LE DéSERT ROUGE
il deserto rosso - Italie - 1964
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Genre : Drame
Réalisateur : Michelangelo Antonioni
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Italien DTS-HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 117 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 5 juillet 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Désert rouge »
portoflio
LE PITCH
Mariée à un riche ingénieur, Giuliana est sujette à de fréquentes crises d’angoisse depuis son accident de voiture. Dans la banlieue industrielle de Ravenne, elle cherche le réconfort auprès de Corrado, un ancien camarade de son mari venu recruter de la main-d’œuvre...
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La prisonnière du désert

Film pivot dans la carrière de Michelangelo Antonioni, Désert rouge marquait la conclusion des grands mélodrames psychologiques tournés avec la grande Monica Vitti, mais aussi une ouverture vers une nouvelle carrière à l'internationale (par la participation du solide Richard Harris) et une entrée fracassante dans le monde du cinéma en couleurs. Une étude sourde à la beauté fascinante.

Si certain passent à la couleur comme un acte obligé, une simple note technique supplémentaire, Michelangelo Antonioni refuse de se contenter de capturer bêtement l'état naturel des choses. Il dira lui-même qu'il retourna alors à certaines sensations de l'enfance et à son approche pure et brutale de la peinture, décidant ici de restructurer les décors industriels de son film, faisant peindre silos, bidons, des pans de murs, de couleurs vives et marquées, tandis que les restes de nature environnante furent grisés, décolorés, désaturés, pour leur donner un contour dégradé, pollué et étrange. Sublimement photographié par Carlo Di Palma (Blow Up, Ombres et brouillard), Désert rouge transforme le réel, jouant autant sur la force des contrastes que sur les constructions ton sur ton où les personnages semblent se fondre, écrasés par l'objectif, dans des environnements grisâtres et poussiéreux. Un réalisme qui tire vers l'abstraction, un surréalisme minéral traversé de brumes aveuglantes et de flous déstabilisant qui ne sont en définitivement que la matérialisation de la perdition de Giuliana. Toujours interprétée par la muse Monica Vitti, celle-ci rejoint la longue liste de femme insatisfaites, esseulées et névrosées de la première partie de sa filmographie, mais avec une sensation de non-retour inédite.

 

amours bétons


Perdue à l'image, errant à travers un paysage désolé et hermétique (même si Antonioni se dira plus attiré par les éléments industriels que naturels, le spectateur risque d'avoir la réaction inverse), Giuliana est habitée par son incapacité à s'intégrer dans le monde qui l'entoure. Un groupe d'amis bourgeois et frivoles, un époux habité par ses ambitions industrielles et incapable de comprendre les troubles de son épouse, un enfant déjà plus attiré par la modernité que l'imaginaire, perturbent sa vision et son esprit. Comme un mal du siècle qu'elle espérait naïvement soigner dans les bras d'un amant de passage, classiquement collègue du mari. Un acte prévisible vers lequel le film tend avant de s'y éteindre pour revenir quasiment aux plans d'origines. Entre longs temps morts, dialogues existentiels teintés d'incompréhensions et d'impostures, Le Désert rouge tourne volontairement en boucle, piégeant la pauvre femme malgré tous ses vains efforts pour revenir à la « normale ». Rarement la dépression mélancolique n'aura été aussi parfaitement rendue à l'écran et sublimée par une approche quasiment expérimentale de l'image et du son (la musique électronique de Giovanni Fusco annoncerait presque les expérimentations lynchiennes d'Eraserhead), quitte à donner à l'oeuvre parfois une certaine distance, où l'émotion peine à subsister.

Seule véritable rupture dans le film, l'histoire que raconte Giuliana à son fils, celle d'une jeune fille sur une plage observant un étrange voilier qui repartira sans elle et entendant des chants venus du lointain, donne lieu à un film dans le film. Un rêve à la pureté naturaliste, à l'esthétique radieuse et à la symbolique aussi charnelle que paienne, ultime éclat d'une femme qui aura bientôt acceptée son inéluctable défaite sur la vie.

Nathanaël Bouton-Drouard




 

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Image :
Voilà un film qui méritait bien en effet une restauration aussi luxueuse que celle proposée ici. L'esthétique étant au centre même du film, le nouveau scan 4K du négatif, le réétalonnage soigné de la photographie, le nettoyage minutieux des cadres, le maintien constant des matières assurent sa totale redécouverte. Les couleurs retrouvent une superbe intensité tandis que le grain très marqué de la pellicule s'inscrit parfaitement dans le dispositif du film. Quelques plans restent encore assez flous, malgré une définition très poussée, mais ils sont issus de la volonté même du cinéaste de transmettre la perte de repères de Monica Vitti.

 


Son :
Seule la version originale italienne est proposée ici, mais avec un DTS HD Master Audio 2.0 qui assure une transmission parfaite du mono d'origine, nettoyé et rééquilibré pour l'occasion. Pas de défaut à noter, l'ensemble est frontal et clair.

 


Interactivité :
Proposé en boitier Amaray simple ou dans sa belle collection de petits coffrets collectors contenant quelques goodies pour cinéphiles (marque page, reproduction de photos et d'affiche et dossier de presse), Désert Rouge reprend directement pour sa nouvelle édition les suppléments déjà proposés lors d'un précédent coffret DVD dédié à Antonioni (sorti en 2007). Présenté en basse définition, les interventions restent cependant toujours des plus intéressantes pour les amateurs avec une mise en image d'une analyse critique publiée en 1964 dans les pages des Cahiers du cinéma, qui décortique la mise en scène et le scénario, suivi d'une intervention de l'universitaire Clotilde Simond qui observe la mise en image et les symboliques des troubles psychologiques de la protagoniste. Du coté des documents d'archives, on retrouve aussi une petite série de rush du film et un entretien d'Antonioni pour la télévision française, exercice qu'il ne semble pas apprécier plus que ça, répond à quelques réflexions sur les rapports de Désert rouge à ses films précédents ou à la peinture.

Liste des bonus : La reproduction du dossier de presse du film, un jeu de 10 photos collector, l'affiche du film (40 x 60), un marque-page, « Le Désert et l'oasis » : retour sur le film illustré par un texte de Jean-Louis Comolli, paru dans les Cahiers du Cinéma n°159, octobre 1964 (13'), « Le(s) Sens suspendu(s) » : entretien avec Clotilde Simond, enseignante et auteure de « Esthétique et schizophrénie » (18'), « Les Écrans de la ville » : entretien d'époque avec Michelangelo Antonioni, réalisé par colette Thiriet (INA, 1964, 12'), Rushes (6'), Bandes-annonces.

 

 

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