MULHOLLAND DRIVE
France, Etats-Unis - 2001
Image plateforme « Bluray 4K »
Image de « Mulholland Drive »
Réalisateur : David Lynch
Musique : Angelo Badalamenti
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 146 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 8 décembre 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Mulholland Drive »
portoflio
LE PITCH
Victime d’un accident de voiture, une mystérieuse femme aux cheveux noirs, amnésique et blessée, erre sur la sinueuse route de Mulholland Drive : elle se dirige vers Los Angeles. Les enquêteurs chargés de mener les recherches sur l'accident indiquent qu'ils suspectent un troisième passager, peut-être une femme…
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Inside the Blue Box

Il n'est jamais aisé, d'aborder le cinéma de David Lynch, de façon purement rationnelle. Que ce soit sa célèbre saga Twin Peaks, ou le perturbant Lost Highway, ce cinéma est à l'opposé des modèles hollywoodiens traditionnels. Car il relève de l'Art, si l'on écoute cet autre cinéaste talentueux qu'est Richard Kelly, lorsqu'il évoque le travail de Lynch.

Mulholland Drive, d'abord pensé pour être diffusé au format sériel, a vu sa production quelque peu chamboulée par l'industrie hollywoodienne. La volonté d'en faire un long-métrage s'est imposée au cinéaste. Rebelle dans l'âme, il ne s'est pas démonté, et a livré comme selon ses habitudes : un film cryptique, hypnotique et narrativement alambiqué, mais suffisamment linéaire et compréhensible pour être généralement distribué. Encensé lors de sa sortie (et à juste titre), pour ses portraits de femmes, ce film tout aussi étrange, que délicat, a su réellement s'imposer. Dans un premier temps, il révèle le talent de Naomie Watts, dont la carrière était encore timide (Tank Girl de Rachel Talalay, Babe 2, le cochon dans la ville de Georges Miller). Puis révélateur, du vrai talent de comédienne de Miss USA 1985 : Laura Harring. Toute deux, incarnent des visages de femmes diamétralement opposées. Le personnage incarné par Naomie Watts, est celui d'une actrice qui n'est jamais parvenue à se révéler aux yeux du grand public. L'on suit son histoire dans un long flashback, qui démarre de son arrivée dans la cité des anges, jusqu'à sa rencontre avec sa maitresse, incarnée par Laura Harring. De là, comme tout film de Lynch qui se respecte (on évoque subtilement Dune), la frontière entre ce qui est rêve et réalité est bien mince, et c'est sur le travail de mise en scène et de montage que tout est singulier.

 

we don't stop here


Mulholland Drive est bien complexe dans sa narration, car elle est noyée dans une nappe à la frontière où se rejoignent le songe et la folie. Bien qu'identifiable dès les premiers instants, les personnages expriment une forme de dualité. Naomie Watts, blonde aux yeux bleus, de petite taille, apprêtée comme un dimanche à l'office, elle respire d'abord l'archétype de la candide. Laura Harring, belle plante au charme latin, assumée sexuellement, incarne quant à elle : la femme fatale qu'un rien sublime. De là, leur rencontre amorce une quête d'identité, une problématique narrative, un questionnement pour le spectateur qui veut bien y plonger. Lynch sur ce terrain-là est un chasseur aguerris, un marionnettiste. Il enveloppe sa trame dans en utilisant l'image, et le son en symbiose désynchronisée. Déjà par sa direction d'acteurs, où il n'hésite jamais à les faire chuchoter (la scène de l'audition), crier, surjouer parfois, opposant des caractères différents dans une même scène (celle des deux hommes dans le diner-restaurant par exemple). Puis les sons d'ambiance, qui nous intègrent complétement dans la bulle du personnage qui est présent à l'écran (la scène d'ouverture dans la voiture). Tout ceci combiné avec le score, nous chamboule sans cesse d'une émotion vers une autre, comme dans un rollercoaster émotionnel, version train fantôme tant le cheminement est étrange et particulier. Chaque séquence est une expérience sensorielle unique, indissociable de prime abord, mais lorsqu'on intègre en soi la figure de la boite bleue, tout est alors dissociable, et modulable à loisirs pour se monter soi-même son propre récit en quête de réponses. Réponses qui ne seront jamais données autrement qu'au travers de rêveries et métaphores.
Et si tout ceci, n'était qu'un spectacle de cabaret ? Silencio !

L'œuvre de David Lynch est un Art à contre-courant des standards trop simplistes de l'industrie du divertissement. Il reste très peu de cinéastes qui portent en eux ce flambeau fragile qu'il a lui-même saisi à Fellini, Bergman, et Tarkovski : David Robert Mitchell vient évidement à l'esprit, avec son hommage très appuyé au cinéma de Lynch dans l'excellent Under the Silver Lake, ou encore Ari Aster, ou Flying Lotus pour leurs cinémas un peu particulier.

Guillaume Pauchant








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Image :
Collaboration oblige entre les éditeurs Criterion Films (USA) et Studiocanal, le tout supervisé par Lynch lui-même sur un nouveau scan 4k des bobines originales, le résultat est en tous points admirable. Débarrassé de la moindre imperfection, les cadres révèlent avec majesté une douceur velouté impossibile à rendre jusque-là, ainsi que des ombres étendues, puissantes, magnifiées par une lumière vive et colorée. Le rêve n'a jamais été aussi éclatant.

 


Son :
C'est là que le génie de Lynch se révèle vraiment, la piste DTS HD Master Audio 5.1 apporte la profondeur quasi parfaite. Pas d'excessivité de blockbuster mais un travail envoutant et terrifiant à la fois sur les atmosphères. Le tout avec une limpidité naturelle. 


 


Interactivité :
Les longues featurettes sont riches en clés de lectures, surtout celle intitulée « Retour à Mulholland Drive » qui au prix d'une démystification donne toutes les clés de lectures possibles du film. Les interviews sont très enrichissantes, on y trouve des interprétations amusantes, des témoignages tendres, pour les férus de sound-design celle du compositeur est un peu courte, mais vraiment intéressante. Même chanson sur l'interview de la monteuse Mary Sweeney, dont on aimerait qu'elle nous évoque ses petits secrets pendant des heures.
Le livret est un peu anecdotique, pour remplir le packaging (de taille imposante, mais qui parait un peu vide une fois ouvert).

Liste des bonus : Featurette "Retour à Mulholland Drive"(23 min), "Sur la route de Mulholland Drive" (23 min), "Dans la boite bleue" (28 min), Interview de Laura Harring (14 min), Interview avec Mary Sweeney (17 min), interview avec Angelo Badalamenti (16 min), Introduction par Thierry Jousse (10 min), livret de 36 pages, 5 cartes collectors, 2 posters, packaging grand format.

 
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