SOUDAIN DANS LA NUIT
Gipeun bam gabjagi - Corée du Sud - 1981
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Soudain dans la nuit »
Genre : Horreur
Réalisateur : Go Yeong-nam
Musique : Choi Jong-hyeok
Image : 1.85 16/9
Son : Coréen DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 101 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 6 septembre 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Soudain dans la nuit »
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LE PITCH
Le mari de Seon-hee, professeur de biologie, vient d’engager une nouvelle domestique. Cette séduisante jeune femme a un passé tragique : sa mère, une chamane, a péri dans l’incendie de sa maison peu de temps auparavant. Le couple et leur fille accueillent l’orpheline dans leur maison, mais Seon-hee commence à avoir des doutes lorsqu’elle découvre une étrange poupée en bois que la bonne a apportée avec elle. Depuis plusieurs semaines, elle fait des cauchemars et a des visions de ...
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Femmea au bord de la crise de nerf

Si le cinéma d'horreur contemporain coréen est désormais parfaitement affirmé, on connait nettement moins, voir pas du tout, ses premières tentatives pré 2000. Retour en 1981 avec un inattendu mélange entre le thriller domestique et la folk horror locale signé par l'un des plus prolifique cinéaste du pays.

Pratiquement inconnu hors des frontières de Corée, Go Yeong-nam y parait presque comme une anomalie accumulant en quarante ans de carrière pas moins de 108 longs métrages, parfois tournés jusqu'à quatre la même année, et s'intéressant avec économie à peu près tous les genres disponibles à l'horizon. Une approche presque italienne du cinéma d'exploitation, très bis, mais néanmoins toujours soignée, et qui profitait en ce début des années 80 d'un très récent et inespéré relâchement de la censure, voir même d'un étonnant encouragement à un certain érotisme permettant de mieux vendre les productions locales à l'étranger. Go Yeong-nam ne se fait pas prier et en s'appuyant sur une toile de fond qui rappelle inévitablement le classique La Servante de Kim Ki-Young, va introduire son objectif dans la plus grande intimité d'un couple bourgeois de l'époque. La promesse de scènes légèrement dénudées, de quelques poitrines et fesses affichées et d'échanges corporelles suaves (mais finalement très sobres pour les spectateurs actuels), mais qui ne vont s'avérer jamais totalement gratuits. Car la sexualité, le désir, sont bel et bien au cœur de Soudains dans la nuit, portrait d'une femme au foyer, fragilisée par le temps qui passe, persuadée que son époux à une aventure avec la jeune et candide et jeune bonne à tout faire qu'il vient de ramener de l'un de ses voyages à la recherche de papillons exotiques.

 

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La sophistication moderne face à la rugosité d'une campagnarde pas finotte, l'âge mur face à l'insolente jeunesse, la rationalisation face à des effluves mystiques qui prennent l'apparence d'une curieuse poupée rituelle... Entre fantastique suggéré et glissement vers la folie, Soudain dans la nuit résonne comme une version locale de Répulsion ou Rosemary's Baby avec un soupçon de Shining, mais nourrie constamment le doute par une réflexion profonde sur la modernité coréenne et sur la place de la femme à une époque où le confucianisme la réduisait encore à servir docilement son époux et maitre. Ici point vraiment de jalousie ou de colère envers le mari qui serait adultère, mais une culpabilité cruelle, une douleur lancinante, une hargne envers son propre sexe qui entraine Seon-hee vers des délires de plus en plus graphiques, inquiétants, et même des pulsions meurtrières. Parfois un peu kitch aujourd'hui dans sa représentation d'un mal primitif et mystique, dans la surabondance répétitive des effets optiques, l'objet marque cependant pas son atmosphère étouffante et la fermeté avec laquelle le réalisateur la met en place, se livrant à un mélange de rigueur et d'expérimentations qui n'est pas sans rappeler une nouvelle fois l'école italienne et le giallo excessif de cette même décennie, en particulier par un final démonstratif, délirant et particulièrement graphique.

On est encore loin des visions traumatiques du Suspiria de Dario Argento, mais entre possession démoniaque et folie paranoïaque Soudain dans la nuit fait affleurer un touchant et terrible portrait d'une femme à bout de nerf.

Nathanaël Bouton-Drouard






 

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Image :
Inédit chez nous en vidéo, Soudain dans la nuit nous parvient sous la forme d'une éclatante copie HD. Le film a clairement profité d'une authentique et soignée restauration à partir d'une source scannée en 4K. Si on excepte quelques secondes traversées de stries jaunâtres, le master est d'une impressionnante netteté, délivre une définition minutieuse, une profondeur naturelle et des couleurs généreuses et impeccablement contrastées. Même les différentes retouches kaléidoscopiques du film, les filtres de couleurs et les séquences les plus sombre ne montrent un quelconque signe de faiblesse.

 


Son :
La piste coréenne d'origine mono, délivrée dans un DTS HD Master Audio limpide fait preuve là aussi d'un nettoyage inédit. Aucune perdition à signaler, la restitution est forcément frontale et centrale, mais reste constamment clair et équilibrée dans son rendu des ambiances de plus en plus fantasques et puissantes.

 


Interactivité :
Un seul supplément est présent sur cette édition Bluray. Une présentation du film enregistrée par Antoine Coppola, spécialiste du cinéma coréen qui permet de mieux comprendre les thématiques sous-jacentes du film et surtout ses liens avec les évolutions sociétales du pays dans les années 80, le regard porté sur les femmes, la spiritualité, l'ascension sociale et ses références cinématographiques plus ou moins assumées.

Liste des bonus : « Possession » : entretien avec Antoine Coppola, historien et professeur de cinéma à l'université Sungkyunkwan de Séoul, auteur du Dictionnaire du cinéma coréen, éditions Nouveau Monde (HD, 28').

 

 

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