C.R.A.Z.Y.
Canada - 2005
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Réalisateur : Jean-Marc Vallée
Musique : Divers
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Québécois DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 126 minutes
Distributeur : L’Atelier d’Images
Date de sortie : 7 septembre 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Né le 25 décembre 1960 au Québec, Zachary Beaulieu ne ressemble en rien à ses quatre frères. Son père le soupçonne d'être homosexuel et, malgré un amour commun et immodéré pour la musique, leurs relations vont se tendre au fil des ans …
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Coming Out
Premier succès international du réalisateur québécois Jean-Marc Vallée, malheureusement décédé l'année dernière, C.R.A.Z.Y. prend autant que possible ses distances avec les codes mélodramatiques de la chronique familiale lambda en privilégiant la musique, la fantaisie et une reconstitution intimiste de la Belle Province sur près de trois décennies. Un film qui touche droit au cœur.

De ses débuts de vidéaste/clippeur au sein du projet Productions Perfo 30 en 1985 jusqu'au coup du foudre du public et de la critique pour C.R.A.Z.Y. vingt ans plus tard, la carrière de Jean-Marc Vallée aura suivi une courbe ascendante on ne peut plus classique. Cinq vidéoclips pour les groupes (fort peu connus, il faut bien avouer) Wild Touch, Glockenspiel, Park Avenue et New News cimentent son amour de la musique et lui apportent une formation solide. Viennent ensuite les courts-métrages avec Stéréotypes et Les Fleurs magiques, ce dernier bénéficiant de la présence d'un tout jeune Marc-André Grondin, futur tête d'affiche de C.R.A.Z.Y., déjà aux prises avec un paternel problématique. La consécration vient logiquement avec le premier long-métrage, La liste noire, thriller juridique sur des scandales sexuels emmené par l'excellent Michel Côté. L'intérêt d'Hollywood pour Vallée ne se fait pas attendre et le jeune cinéaste tente l'aventure au pays de l'Oncle Sam avec deux films à petit budget tournés à Los Angeles mais battant tout de même pavillon canadien : Los Locos, un western avec Mario Van Peebles, et Loser Love, un thriller. Une série TV narrant les aventures très steampunk d'un Jules Verne imaginaire et où se croisent John Rhys-Davis et l'humoriste Courtemanche complète un curriculum vitae d'où pas un poil ne dépasse.
C'est donc avec une certaine sérénité et des ressources solides que Jean-Marc Vallée peut entamer en 2000 l'écriture marathon de C.R.A.Z.Y., pot-pourri de toutes ses influences et de ses passions et dont l'histoire se base en partie sur celle de son ami et collègue François Boulay. Le projet est ambitieux et le cinéaste n'hésite pas à rogner sur son salaire pour s'assurer des droits des chansons qu'il souhaite intégrer au film. Un sacrifice nécessaire.

une famille en or

Raconté à la première personne au travers d'une voix-off posé par le personnage de Zachary « Zach » Beaulieu, quatrième enfant d'une fratrie de cinq gaillards, C.R.A.Z.Y. aurait aisément pu sombrer dans le mélodrame pesant mais Jean-Marc Vallée contourne le piège avec habileté. Les troubles de l'identité sexuelle de Zach, la pression d'un père pour qui l'homosexualité est un déshonneur et une atteinte à sa virilité ou encore la lente et tragique descente aux enfers d'un grand frère accro à l'héroïne ne sont pas des thématiques ou des pistes narratives « légères » mais le cinéaste refuse de plomber l'atmosphère et de trop garder les pieds sur terre. La musique joue bien évidemment un rôle essentiel pour désamorcer et tenir éloignée la sinistrose qui guette à chaque coin de scène. Plutôt qu'un simple marqueur temporel ou générationnel (même si cette dimension reste présente), la bande-son qui regroupe Patsy Cline, Charles Aznavour, David Bowie, Pink Floyd ou encore les Rolling Stones est avant tout employé pour son pouvoir d'évocation et d'évasion. Vallée ne s'abandonne jamais à la tentation un peu facile du juke-box mais se sert au contraire de ses chansons pour cultiver les jardins secrets de Zach et de son père, le premier sortant de sa coquille de non-dits pour exprimer sa personnalité et sa sensibilité (la scène - fantasmée - de l'église au son de « Sympathy for the devil » ou la danse en solitaire sur « Space Oddity ») et le second s'enfermant dans un rituel de mélomane monomaniaque au point de ne pas entendre le coup de fil qui annonce le décès de son fils.
La sincérité, l'authenticité et l'humour sont les plus belles armes de C.R.A.Z.Y. et sa réflexion sur la force des normes que nous impose notre entourage - direct ou indirect - est d'une intelligence rare. Puisant autant chez Alain Resnais que chez Robert Zemeckis ou encore chez Martine Dugowson, réalisatrice du trop peu cité et magnifique Mina Tannenbaum, Jean-Marc Vallée soigne la forme, le rythme et ses transitions, comme cette superbe ellipse sous-marine en contre-plongée où l'on passe de l'enfance à l'adolescence de Zach. Le casting mérite aussi toutes les louanges. Sosie de feu Gaspard Ulliel et du Keanu Reeves de My Own Private Idaho, Marc-André Grondin est une révélation et Michel Côté campe avec subtilité un patriarche aussi attachant qu'exaspérant. Un seul regret toutefois : la brièveté et la maladresse de l'épilogue desservi par un ralenti hors sujet et des postiches à la limite du ridicule.

Jean-Marc Vallée nous a quitté le 25 décembre 2021 d'un arrêt cardio-respiratoire, liant à tout jamais son destin à celui de Zach Beaulieu, héros fictif né le jour de Noël. Il y a des films, qu'on le veuille ou non, qui nous collent à la peau jusqu'à la fin.
Alan Wilson










 

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Image :
Inédit sur support haute-définition jusqu'à ce jour, C.R.A.Z.Y. marque bien évidemment des points pour ce passage tardif sur la belle galette bleue. Remasterisé il y a quelques années à la demande du réalisateur pour une rétrospective, l'image retrouve son équilibre entre extérieurs naturalistes et intérieurs colorés et chaleureux. Une réussite qui se confirme avec un surplus de naturel et un grain plus maîtrisé sur le disque UHD de cette édition, véritable joyau de la couronne.

 


Son :
La seule piste québécoise (sous-titré en français par intermittence because l'accent et le dialogue de la Belle Province) met forcément le paquet sur sa luxueuse bande-originale au point que l'on redécouvre - sans doute pour la millième fois - la richesse sonore des tubes des Pink Floyd ou de David Bowie. Les ambiances ne sont pas en reste et l'immersion dans le cocon familial des Beaulieu est total avec des dialogues et une spatialisation très étudiés.

 


Interactivité :
A quelques bonus/gadgets près (notamment, pour ceux qui s'en souviennent, un quizz franco-québécois), on retrouve toute l'interactivité très riche du double DVD de 2006. Anecdotique et presque murmuré, le commentaire audio de Jean-Marc Vallée distille quelques anecdotes quand il ne décrit pas tout simplement ce qui se passe à l'écran. Le long making-of en trois parties de près de deux heures donne un aperçu très intimiste et complet d'un tournage complexe, entre logistique liés aux effets visuels, répétition avec les acteurs, réunions de production et déplacement au Maroc pour les scènes se déroulant à Jérusalem et dans le désert. Très explicatif, pédagogue et passionné, le superviseur des effets spéciaux Marc Côté révèle l'envers des plans truqués et des milliers de retouches invisibles opérées dans le plus grand secret. Deux modules sont dédiés au tournage marocain et au processus d'audition et de direction du jeune Emile Vallée, fils du réalisateur et interprète du jeune Zach. Les dix-huit minutes de scènes coupées donnent un aperçu passionnant du montage et des choix du réalisateur puisqu'il s'agit en réalité de prolongations de scènes existantes, bouts de dialogues ou plans alternatifs. D'un bout à l'autre, l'interactivité entraîne le spectateur dans un voyage intimiste et nostalgique sur la création d'un film. Un très bel exemple de conception éditoriale.

Liste des bonus : Commentaire audio de Jean-Marc Vallée / L'audition d'Émile / Le tournage au Maroc / Le plateau de tournage : la scène de l'église, l'accident de moto / Making of : avec Jean-Marc Vallée (41 minutes), avec Pierre Even (18 minutes) / avec les acteurs (41 minutes) / Les effets visuels : introduction et 8 modules / Scènes coupées (18 minutes) / Bandes-annonces

 

 

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