GLORIA
Etats-Unis - 1980
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Drame
Réalisateur : John Cassavetes
Musique : Bill Conti
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS Master-Audio 5.1, Français DTS Master-Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 122 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 27 juillet 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Ex call-girl, Gloria prend sous son aile un jeune garçon dont la famille vient d'être exécutée par la Mafia.
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sexe faible, sexe fort

Restauration 2K et coffret collector pour l'un des longs-métrages les plus intenses de John Cassavetes. Une course poursuite frénétique sur le macadam de NYC confrontant une louve badass à une meute de coyotes aussi brutaux que pathétiques.

Drame intimiste maquillé en série B, étude de mœurs grimée en film de gangsters, Gloria est une merveille. De celles qui vous interpellent, vous empoignent et vous hantent longtemps après visionnage. Lion d'Or à Venise, c'est aussi et surtout le rejeton d'une étrange succession de malentendus. Cassavetes l'a souvent répété : il considérait cette œuvre comme une «anomalie» dans sa filmographie. Tourné dans la foulée de Meurtre d'un bookmaker chinois et Opening Night (qui malgré leurs qualités célestes furent deux échecs cuisants), Gloria ne devait à l'origine par être réalisé par Cassavetes. Il en avait simplement écrit le scénario à des fins alimentaires. Couvert de dettes et contraint de bosser pour payer ses factures, le cinéaste accepte de fricoter avec un grand studio (la Columbia) histoire de se refaire une santé. Pour lui, cela équivaut à vendre son âme au Diable.

Suprême ironie, ce déséquilibre forcé fait toute la beauté chahutée de Gloria. Au prime abord, Cassavetes semble aller à contre-courant de ce qui n'a jamais cessé de définir son art. L'indépendance à tout prix, l'improvisation comme moteur créatif et le geste instinctif sont laissés de côté au profit d'une courbe scénaristique plus balisée, plus structurée. En apparence seulement. Car à mesure que les séquences s'enchaînent, la relation exclusive qui lie cette ancienne call-girl à son petit voisin de sept ans finit par prendre le pas sur tout le reste. Mélange de trivialité et de drôlerie, de délicatesse et de tragédie, la trame de Gloria est à l'image de la vie. Celle de ses protagonistes. Celle du cinéaste. Et de la notre aussi. Imprévisible, bordélique surprenante, poétique. Elle porte le sceau de Cassavetes du premier au dernier plan.

 

prose combat


En fait avec Gloria, Big John marche un peu sur les pas de celui dont il fut le professeur & mentor: à savoir Martin Scorsese. Sur le papier, c'est bien un film de mafia tourné à New York. Sauf qu'ici, nous ne sommes pas chez Marty, loin de là. Nous ne sommes pas non plus chez Francis Ford Coppola. Abhorrant toute forme de violence, Cassavetes se refuse à immortaliser les gangsters dans une pénombre magnifiée comme s'il s'agissait de valeureux soldats de la Rome Impériale, à l'image des membres du Clan Corleone. Ils n'ont ni le swag, ni la gouaille, ni le mysticisme chevillé au corps et ô combien photogénique des «wiseguys» façon Mean Streets, Goodfellas ou Casino. Sous l'œil de l'auteur de Shadows et Faces, ils sont juste ridicules, veules, médiocrement anecdotiques. Des bêtes sauvages perpétuellement mises sur la touche. Des petites frappes sans envergure, de simples larbins, une horde de vautours ruisselant de sueur et gras du bide. Comme toujours avec Cassavetes, seule compte la vérité, la puissance de l'inattendu, la magie de la démerde et la pureté des rapports humains. Dans Gloria, les flingues crachent leur poudre sans que ne coule une seule goutte de sang. Les crimes sont filmés hors-champ, le réalisateur préférant se focaliser sur l'avant et sur l'après. Le long-métrage évoque une longue ligne de fuite, une ode à la survie scrutée caméra à l'épaule sur le béton armé de Big Apple. Entre rames de métro bondées, bars enfumés et chambres d'hôtel impersonnelles.

Et puis il y a Gena Rowlands. Son épouse, sa muse, son héroïne absolue. Celle sans qui Cassavetes ne serait pas Cassavetes. Dans Une femme sous influence, il en avait fait une mère de famille qui perdait brusquement pied, rongée de l'intérieur par la schizophrénie. Dans la peau de Gloria, Gena Rowlands est tout le contraire. Blonde platine qui jure, clope et picole comme un bonhomme, Gloria maîtrise les règles et les codes de la pègre mieux que personne. Elle a bien plus de «corones» que tous les lascars réunis et n'hésite pas à montrer le crocs. Voire à sortir sa pétoire dès qu'il s'agit de sauver la peau du minot dont elle assure la protection. Et dont elle commence à s'enticher de toute son âme. Un amour imposé, impromptu, réciproque. Et bouleversant puisque ce mini-macho portoricain, à la fois touchant et tête à claques, n'hésite pas une seconde à lui déclarer sa flamme: «Tu es ma mère, tu es mon père. Tu es toute ma famille. Je t'aime à en mourir Gloria». Chef-d'œuvre.

Gabriel Repettati








 

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Image:
Gloria n'a rien d'une production Marvel. Alors ne vous attendez pas à visionner une explosion de haute-définition. Néanmoins, le décrassage numérique s'avère exemplaire. Les contrastes sont saisissants, les couleurs retrouvent de leur superbe. Notamment lors des séquences en pleine ville durant lesquelles New York apparaît colossale et tentaculaire. Dans toute sa splendeur bitumeuse.

 


Son:
L'étalonnage est top. Les nouvelles pistes DTS HD Master Audio 2.0 aussi, avec un rafraichissement bienvenu et équilibré. Et la musique aussi. Pas difficile sachant qu'elle est composée par le grand Bill Conti à qui l'on doit la légendaire mélodie de la saga Rocky. Dans Gloria, le score doux-amer de Conti renforce le lien unique entre les deux personnages principaux de la plus belle des manières.

 


Interactivité:
Wild Side a mis le paquet. En plus d'un livret rempli de photos inédites et d'anecdotes de tournage, les bonus reviennent en profondeur sur l'art bouillonant de John Cassavetes. Sa manière de filmer, sa relation complexe avec le show-business, son amour des acteurs. Qui étaient aussi ses amis les plus proches. De plus, on réalise à quel point l'influence du cinéaste fut importante auprès de la génération des sales gosses du «Nouvel Hollywood». Un autre item est quant lui consacré à Gena Rowlands, magnifique comédienne baroudeuse, aussi rare et précieuse que son mari. Dans le dernier supplément, le réalisateur marseillais Robert Guédiguian dresse un parallèle passionnant entre son propre cinéma et celui de John Cassavetes. Bref, cette édition collector a vraiment de la gueule.

Liste des bonus: Boîtier Digibook contenant le blu-ray du film (121'), le DVD du film (116'), un livret de 50 pages rédigé par Frédéric Albert Levy, «Une femme d'influence»: portrait de Gena Rowlands par Muriel Judet, critique de cinéma (22'), «Un enfant revient»: analyse du film par Muriel Judet (38'), «Dix pas avant le peuple»: portrait de John Cassavetes par Robert Guédiguian (32').

 

 

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