FRANCE
France - 2021
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Image de « France »
Genre : Drame
Réalisateur : Bruno Dumont
Musique : Christophe
Image : 1.85 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français pour sourds et malentendants
Durée : 133 minutes
Distributeur : ARP sélection
Date de sortie : 5 janvier 2022
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
« France » est à la fois le portrait d’une femme, journaliste à la télévision, d’un pays, le nôtre, et d’un système, celui des médias.
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Mécanique des médias

Le cinéma de Bruno Dumont peut laisser pantois. Hermétique, lent, il a su au fil du temps s'attacher un noyau de fidèles spectateurs. Plus accessible qu'à l'accoutumée, France, son dernier film n'en contient pas moins un regard acerbe sur notre monde.

Délaissant sa fidèle côte d'Opale qu'il chérit tant, le cinéma de Bruno Dumont s'installe pour changer dans le confort parisien. Adieu les dunes et les bords de mer, bienvenue à l'univers impitoyable des médias. Sa caméra ne va plus suivre les laisser pour contre du milieu rural mais le destin d'une journaliste vedette faisant exploser les audimats à chacune de ses apparitions. Les lieux et les individus ont beau être éloignés, le regard critique et cynique de son réalisateur n'en est pas moins inquisiteur. En fin observateur, la vision de ce réalisateur -ancien professeur de philosophie- n'a pas à aller très loin pour dynamiter le monde de la télé. Comme nombre d'entre nous, il l'observe plus qu'il ne la regarde. Son cinéma minéral à l'antithèse de celui de la télévision lui permet de le décortiquer avec beaucoup d'ironie. Ce décalage entre le monde vécu et le monde filmé constitue un peu le cœur de son cinéma. S'entourant comme à son habitude d'acteurs néophytes et d'acteurs reconnus. Il accroit les contrastes entre ces deux univers où les fossés et rivières n'ont besoin que d'un pont pour se rejoindre.

 

Quand les projecteurs isolent


Léa Seydoux, actrice aussi appréciée que détestée est au cœur de tout ce système qu'elle connaît si bien. Le réalisateur utilise son image pour mieux la transgresser. Elle est cette reporter, France De Meurs, icone du journalisme présente sur tous les fronts ; militaires, sociaux comme politiques. De son statut de star à sa mise en abime, Dumont la dirige comme il le ferait avec des comédiens non professionnels. Tout le monde est à la même enseigne. Sa méthode de travail anti conventionnelle consiste à dicter la gestuelle de ses acteurs via une oreillette pendant que la caméra tourne. Résultat : un jeu déstabilisant confrontant les acquis des comédiens à un naturalisme inattendu. Le réalisateur démonte les mécanismes du reportage télé où tout est mis en scène pour déclencher l'audimat. Prise à son propre jeu, France prend conscience de son humanité et de ses faiblesses. Elle, la manipulatrice de l'image sera à son tour victime du journalisme à potins. La manipulation ne sera finalement qu'une question de point de vue.
Dumont tire à boulet rouge sur un milieu qu'il évite de fréquenter. Lui, l'un des chouchous du sélectionneur Thierry Fremaux, délégué général du Festival de Cannes, se veut discret même si une bonne partie de ses films est présentée sur la Croisette. Il a beaucoup de chose à dire, certes mais à chasser plusieurs lièvres à la fois il a tendance à ne pas tous les attraper (politique, conflit armé, migrants, sympathie entre des intervenants après débat...). Aux côtés de Léa Seydoux, on retrouve Blanche Gardin en assistante de celle-ci et le chanteur Benjamin Biolay dans celui du mari. Ceux-ci sont plus esquissés que développés, pourtant, ce qui est dévoilé sur leur personnage est assez fort pour désirer les voir plus approfondis ; mais ce qui intéresse ici le plus Bruno Dumont est l'humanité qui se cache derrière les façades. Bien souvent fissurée, il suffit souvent d'un simple grain de sable pour qu'elle s'écroule. Fidèle à lui-même, sa composition du cadre fait encore merveille. Il filme Paris d'une façon impersonnelle, théâtrale même ; mais dès que sa caméra contemple la nature, ce sont autant de tableaux picturaux qui émergent à l'écran. Un retour à la terre, à l'essence de la vie, aux racines du monde loin de la sophistication bétonnée du monde moderne.

Enormément de critiques sont encore à dire sur les médias, sur les fakes news qui nous inondent. L'ironie de Dumont nous en montre les futilités. S'il ne met pas K.O., c'est un sacré uppercut qu'il met dans la fourmilière télévisuelle.

Cédric Lemaire








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Image :
Une des forces de Bruno Dumont est dans sa composition du cadre et l'esthétisme naturel qu'il apporte à ses paysages. Filmés tels des tableaux, le piquet est saisissant de couleurs et de lumières et ressort d'autant plus que les séquences parisiennes sont froides et impersonnelles.

 


Son :
Limpide il sait se faire aussi discret dans ses ambiances que tonitruantes par ses envolées musicales lyriques. La bande son de Christophe est mise à l'honneur. Un bon équilibre sonore souvent envoûtant.

 


Interactivité :
Un intéressant retour sur la conférence de presse tenue à Cannes lors du festival fait office de bonus. Répondant aux journalistes présents, Dumont et ses acteurs (Hors Lea Seydoux Covid oblige) s'attardent sur la façon non conventionnelle de travailler du metteur en scène.

Liste des bonus : Conférence de presse au festival de Cannes 40', Bande annonce 2'

 
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