L’éCHINE DU DIABLE
El espinazo del diablo - Mexique, Espagne - 2001
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « L’échine du diable »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Guillermo Del Toro
Musique : Javier Navarrete
Image : 1.85 16/9
Son : Espagnol et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 107 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 24 novembre 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « L’échine du diable »
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LE PITCH
Alors que la guerre civile déchire l’Espagne, le jeune Carlos trouve refuge à Santa Lucia, un orphelinat perdu dans la campagne dirigé par Mme Carmen. À la nuit tombée, le garçon est mis au défi par ses camarades : il doit traverser la cour de l’établissement pour se rendre à la cuisine, l’obligeant à passer devant la maison du gardien, l’antipathique Jacinto. Une fois sur place, Carlos entend d’étranges soupirs et découvre dans le sous-sol de la bâtisse le fantôme d’un...
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Crónica de un nuevo viento

Malgré la présence de cinéastes comme Jaume Balagueró ou encore Álex de la Iglesia, le cinéma d'horreur espagnol de la fin des années 1990 était quelque peu moribond. C'était sans compter sur un vent venu du lointain Mexique. Ce vent se nomme L'échine du diable réalisé par le jeune Guillermo Del Toro, qui après une première incursion par le cinéma étasunien avait essuyé un relatif échec avec Mimic. Conjonction des sphères aidant, il fut même financé par Pedro Almodovar, rien que ça...

L'ambiance n'est pas à la fête pour le jeune Carlos, parachuté dans un orphelinat de campagne au milieu de nulle part. Un lieu austère, une bombe menaçante plantée dans la cour intérieure, les brimades de ses camarades de chambrée, et le personnel pas toujours aux petits soins de leurs locataires accidentels. Pas de doutes l'Espagne de Franco, n'est pas un lieu où il fait bon grandir et s'épanouir et c'est une récurrence qu'on retrouvera plus tard dans Le Labyrinthe de Pan, film frère aux liens profonds. Le film est un mélange subtil de genres passant du western, au conte gothique un brin Giallo, et à la fois un poignant documentaire de guerre sombre et féroce. Western dans l'édification de sa notion des espaces, qui restituent la dureté d'un milieu hostile et torride. Cette définition d'espaces aérés contraste avec le huis clos du pensionnat, pour le rendre encore plus froid dans sa notion d'enfermement et de contrition des personnages.
La photographie de Guillermo Navarro (chef opérateur qui travailla notamment sur Jackie Brown et Une Nuit en enfer), appuie ce contraste. Les jaunes désertiques, et le dépouillement des extérieurs, contre les bruns des boiseries des intérieurs, font que les personnages sont dépeints à la manière de Sergio Leone : où personne n'est ni vraiment bon, ni vraiment mauvais. Enfermés dans les mêmes routines et incapable, de se dépasser dans l'univers hostile dans lequel ils sont posés. Les Hommes sont des brutes, des loups pour les autres Hommes pour survivre.

 

Fantasma de la memoria


S'ajoute à cela une dimension fantastique, par la présence d'un fantôme d'enfant vengeur qui symbolise la mémoire. Mémoire gravée dans les murs d'un lieu, où des évènements horribles se sont déroulés, le fantastique jalonne la trame, dans la représentation fugace et spectrale du défunt. C'est aussi la mémoire d'une innocence, aussi perdue avec les parents des orphelins. Cet esprit rongé par la rancœur n'erre pas, il alerte et frappe, c'est un vecteur d'éveil. Et Del Toro nous interpelle sur le devoir de mémoire d'un monde, d'un pays, d'une nation ravagés par le conflit stupide des Hommes. Puis la mémoire de cette bombe surgit des cieux, plantée là dans l'ère de jeu des enfants, c'est une allégorie de la guerre qui menace de leur arracher la vie à chaque instant. Ce film d'épouvante sur fond de guerre, transpire d'une réalité bien sordide. Car les enfants, ces grands oubliés des conflits de tous bords, sont les plus grandes victimes de la Guerre et de la Bêtise humaine. C'est alors, une parabole des orphelins s'unissant contre le monde médiocre, pervers et brutal des adultes.

Drame macabre et délicat, L'Échine du diable est, malgré l'intérêt que l'on peut porter à ses précédents Cronos et Mimic, la véritable naissance du style del Toro et surtout de sa réflexion sensible sur la monstruosité, toujours moins physique qu'ancrée dans l'âme humaine.

Guillaume Pauchant






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Image :
On peut enfin se débarrasser du vieux DVD baveux de Studio Canal (datant de 2003 tout de même ) ! Surtout qu'une fois encore la copie proposée par Carlotta est en tous point superbe. Une luxueuse restauration à partir d'un nouveau scan 2K du négatif, accompagnée d'un nettoyage soigné et creusé livrant des cadres extrêmement propres mais surtout restabilisés et réétalonnés. Les ocres sont plus chauds que jamais, et surtout les noirs (très importants ici) se découvrent une nouvelle profondeur et de belles subtilités. la définition est exemplaire, préservant le léger grain d'origine (et pas le floconneux du DVD), tout en s'alignant élégamment avec les plans à effets spéciaux au piqué forcément légèrement plus adouci.

 


Son :
L'échine du diable retrouve ses mixages 5.1 de la diffusion salle mais naturellement redisposé dans un DTS HD Master Audio plus fluide et ample (surtout en version originale). Là encore le dispositif sonore mis en place par Del Toro se montre plus subtile que jamais avec ces soupirs qui hantent la nuit, l'écho qui semble habiter le cœur de la bombe et le vent qui ne cesse de s'engouffrer dans la cour de l'orphelinat. Une atmosphère superbement mise en valeur.


 


Interactivité :
A peine un mois après Pandora (autre voyage dans un réel magique), Carlotta présent déjà son 21ème coffret Ultra Collector. Comme toujours le visuel, épuré, est particulièrement élégant et l'objet, numéroté et limité à 3000 exemplaire se présente sous la forme d'un large fourreau cartonné contenant un livre de 200 pages où sont glissés dans la couverture les disque Bluray et DVD du film. Si le contenu de cette collection est parfois un peu fluctuant (surtout du coté des suppléments vidéos), celui-ci fait certainement partie des plus belles réussites.

A commencer par le très dense ouvrage analytique composé par Guy Astic, le directeur des éditions Rouge Profond et Charlotte Largeron (auteure de Guillermo del Toro. Des hommes, des dieux et des monstres), qui plonge véritablement dans l'entrelacement de références, de thématiques et de motifs du bonhomme pour en révéler toutes les richesses. Si L'échine du diable y est le point de départ et un repaire auquel les auteurs reviennent constamment, c'est surtout son art dans l'absolu qui est décortiqué et explicité. Un peu exigeant parfois mais passionnant, l'ouvrage trouve un écho et un complément idéal dans l'excellente émission Home Cinema pour laquelle le cinéaste Fabrice du Welz reçoit à domicile quelques célèbres collègues. Étonnant de voir comme le volubile auteur de Vinyan se laisse ici totalement embarquer par la verve, la passion et la précision du mexicain pour une discussion échevelée de 90 minutes totalement fascinante. Del Toro ne s'y fait pas prier pour revenir sur ses expériences diverses (heureuses ou plus tendues comme Mimic), multiplier les anecdotes, les auto-analyses, et partager sa méthode créatives, l'importance de l'orchestration de chaque films, leurs motifs, leurs couleurs, s'arrêtant par exemple de manière très éclairante sur Pacific Rim (pas forcément celui auquel on s'attendait le plus). Captivant comme toujours avec ces deux artistes.

La suite ne démérite pas même si elle reprend (et c'est déjà suffisamment rare pour être souligné) l'intégralité des bonus présentés autrefois en DVD : Un commentaire audio extrêmement fournis du réalisateur et son directeur de la photographie, les interviews de Marisa Paredes, Eduardo Noriega et Guillermo Del Toro lors de la promotion française, un making of avec quelques images de tournages, un autre plus promo à l'américaine et un détour par les effets spéciaux. Plus de trois heures de bonus et que du bon.

Liste des bonus : le livre « L'Échine du diable : ritournelle gothique en terres hispaniques », un ouvrage inédit écrit par Guy Astic et Charlotte Largeron (200 pages), Commentaire audio du réalisateur Guillermo del Toro et du directeur de la photographie Guillermo Navarro (VOST), « Marisa Paredes et les fantômes du franquisme » : interview de l'actrice (24'), « Eduardo Noriega, le mal à l'état ‘brute' » : interview de l'acteur (12'), « Démons et merveilles de Guillermo del Toro » : interview du réalisateur (30'), « Les arcanes du film » : rencontre avec l'équipe du film (20'), Making of : acteurs et équipe technique lèvent le voile sur leur personnage et la fabrication du film (19'), Les effets spéciaux : effets spéciaux de la bombe et du personnage de Santi expliqués par le journaliste Julien Dupuy (17'), 5 comparaisons film/storyboard (12'), « Home Cinema » : conversation entre Guillermo del Toro et le réalisateur Fabrice du Welz produite par BeTV (HD, 86'), Bandes-annonces

 
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