JUST A GIGOLO
Schöner Gigolo, armer Gigolo - Allemagne - 1978
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Genre : Drame, Historique
Réalisateur : David Hemmings
Musique : Günther Fischer
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 107 minutes
Distributeur : L’Atelier d’Images
Date de sortie : 3 janvier 2023
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
À la fin de la Première Guerre mondiale, Paul, un officier prussien rentre à Berlin. Témoin des changements politiques qui fracturent l’Allemagne et ne parvenant pas à se réinsérer correctement, il devient progressivement le gigolo de femmes riches et solitaires, croyant ainsi pouvoir se faire une place dans la société…
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Nobody Cares for Me

Pas vraiment soutenu par un David Bowie manifestement très déçu de son expérience, sorti dans une indifférence assez générale et subissant quelques remontages et coupes en cours de route, Just A Gigolo reste une drôle de proposition. Une comédie triste et absurde au cœur de l'Allemagne de l'entre-deux guerres, mémorable essentiellement pour la dernière apparition à l'écran de la légendaire Marlene Dietrich.

Situé d'une certaine façon dans la continuité d'œuvres comme Cabaret de Bob Fosse et L'Œuf du serpent d'Ingmar Bergman, Just A Gigolo venait à son tour scruter les rues de Berlin à l'aube de la Seconde Guerre Mondiale, entre années folles, monde de la nuit et montée implacable du nazisme.... Mais avec une touche inédite d'ironie, un décalage qui vient trancher avec le dramatique de la situation et cet effondrement social et politique du pays vaincu. Visage inoubliable de Blow-Up et des Frissons de l'angoisse, David Hemmings, dont c'était la troisième réalisation, démontrait ainsi ses grandes ambitions de cinéastes, profitant ainsi d'une production plutôt luxueuse et presque entièrement financée par des studio Ouest Allemand, de superbes costumes et décors locaux, d'une reconstitution riche et d'une photographie particulièrement léchée, pour imposer un regard de biais sur une période trouble mais ô combien passionnante de l'Histoire. Parsemé de petites touches humoristiques, de séquences reprenant la rythme et l'esthétique des comédies burlesque du muet, Just A Gigolo conte pourtant le retour pas franchement rigolo un jeune officier prussien que tout le monde croyait tombé au front. Un fantôme comme beaucoup d'autre qui peine à retrouver sa place dans une société qui a drastiquement changé qui et qui s'enfonce de plus en plus dans la décadence et les ténèbres.

 

dans les petits salons berlinois


David Bowie qui sortait juste du sublime L'Homme qui venait d'ailleurs et qui justement était en plein dans cette « période allemande » qui donnera naissance aux albums Station to Station, Low et Heroes, incarne un jeune homme aux airs candides, traumatisé par ses souvenirs des tranchés, devenu impuissant et incapable de donner suite à sa romance avec la jolie Sydne Rome, prostituée aux rêves de stars. Il traverse le film comme détaché, un peu ahuri, cherchant simplement un but quitte à répondre aux sirènes du nationalisme et à s'engouffrer dans la carrière de Gigolo. L'occasion de revoir Kim Novak en joyeuse cliente aristocrate et surtout l'icône Marlene Dietrich dans son dernier rôle à l'écran. Cette dernière n'acceptera in fine d'y apparaitre qu'à la condition que ses plans soit tournés séparément à Paris (et non à Berlin), provoquant une nouvelle déception pour la tête d'affiche qui avait accepté le projet en partie pour avoir l'honneur de la rencontrer. Diminuée mais toujours aussi magnétique, elle interprète le fameux tango autrichien Schöner Gigolo, Armer Gigolo, rendu célèbre en 1956 par Louis Prima, mais en lui rendant toute son amertume. Un constant mélange de tonalité, une valse incertaine entre la légèreté et la lourdeur du contexte, que malheureusement le réalisateur ne maitrise jamais pleinement, se perdant régulièrement dans l'anecdotes, entrecroisant ses trames mais sans réelle logique apparente et s'épuisant dans un luxe visuel qui n'empêche certainement pas l'apparition d'un faux rythme, laborieux et, avouons-le, souvent bien ennuyeux. Même le propos politique et historique finit par perdre toute sa pertinence jusqu'à un final aussi abrupte que prévisible et facile.

Comme beaucoup David Bowie ne gardera vraiment pas un bon souvenir de son expérience, limité dans son personnage, écrasé par une entreprise assez chaotique, attristé par les frustrations et le résultat final. « Tous ceux qui ont participé à ce film - quand ils se rencontrent maintenant, ils détournent le regard... Écoutez, vous avez été déçu, et vous n'y étiez même pas. Imaginez ce que nous avons ressenti... C'était mes 32 films d'Elvis Presley réunis en un seul. » Ces propos lâchés lors des années qui suivirent n'aidèrent effectivement pas à la postérité du film.

Nathanaël Bouton-Drouard






 

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Image :
Plus que rare, Just a Gigolo était resté inédit dans son montage international en France (dispo ici uniquement en VOST), et n'a jamais vraiment profité d'une aura particulièrement positive. La copie HD existante n'est donc bien entendu pas hérite d'un nouveau scan à la source, mais bien d'une succession de retouches, plus ou moins voyantes, sur un master préexistant. Les cadres sont assez propres et stables, les couleurs bien marquées et la profondeur sobrement creusée, mais l'image est constamment empesée par une patine laiteuse, lissée, à l'impact plus ou moins marqué sur les matières et les détails.

 


Son :
Très sobres les pistes DTS HD Master Audio 2.0 retranscrivent avec fidélité les deux petits monos d'origines, autant dans leurs sensations d'époque, leurs frontalités nettes, que dans leurs petits défauts d'époque avec un léger crissement du coté de la VO et petit ronflement pour la VF. Rien de vraiment gênant cependant.

 


Interactivité :

Chez Shout Factory aux USA les amateurs ont pu apprécier en 2021 un commentaire audio enregistré par l'assistant de David Hemmings et surtout une interview croisée du scénariste Joshua Sinclair et du même Rory MacLean, qui reviennent sur la maturation du projet, l'arrivée de David Bowie et les nombreuses péripéties autour de la séquence avec Marlene Dietrich. Pas de trace de ceux-ci pour l'édition française, mais une rencontre avec Océan Zerbini qui résume la carrière et les rôles de David Bowie sur grand écran. Pas de grandes informations ni de réelles analyses sur sa relation compliquée et frustrante avec le 7 art. Un petit bonus à réserver aux néophytes.
Concernant le montage intégral de 2h27 correspondant finalement à la première présentation allemande, il reste totalement inédit en HD et difficilement trouvable en SD.

Liste des bonus: « David Bowie: un caméléon de A à Z » par Océane Zerbini, spécialiste pop culture, rédactrice Les Chroniques de Cliffhanger & Co (21'), Bande-annonce originale du film.

 

 

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