LA VICTIME DéSIGNéE
La vittima designata - Italie - 1970
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « La Victime désignée »
Genre : Thriller
Réalisateur : Maurizio Lucidi
Musique : Luis Bacalov
Image : 2.35 16/9
Son : Italien et français PCM 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 100 minutes
Distributeur : Frenezy
Date de sortie : 29 avril 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Victime désignée »
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LE PITCH
Stefano (Tomas Milian) est un jeune publicitaire frustré dans son mariage. Incapable de convaincre son épouse de vendre ses parts de leur société, Stefano se console avec sa maîtresse, Fabienne (Katia Christine). Un soir, il rencontre le mystérieux Matteo (Pierre Clémenti) qui lui propose un étrange marché. Stefano se lie d’amitié avec Matteo et ne voit pas le piège se refermer sur lui…
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L'ami assassin

Inédit en France depuis sa sortie en salle en 1972, La Victime désignée est pourtant considéré comme un grand classique du giallo en Italie. Et le tout jeune éditeur français Frenezy, dont c'est là le premier titre avec le western Texas Adios, ne s'y est pas trompé pour entamer une longue carrière que l'on espère fructueuse. Benvenuto !

Deux hommes se croisent sur les quais de Venise et semble subliminalement se reconnaitre. Au bout de plusieurs hasards dans la même journée, il finisse par se rapprocher amicalement et entame une discussion badine qui tourne à l'évocation possible du meurtre de la femme de l'un et du frère de l'autre, donc il s'échangerait l'acte pour éviter d'en être accusés directement. Un point de départ qui fait inévitablement penser à L'Inconnu du Nord Express, petit bijou du maitre Alfred Hitchcock dont l'ombre ne cessera de planer au-dessus du scénario et de sa mise en place implacable d'une machination dont le héros, Stefano photographe publicitaire, ne va jamais pouvoir s'extraire. Un engrenage machiavélique incroyablement maitrisé malgré un rythme volontairement lancinant, laissant à l'écart les habituels élans virtuose du giallo, au profit d'une atmosphère étouffante, d'un suspens pesant porté par une logique policière qui se met progressivement en place, au gré des mauvaises décisionss prises par le protagoniste. S'il est bien évidement largement aidé par la superbe photographie d'Aldo Tonti (Les Nuits de Cabira, La Cité de la violence) et l'incroyable symphonie baroque de Luis Bacalov (Django) idéalement accompagné par le groupe de rock progressif New Trolls, on imaginait pas forcément un metteur en scène comme Maurizio Lucidi (Le Défi des géants, Mon nom est Pécos) petit faiseur assez anonyme, livrer une copie aussi classieuse et carrée.

 

murder by design


Et pour cause, simple nom caché dans la longue liste de scénariste du film, Aldo Lado (Je suis vivant, La Bête tue de sang-froid, Qui l'a vue mourir ?) était à l'origine du premier traitement du film et officia comme assistant sur le tournage. Selon l'excellent ouvrage Conversation avec Aldo Lado publié chez les copains du Chat qui fume, le cinéaste vint même sauver l'entreprise à quelques reprises et calmer les passions des deux acteurs principaux. Irrémédiablement, le film porte sa marque, aussi bien dans l'utilisation inquiétante d'une Italie historique mais hors du temps que dans le sentiment troublant de morbidité constante qui empoigne le métrage. Il n'est jamais simplement question ici d'un traquenard virant à l'exercice mathématique mais bien à la relation ambiguë et complexe entre deux hommes entre rapprochements et répulsions, domination et acceptation, ou s'entremêlent autant les figures du double que des désirs homosexuels sugérés. Très loin de ses personnages explosifs et nerveux qui ont fait sa légende, Thomas Milian est surprenant en victime presque effacée, en homme incertain et fragile tombant sous le joug du charisme vénéneux d'un Pierre Clémenti (Belle de jour, Le Conformiste...) plus androgyne et mystérieux que jamais. Un duo d'acteur dont l'équilibre, voir la symbiose, nous ferait presque oublier que la superbe Katia Christine est aussi de la partie, dans le plus simple appareil et ce dès le superbe générique d'ouverture.

Film surprenant s'il en est, jusqu'à un twist final venant habilement confirmer l'étrange poésie qui l'habite, La Victime désignée est une authentique réussite, un thriller passionnant et sophistiqué.

Nathanaël Bouton-Drouard






 

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Image :
Restauré par la Cinémathèque de Bologne à partir d'un nouveau scan 4K du négatif original, La Victime désignée affiche une forme olympique sur support Bluray. Tous les cadres ont été admirablement nettoyés assurant une propreté admirable faisant totalement apparaitre la richesse de la définition, la profondeur de l'image et le grain de pellicule, présent, organique et admirablement géré. Même lorsque le brouillard envahit les rues de Venise et impose un rendu plus vaporeux ou lorsqu'un plan zoomé s'approche au plus près des matières. Et les reflets argentiques ne font qu'apporter d'élégance encore à la superbe photographie du film. Une sacrée réussite.

 


Son :
Plutôt agréable et assez bien interprété, le doublage français n'avait cependant été enregistré que pour une version raccourcie du film (proposée en bonus) et est donc accompagné de quelques passages en VOST pour la version intégrale. La piste originale italienne mono s'impose ainsi aisément avec un équilibre plus maitrisé et un meilleur relief porté sur la musique.

 


Interactivité :
Première sortie pour le nouvel éditeur Frenezy qui impose d'emblée une ligne éditoriale d'excellente qualité. Le packaging sobre mais élégant combinant boitier amaray (avec jaquette réversible) et fourreau cartonné contient un simple disque Bluray (le DVD est vendu séparément) mais ne s'interdit pas quelques bonus aguichants. A commencer par la présentation très complète, et comme toujours passionnante de Jean-François Rauger qui décortique le croisement d'influences du film, son duo d'acteur, ses fibres giallesques et ses motifs thématiques troubles sur le double avec la verve et le didactisme qu'on lui connait. Une approche complétée par l'intervention de l'italien Rosario Tronnolone qui scrute plus précisément les plans et les décors vénitiens pour s'approcher du cœur du film. Original et donc forcément assez accrocheuse, l'intervention de Louis de Ny se consacre uniquement à la bande originale et plus précisément à la collaboration entre Luis Bacalov et le groupe de rock progressif New Trolls avec petit historique du mouvement en Italie et amorces d'analyses des thèmes principaux. Le programme s'acheve par une sélection de scènes coupées, rallongées et alternatives composées avec une source VHS qui parfois joue seulement sur un accompagnement musical légèrement différent, mais qui aussi peuvent montrer un Matteo beaucoup plus inquiétant et franc (voir trop) dans son rapprochement avec Stefano. En fin de ligne on trouve aussi les habituels bandes annonces, dont celles de Dans les replis de la chair et Femina Ridens, les deux futurs titres déjà très attendus de la collection.

Liste des bonus : Version courte et doublée (89'), Mourir... et revoir Venise : entretien avec Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la Cinémathèque française (25'), Entretien avec Louis de Ny : la musique de Luis Bacalov et le groupe New Trolls (25'), Retour à Venise, analyse de l'historien du cinéma Rosario Tronnolone (12'), Les scènes coupées et alternatives : reconstruction de scènes issues d'un montage alternatif du film à partir du master HD et de la VHS italienne (12'), Les bandes-annonces : La victime désignée, Dans les replis de la chair, Femina Ridens (10').

 

 

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