expliquer sur ces revirements et, pourquoi pas, expliciter ainsi quelques exercices navrants qui viendront entacher son génie par la suite. Dommage que le réalisateur joue le mutique ou se contente de jouer en touche tout au long de son interview. Heureusement Franco Ferrini (scénariste), Romano Albani (directeur photo) et Luigi Cozzi (responsable des effets spéciaux) s'efforcent de remplir les trous, évoquant l'absence de contrôle familial et le besoin de se découvrir de nouveaux horizons.

 

Liste des bonus : Rupture et controverse (26'), Galerie de photos, Bandes annonces

 
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