MILLE MILLIARDS DE DOLLARS
France - 1982
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Genre : Policier
Réalisateur : Henri Verneuil
Musique : Philippe Sarde
Image : 1.66 16/9
Son : Français en DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français pour sourds et malentendants
Durée : 132 minutes
Distributeur : Gaumont
Date de sortie : 29 juin 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Paul Kerjean, journaliste, reçoit un jour un coup de téléphone anonyme. Son interlocuteur accuse Jacques Benoît-Lambert, un homme politique, d’avoir reçu un « pot de vin », pour céder à l’étranger une usine française. L’enquête de Kerjean confirme cette accusation. Il publie un article retentissant sur l’affaire et un scandale éclate. Le lendemain, on retrouve le cadavre de Jacques Benoît-Lambert qui s’est tiré une balle dans la tête…
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A la gloire du dividende

Véritable pilier du cinéma français populaire Henri Verneuil (de La Vache et le prisonnier à Week-end à Zuydcoote en passant par Le Clan des Siciliens) entamait dans la dernière grande partie de sa fructueuse carrière un glissement progressifs mais remarquable vers le thriller politique avec en fin de ligne, Mille Milliards de dollars, souvent considéré comme le dernier grand film du cinéaste.

Le polar encore couillu avec Belmondo, Peur sur la ville, mais avec déjà une fibre anxieuse, Le Corps de mon ennemi sur le mariage sordide entre la bourgeoisie politique et les mondes criminels, du sommet I...comme Icare revisitant l'assassinat de Kennedy à la lisière de l'allégorie désespérée seront rejoint en 1982 par ce Mille Milliards de Dollars se confrontant alors à la marche conquérante des multinationales. Sa mise en scène délaisse progressivement le spectaculaire, se rend de plus en plus discrète tandis que ses scénarii deviennent plus complexes, plus verbeux même, comme si le cinéaste prenait la mesure des dangers qu'il dénonce. Et cette rigidité mêlée d'un didactisme que certain pourraient trouver laborieux, se prête pourtant à la perfection à l'univers de Mille milliards de dollars, plongée totale et extrêmement précise dans les coulisses du petit monde de la finance et des conglomérats encore assez discrets en ce début d'une décennie qui sera pourtant leur grande célébration.

 

Nos années frics


En s'inspirant d'un ouvrage économique dénonciateur du même nom signé Robert Lattès, du roman américain Gare à l'intox de Lawrence Meyer mais aussi du véritable scandale qui éclata autour des méthodes et des racines historiques douteuses de la multinationale ITT (aujourd'hui démantelée), le film s'assoit sur un réseau d'informations, de détails et de chiffres qui assurent une totalement crédibilité du propos, lui offrant même une portée visionnaire (la réalité a depuis largement dépassée la fiction) qui fait froid dans le dos. La structure tentaculaire de la firme GTI, son utilisation démoralisée du facteur humain, son dédain des frontières et des légitimités des états, son organisation autoproclamée au-dessus du reste du monde trouve sa meilleure illustration dans une grande réunion bilan dirigé par le président incarné avec fiel par l'impassible Mel Ferrer, entre le dirigeant d'une secte priant le billet vert et une incarnation bien trop réelle du Spectre des James Bond. Une réalité presque surréaliste parfois, qui va se dévoiler naturellement par le biais de l'habituelle enquête, ici menée par le journaliste opiniâtre Paul Kerjean, mis sur la piste par un mystérieux informateur, et qui va, sans le savoir, devenir l'outil d'une firme prête à tout pour augmenter les bénéfices de ses actionnaires. Surprenant de sobriété et de calme froid, Patric Dewaere incarne parfaitement la figure habituelle chez Verneuil de l'homme seul (ici presque « l'humain ») face à une gigantesque machine qui le dépasse, mais n'arrive cependant pas à redonner l'impulsion nerveuse qui manque parfois au film.

Parfois à la lisière de l'essai théorique, de la démonstration appliquée, Mille Milliard de dollars pèche un peu dans sa mise en place d'un vrai suspens, optant d'ailleurs pour une curieuse fin un peu facile et mélodramatique. Peut-être pas aussi puissant que ses films précédents, mais doté d'une acuité inquiétante certainement.

Nathanaël Bouton-Drouard






 

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Image :
Comme pour I pour Icare distribué à la même date, Mille milliards de dollars a été particulièrement cajolé par Gaumont qui nous fournit ici une remasterisation de très grande qualité. Un travail effectué manifestement en revenant à la source (sans doute un scan 4K du négatif) avec un nettoyage vigoureux de chaque image et une restabilisation des cadres. La copie affiche donc une définition extrêmement solide (même si les plans d'origine sont parfois légèrement « doux »), creusé et marqué à la fois par un léger grain de pellicule très naturel et des argentiques des plus élégants. Du bel ouvrage.

 


Son :

La piste française d'origine est disposée sur un mixage DTS HD Master Audio 2.0 qui souligne la aussi le coup de jeune apporté au matériel : le son est clair, équilibré, sans aucune perdition audible et se dote d'une légère dynamique avant discrète mais naturelle.

 


Interactivité :
Même si on ne pourra regretter l'absence de toute document d'époque (interviews, images de tournage...) Gaumont a tout de même voulu fournir une édition de qualité, proposant trois interviews intéressantes et complémentaires. Celle de Patrick Malakian, fils de Verneuil et assistant sur le tournage du film, permet d'avoir à la fois un peu accès aux secrets du tournage (naissance du projet, anecdotes croustillantes sur la collaboration entre Verneuil et Dewaere...), mais aussi d'évoquer sans langue de bois la dernière partie de carrière du cinéaste, plus politique, et références américaines. Suit une rencontre avec Enguerrand Guépy, autour d'une biographie sur Patrick Dewaere, qui lui remet en perspective le film dans la carrière de l'acteur alors en rupture avec une partie de la presse et du public. Le disque s'achève par une analyse du propos du film par l'économiste Christian Chavagneux qui vient autant en souligner la pertinence, le traitement frontal encore très rare dans la fiction, mais aussi en temporiser ou contrebalancer quelques théories qui se sont révélées inexactes. Un ensemble assez complet donc.

Liste des bonus : David contre Goliath (31'), Les Règles du jeu (16'), L'Homme de verre (24'), Bandes-annonces.

 

 

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