FREUD, PASSIONS SECRèTES
Freud - Etats-Unis - 1962
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Freud, passions secrètes »
Genre : Drame
Réalisateur : John Huston
Musique : Jerry Goldsmith
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio mono
Sous-titre : Français
Durée : 140 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 22 novembre 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Freud, passions secrètes »
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LE PITCH
À Vienne, en 1885, les recherches de Freud sur l’inconscient de ses malades et le sien l’amènent à ses principales découvertes et à un scandale qui ébranlera toute la médecine viennoise…
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L'aventurier du temps psychique

Réalisateur mythique de spectacle épiques et virils que sont Le Faucon Maltais, Le Trésor de la Sierra Madre, The African Queen ou L'Homme qui voulut être roi, John Huston n'était peut-être pas l'auteur le plus prévisible sur une biographie de Sigmund Freud, père de la psychanalyse. Il signe pourtant là ce qui s'apparente à son plus beau film d'aventure.

Et ce n'est même pas une commande, puisque son désir de raconter les découvertes révolutionnaires et la naissance des théories de l'inconscient date du film Let There Be Light, documentaire traitant des survivants de la Seconde Guerre Mondiale, soldats hantés par des symptômes post-traumatiques et soignés, entre autres par l'hypnose. John Huston y voit un nouveau continent à explorer, une terre méconnue, obscure, inquiétante et pleine de secrets enfouis dont il fait de Sigmund Freud le vaillant explorateur solitaire. Basé sur les deux scénarios imposants (mais infilmables dans la totalité) rédigés par Jean-Paul Sartre, voix de l'existentialisme et grand détracteur des théories freudiennes, la trame recentrée par Huston n'a donc rien du biopic bien sage venant simplement célébrer une personnalité, sommes toute en définitive bien rangée et peu passionnante. Il ny ajoute pas non plus une touche de scandale, maispréfère faire de sa quête intime et professionnelle, de sa passion pour l'esprit humain, le moteur à un authentique film à suspens, presque un polar aux accents noirs et parfois même surréaliste lorsque les rêves ou les fantasmes des patients prennent corps devant la caméra. Sans action et pourtant sans temps mort, Freud accompagne son protagoniste tout au long de son enquête, ne laisse jamais en retrait ses fausses pistes, ses erreurs, ni même ses retours en arrières où les murs de la société du 19ème siècle s'érige face à lui et sa mise en avant de l'existence d'une « sexualité » enfantine.

 

le symptôme de l'angoisse


Les premières expériences sur l'hypnose, sa première intuition de ce qui deviendra le Complexe d'Œdipe, sa mise en place progressive et délicate des dispositifs de la psychanalyse où la parole se libère parfois malgré elle, sa compréhension profonde et fascinantes des névroses fondatrices qui vont venir éclairer ses propres dérèglements, sont capté avec une justesse et une finesse incroyable par un John Huston particulièrement inspiré. Si bien entendu les mises en images des songes et des désirs inconscients des personnages sont les passages le plus spectaculaires, s'accoquinant avec le fantastique, le surréalisme plus esthétisant et l'allégorique (on pense forcément aux scènes équivalentes de La Maison du docteur Edwards d'Hitchcock en collaboration avec Dali) l'ensemble des plans sont savamment construits pour venir apporter une pierre à l'édifice, jouant de silhouettes laissées dans l'arrière-plans ou le flou, de détails marqués par de très gros plans, par des compositions qui tiraillent littéralement la psyché des personnages. Le noir et blanc atmosphérique et parfois inquiétant du chef opérateur Douglas Slocombe (The Servant, Le Bal des vampires, Les Aventuriers de l'arche perdu) est tout simplement sublime, alors que l'immense Jerry Goldsmith travaille une bande sonore mélancolique et énigmatique dont certains échos presque synthétiques seront directement repris pour son futur Alien.

Une expérience esthétique, intellectuelle, historique mais aussi passionnelle transposée à merveille par l'interprétation constamment ambiguë, séductrice, enfantine, tourmentée et fuyante, de Susannah York en patient hystérique en plein transfert, mais aussi avant tout par un Montgomery Clift à la posture de figure d'autorité, d'homme de science habité où vient constamment poindre dans le regard ou les faiblesses d'une posture une flamme intense, une bataille constante entre ses convictions profondes et ses propres fantômes. Peu importe que sa relation avec John Huston fût plus que houleuse sur le plateau (chacun se renvoyant plus ou moins la balle à ce sujet), les retrouvailles des deux hommes après le superbe Les Désaxés, aboutit une nouvelle fois à une très grande œuvre de cinéma.

Nathanaël Bouton-Drouard






 

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Image :
Rimini revient avec Freud, affirmant un peu comme une revanche après un simple DVD qui avait du se satisfaire d'une copie très fatiguée en 2017. Profitant d'une nouvelle restauration 2K effectuée aux USA en 2021, l'éditeur ressort donc le film dans une superbe édition et avec un très joli Bluray. Pas de retour manifeste à la source (pas de scan des négatifs semble-t-il) mais la remise à jour a été nettement plus soignée et approfondie, stabilisant les cadres, raffermissant les contrastes et redonnant au noir et blanc une plus argentique et organique. Quelques petites scories sont toujours assez présentes, mais le rendu général est plus que satisfaisant.

 


Son :
Pas de version française, mais la version originale est parfaitement incarnée et affirmée profite pleinement d'un DTS HD Master Audio mono clair et net et qui sait mettre parfaitement en valeur l'exceptionnel BO de Goldsmith.

 


Interactivité :
Nouveau Mediabook grand format pour Rimini qui propose une nouvelle fois un superbe visuel, un bel objet et un livret de 80 pages piqué en son centre. Un petit ouvrage synthétique rédigé par Marc Godin qui retrace la gestation et la production avec de nombreux détails et anecdotes. Des informations que l'on retrouve naturellement en partie dans les deux segments enregistrés par Marie-Laure Susini, psychanalyste pour l'ancien DVD, et qui se mêlent à des évocations plus précises sur les arrangements avec la vie réelle de Freud, ses textes et l'expositions de ses théories.

L'éditeur a aussi dégoté une analyse de séquence enregistrée lors d'une présentation du film à la Cinémathèque Française par Bernard Benoliel. Comme souvent l'exercice semble parfois un peu acrobatique et extrapole fortement sur les volontés de John Houston, mais le propos est intéressant et régulièrement assez pertinent. Enfin, la section bonus contient aussi un extrait audio d'une Master Class de John Huston, datant de mars 81 à la BFI, permettant au cinéaste d'évoquer ses débuts au cinéma, son amitié avec Bogart, sa période européenne (Moulin Rouge) et le tournage de Freud à grand renforts d'anecdotes croustillantes et de notes d'humour vachardes mais assez irrésistibles.

Liste des bonus : le livret « Histoire d'un film sous influence(s) » rédigé par Marc Godin, critique de cinéma (80 pages), Masterclass de John Huston, enregistrée le 15 mars 1981 au National Film Theatre / British Film Institute (36'22"), « Freud, les yeux grands ouverts », analyse de Bernard Benoliel, direction de l'action culturelle et éducative à la Cinémathèque Française (14'39"), « Freud, le film oublié », par Marie-Laure Susini, psychanalyste et écrivaine (17'04"), « Secrets d'adaptation », par Marie-Laure Susini, psychanalyste et écrivaine (11'17")

 

 

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