DOCTOR STRANGE IN THE MULTIVERSE OF MADNESS
Etats-Unis - 2022
Image plateforme « Bluray 4K »
Image de « Doctor Strange in the Multiverse of Madness »
Réalisateur : Sam Raimi
Musique : Danny Elfman
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais Dolby Atmos, Français, Allemand & Italien Dolby Digital + 7.1
Sous-titre : Français, Anglais, Italien, Allemand...
Durée : 127 minutes
Distributeur : Walt Disney Home Video
Date de sortie : 2 septembre 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Le Docteur Strange doit protéger la jeune America Chavez d’une horde de démons qui tentent de lui voler son précieux pouvoir : ouvrir des portails d’une réalité parallèle à une autre …
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Le Retour du fils prodigue

Il était parfaitement légitime de craindre que l'arrivée de Sam Raimi dans le giron des studios Marvel sous la haute autorité de Kevin Feige n'aboutisse à une forme de renoncement, le trublion de la saga Evil Dead condamné à jouer le rôle un peu triste de mercenaire de luxe. Surprise, le cinéaste est parvenu à imposer sa voix, au-delà des gimmicks formels attendus, et à tenir en laisse un blockbuster menaçant pourtant à chaque instant d'imploser sous la pression du fan service. Welcome back, Mr Raimi !

La dernière réalisation de Sam Raimi pour le grand écran nous avait laissé avec un goût amer en bouche. Sorti au début de l'année 2013, Le Monde fantastique d'Oz échouait dans les grandes largeurs à accoucher d'un prologue satisfaisant à l'univers des romans de L. Frank Baum. Seules les dix premières minutes cadrées en 1.33 dans un très beau noir et blanc venaient nous rappeler l'audace et la maîtrise du cinéaste avant qu'une orgie de couleurs, de 3D et de CGI plus envahissants que convaincants n'entraîne le film vers les mêmes sorties de route paresseuses et agaçantes de l'ignoble Alice aux Pays des Merveilles de Tim Burton, l'ignominie d'une morale douteuse en moins (ouf !). La loose, mais sans la honte.
Confirmant une lassitude bien visible à l'écran, Raimi s'est ensuite tourné vers la production et le petit écran, retrouvant une seconde jeunesse en mettant en boîte le pilote on ne peut plus groovy de la série Ash Vs Evil Dead ou une paire d'épisodes pour la série policière Rake avec Greg Kinnear et Miranda Otto. Ajoutez à cela une collaboration réussie avec Alexandre Aja pour le très sympathique film de croco Crawl et c'est un Sam Raimi regonflé à bloc qui accepte, alors que personne ne l'y attendait, de reprendre la place laissée vacante par Scott Derrickson, réalisateur du premier Doctor Strange en 2016. Lessivé par la très mauvaise expérience de Spider-Man 3 et de sa suite avortée, le réalisateur a d'ailleurs bien failli refuser l'offre faustienne de Kevin Feige. Avant de saisir l'opportunité de reprendre la main sur un genre qui lui doit énormément.

 

abracadabra !


Pour une simple « suite », les enjeux de Doctor Strange in the Multivers of Madness ont de quoi donner le vertige. Poursuivre l'histoire de Stephen Strange, développer les fils narratifs introduits dans les séries WandaVision, Loki et What If ?, solidifier la notion de multivers introduites dans Spider-Man : No Way Home et poser les jalons des futures productions Marvel à coups de caméos attendus par des hordes de geeks en PLS. Déception prévisible, la nécessité commerciale de garder le concept de réalités parallèles intelligible et compréhensible par toutes et par tous débouche sur une vision forcément étriquée de la chose, simple gadget dont Marvel use et abuse pour multiplier les clins d'œil et les madeleines de Proust. En revanche, il faut saluer l'intelligence de Michael Waldron d'avoir compris que la meilleure méthode pour rendre son intrigue comestible et divertissante est bel et bien celle de la course-poursuite, imitant au passage la linéarité et la vélocité d'un Mad Max Fury Road ou d'un Terminator premier du nom. Un poursuivant (ou dans ce cas une poursuivante), deux proies et une caractérisation qui s'établit dans l'action sans jamais oser la ralentir.

Autorisé à foncer sans se retourner, Raimi accentue la tension de la traque menée par la Sorcière Rouge (une Elizabeth Olsen émouvante et terrifiante) en multipliant les saillies horrifiques les plus surréalistes qui soient, comme cette attaque de Wanda par le biais de reflets meurtriers ou les âmes damnées qui attaquent un Strange en pleine transe et qui renvoient autant aux démons qui menacent d'emporter Conan dans une scène célèbre du film de John Milius qu'aux incontournables deadites de la trilogie Evil Dead. Mais l'exploit du cinéaste ne se manifeste pas uniquement dans la virtuosité d'un spectacle constant et à deux doigts de nous épuiser mais dans sa capacité à ne jamais négliger le drame vécu par un trio de protagonistes blessés dans leur chair et dans leur âme. Besoin de maternité, vanité d'une existence gâchée par l'arrogance et le déni, fuite en avant d'une jeunesse sans repères et sans confiance. Là où Spider-Man 2 éprouvait le besoin d'appuyer sur la pédale de frein pour ne pas perdre ses enjeux de vue, Doctor Strange 2 tente l'exercice périlleux du funambule sous cocaïne dont on se demande comment il fait pour ne jamais se casser la gueule. Dans la machinerie trop bien huilée du MCU, de telles pirouettes frôlent le miracle inespéré.

Alan Wilson












 

 

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Image :
Un master 4K HDR de tout premier ordre qui fait honneur à la très belle photo de John Mathieson, complice de longue date de Sir Ridley Scott, et qui en profite pour corriger les problèmes de luminosité de certaines copies vues sur grand écran. Couleurs et détails en pagaille illuminent une copie équilibrée où la frontière entre le cinéma et la bande dessinée n'a jamais été aussi mince.

 


Son :
Seule la piste originale a droit au traitement royal du Dolby Atmos pour un résultat d'une perfection acoustique indiscutable. Du festival pyrotechnique de l'attaque de Kamar Taj par la Sorcière Rouge à la bataille de notes de musique entre le Docteur Strange et son sinistre alter-ego en passant par des silences diablement angoissants, l'immersion donne le vertige. Les autres langues doivent se contenter de mixages en « simple » 7.1 qui n'ont sans doute pas la même puissance et la même finesse mais qui suffiront déjà amplement à retourner les sens des home-cinéphiles amateurs.

 


Interactivité :

Bien accompagné, Sam Raimi a déjà prouvé son talent pour animer des commentaires audio à la fois rigolards et très informatifs. Sans atteindre les sommets de la trilogie Evil Dead, son trio avec le scénariste Michael Waldron et le producteur Richie Palmer regorge d'anecdotes sur l'écriture et le montage tout en restant pénalisé par une certaine langue de bois et une prudence toute promotionnelle. Déception en revanche du côté des scènes coupées réduites à trois misérables prolongations de moments déjà existants même si on ne va pas cracher sur un supplément de Bruce Campbell en train de se coller des baffes à lui-même à cause d'un sortilège. On sait qu'il existe au moins une bonne vingtaine de minutes de matériau inédit, notamment lors de la bataille de Kamar Taj et avec les Illuminati et Sam Raimi en parle en détail dans son commentaire audio. Sacrément frustrant, donc. Et ce ne sont pas un bêtisier pas drôle et trois featurettes extrêmement superficielles (malgré de très nombreuses images de tournages sur des plateaux spectaculaires) qui arriveront à compenser ce petit rendez-vous manqué réclamé par les fans et les cinéphiles depuis la sortie du film au cinéma.

Liste des bonus : Commentaire audio de Sam Raimi, Michael Waldron et Richie Palmer / La construction du Multivers / Le manuel de la folie / America Chavez / Bêtisier / Scènes coupées

 

 

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