JOHNNY GUITARE
Johnny Guitar - Etats-Unis - 1954
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Genre : Western
Réalisateur : Nicholas Ray
Musique : Victor Young
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 110 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 2 décembre 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Johnny Guitare »
portoflio
LE PITCH
Armé de sa seule guitare, Johnny Logan renoue avec Vienna, une vieille connaissance qui, désormais propriétaire d’un saloon isolé, attend que le chemin de fer en construction arrive jusqu’à elle. Une perspective qui n’est pas du goût des éleveurs de la région, inquiets que le train n’y déverse des flots de colons. Également suspectée de cacher le « hors-la-loi » Dancing Kid et ses complices accusés de meurtre, Vienna a plus que jamais besoin de la protection de cet homme ...
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Johnny B. Good

Combien de films peuvent émerger chaque année sans qu'on les remarque, perdus dans la masse des sorties dans un système en saturation. Johnny Guitare est de ceux-là. Méprisé et mal aimé à sa sortie par son auteur, il a fallu l'aide des années passant pour le hisser parmi les petits classiques du genre.

Ce qui surprit le plus le public lors de sa projection est le contrepied avec lequel le genre ultra balisé du western est traité. Là où les cowboys sont de mise, ceux-ci sont relayés en second plan. Car si nous sommes bien dans le style qui a fait connaitre l'Ouest américain, le film de Nicholas Ray, allait l'exploiter sous un autre angle, celui d'un sous-genre encore peu populaire : le western féminin ! Le titre a beau être Johnny Guitare, les hommes n'apparaissent pas vraiment sous leurs meilleurs jours et la guitare en question ne joue pas de ses plus beaux accords. Le romantisme du film saturé de couleurs ne sera que prétexte. En cette époque troublée où le maccartisme faisait tomber des têtes par dizaines à Hollywood, le réalisateur et ses scénaristes recentrèrent l'histoire de Roy Chanslor sur ses quatre personnages principaux. Avec doigté, ils vont les saupoudrer de vengeances et de trahisons dont le fameux sénateur allait user pour chasser et débusquer le perfide et lâche communiste, danger ultime de l'impérialisme ricain.

 

Cow-girls


Le futur réalisateur de La Fureur de vivre prend donc tout le monde à rebrousse-poil. Et il n'attend pas pour déstabiliser son audience. Il ose ouvrir son film sur son décor principal, à savoir un saloon sculpté à même le roc- pour y enfermer un à un ses protagonistes une demi-heure durant. Une entrée d'envergure sous forme de huis clos. Il installe la tension qui monte crescendo. Tout de suite se détachent les rôles féminins que sont ceux de Joan Crawford et de Mercedes McCambridge. Le film se concentrera et tournera principalement autour de ces deux actrices, chacun menant son groupe d'une main de fer. Manichéen, le réalisateur tranchera entre les deux camps par un symbolisme des couleurs poussant l'éphémère procédé TruColor à son maximum. Là où le gang de Crawford rivalise de couleurs vives, celui de McCambridge joue sur le monochrome. La lutte du bien et du mal n'a même plus besoin d'être expliquée, Ray comme en politique prend son parti. Avec ses scénaristes, il oblige ses interprètes à se trahir, fuir, allant jusqu'au lynchage. Le tout ne pouvant finir que par un règlement de compte. Car comme en politique il y a un temps pour tout et celui de faire table rase du passé est arrivé. Une fois encore jusqu'auboutiste, Nicholas Ray ne laisse pas aux hommes le temps d'agir. Quand les colts parlent, ils crachent leurs plombs au féminin.

Johnny Guitare connaîtra les douleurs de l'enfantement. Désavoué par son réalisateur, renié par ses scénaristes, le tournage fut miné par l'attitude de Joan Crawford qui porte le film mais refuse d'en partager la vedette avec Mercedes Mc Cambridge. Ses colères guidées par l'alcool seront pour Ray des souvenirs sur lesquels il ne voudra pas revenir.
Le temps donnera pourtant raison au film. Scorsese citera volontiers ses qualités et le film sera ardemment défendu par la nouvelle vague où le cinéaste François Truffaut le portera aux nues. Il y a pire comme caution.

Cédric Lemaire






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Image :
Le film fut à l'époque tourné en système TrueColor et le master en est à la hauteur. Comme le nom du procédé le laisse supposer, les couleurs sont éclatantes, les costumes notamment sont bien nuancés sans qu'ils soient criards. De ce fait, les séquences où s'alternent les décors naturels et ceux de studios n'en sont que plus visibles. Ajoutez un piqué de haute volée qui sent bon la pellicule et vous avez à nouveau un bel exemple de restauration.

 


Son :
Les deux pistes présentes sont agréablement fluides. Une VF belle et limpide. Comme souvent dans les films de cette époque, la VO bénéficie d'une meilleure gestion de l'espace qui se fait ressentir dans les ambiances sonores.

 


Interactivité :

Tout le gratin spécialisé dans le western est convié pour cette édition. Chacun rivalisant d'admiration pour le film à commencer par l'immense Bertrand Tavernier. Ce dernier dans une interview donnée par Arte se concentre sur la provenance de l'histoire et de ses parallèles avec le maccartisme privant nombre d'auteurs de liberté. Comme à son habitude, il complète son intervention par des anecdotes croustillantes dont une sur son ami Jean-Pierre Melville qui avait détesté ce Johnny Guitare. La parole est ensuite laissée aux illustres Jean-François Giré et Patrick Brion que l'on ne présente plus, sources intarissables de cinéphilie. Enfin, outre son livret accompagnant cette bien jolie édition, le film commence avec une courte présentation de Monsieur Martin Scorsese qui en une poignée de minutes dit tout ce qu'il y a à savoir sur le film. Un parterre d'intervenants de cette trempe ne peut que rendre l'édition indispensable !

Liste des bonus : Livre rédigé par Patrick Brion (80 pages), Introduction de Martin Scorsese 3', Entretien avec Bertrand Tavernier 36', Presentations de Patrick Brion 20' et Jean-Francois Gire 21', Peggy Lee chante Johnny Guitar 4', Bande-Annonces 6'.

 
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