LE CRIME DE GIOVANNI EPISCOPO
Il delitto di Giovanni Episcopo - Italie - 1949
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Genre : Drame
Réalisateur : Alberto Lattuada
Musique : Felice Lattuada
Image : 1.33 4/3
Son : Italien DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 92 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 30 novembre 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
A la fin du dix-neuvième siècle, un modeste comptable est la victime d’un aventurier qui l’exploite et l’escroque...
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les malheurs de Giovanni

L'œuvre d'Alberto Lattuada, malgré sa longévité exceptionnelle et sa diversité impressionnante, demeure encore négligée de nos jours. Avec Le Crime de Giovanni Episcopo, l'un de ses premiers films, nous découvrons pourtant le talent d'un grand auteur, cultivé et cinéphile, à la croisée des genres bien aidé ici par l'interprétation de l'un des plus grands acteurs italiens, Aldo Fabrizi.

Quelques années avant Le Manteau en 1952 (adapté de la nouvelle de Nicolas Gogol), l'un de ses plus grands succès, Alberto Lattuada nous emmenait déjà dans les tréfonds de la solitude, le thème central de son œuvre, et nous exposait le déclassement d‘un homme avec Le Crime de Giovanni Episcopo en 1947. Un petit bureaucrate, n'ayant comme amis que ses logeurs, sa tortue et son canari...et, qui comme dans l'œuvre de Gogol, verra son existence basculer après avoir osé changer ses habitudes en s'offrant un nouvel habit, ici un costume.
Particulièrement célèbre depuis son rôle de prêtre résistant dans Rome, ville ouverte de Rossellini (1945), Aldo Fabrizi crève ici littéralement l'écran en endossant le lourd fardeau que portera ce Giovanni jusqu'à l'acte libérateur, quoique, qui donne le titre du film. Aussi bien célébré pour ses rôles comiques que dramatiques, Fabrizi semble avoir attaché beaucoup d'importance à ce projet. En effet, il acheta les droits du livre éponyme de Gabriele D'Annunzio (célèbre romancier et homme politique), participa au scénario et fit même jouer son propre fils. D'ailleurs, les séquences avec le petit Ciro, Amedeo Fabrizi, dans les rues d'une Rome pauvre, sombre et inquiétante demeurent de beaux moments de cinéma qui convoquent le souvenir d'un chef d'œuvre du néoréalisme, Le Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica, sorti un an plus tard... Et comment ne pas voir dans ce pauvre et pathétique Giovanni une préfiguration du vieil Umberto D. (1952), toujours de De Sica... Ainsi, sans être pourtant considéré comme un grand auteur, Lattuada figure clairement comme l'un des fondateurs, et influenceurs, du grand cinéma italien de l'après-guerre.

 

Cinéaste cinéphile


Avec la présence d'Aldo Tonti, qui collabora avec les plus grands (Visconti, Fellini, Rossellini), à la photographie, le film est incontestablement influencé par le néoréalisme aussi bien sur la forme que sur le fond avec la description réaliste du quotidien de la classe populaire romaine. Toutefois, comme il est de coutume avec Lattuada, le récit diverge et les genres se croisent pour accoucher d'une seconde partie surprenante. Ainsi à l'instar du splendide Mafioso (1962), avec Alberto Sordi, qui passait de la comédie provinciale au polar suite à une « partie de chasse », Le Crime de Giovanni Episcopo se meut en film noir tragique avec à sa tête un homme détruit par son désir, ici incarné par Yvonne Sanson, dans son premier grand rôle. Cinéaste cinéphile, fondateur de la Cinémathèque de Milan, Lattuada transpose à l'écran quelques clins d'œil bien sentis au cinéma de Murnau, avec le déclassement d'Episcopo proche de celui du Dernier des hommes.
Quant au personnage de l'escroc, incarné par un Roldano Lupi vampirique, il convoque l'expressionnisme allemand, et celui d'Yvonne Sanson, L'ange bleu et une Marlène Dietrich qui faisait courir à sa perte un homme à la vie bien rangée, trop... La qualité du récit et la profondeur des protagonistes ne sont d'ailleurs pas surprenantes car en plus de Lattuada et Fabrizi, on retrouve au scénario Piero Tellini, Susa Cecchi D'Amico et un certain Federico Fellini qui adaptent avec succès le roman de Gabriele D'Annunzio.

Inédit en vidéo jusqu'alors, saluons l'initiative de la collection Make my day d'exhumer une fois de plus un film méconnu qui méritait clairement mieux que l'oubli dans lequel il demeurait. Espérons que la conséquente filmographie, près de quarante films, du réalisateur milanais et notamment l'un de ses chefs d'œuvre, Le Moulin du Pô, nous soient également proposés prochainement !

Samuel Bouvet








 

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Image :
Restauré par l'immagine ritrovata en 2021 à partir du négatif original, la copie proposée dévoile quelques marques du temps avec traînées très visibles et persistantes... Toutefois, ne faisons pas la fine bouche car il s'agit sans doute de la meilleure version possible. La qualité HD est à remarquer, les tonalités très bonnes et l'image est nette avec un joli grain.

 


Son :
Également restauré, le son est de qualité, les dialogues sont clairs et la musique de Felice Lattuada, père du réalisateur et compositeur d'opéra, bien restituée.

 


Interactivité :
Présenté dans un packaging affriolant, le Blu-ray nous propose un peu plus d'une heure de bonus avec l'inhabituelle préface de Jean-Baptiste Thoret, directeur de la collection. Comme à son habitude, il parvient en quelques minutes à situer le film dans son époque, nous présenter le réalisateur sans en dire trop. Chapeau !
L'historien du cinéma italien, Jean A. Gili revient longuement sur le film et la carrière de son auteur qu'il a d'ailleurs rencontré à plusieurs reprises. Il regrette que l'architecte de formation soit encore « assez marginalisé » même en Italie. La faute peut-être à « une filmographie insaisissable » et à une « fin de carrière décevante ».

Liste des bonus : Préface de Jean-Baptiste Thoret (9'), Le film par Jean A.Gili (58').

 

 

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