ALICE’S RESTAURANT
Etats-Unis - 1969
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Alice’s Restaurant »
Réalisateur : Arthur Penn
Musique : Arlo Guthrie
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 110 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 16 novembre 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Alice’s Restaurant »
portoflio
LE PITCH
Arlo, 22 ans, tente de trouver sa place dans l’existence grâce à la musique. Sa vie, il la partage entre les visites à l’hôpital où son père est mourant, les concerts et ses amis Alice et Ray qui viennent d’ouvrir un restaurant en ville. Mais un incident dans ce restaurant obligera Arlo à faire des choix qui mettront à l’épreuve sa liberté et ses convictions… pour toujours.
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Folks song

Après Mickey One, La Poursuite impitoyable et Bonnie and Clyde, Arthur Penn pouvait imposer n'importe quel projet d'envergure aux studios américains. Il va pourtant opter pour Alice's Restaurant prolongation d'un album folk d'Arlo Guthrie et dernier écho d'un flower power sur le point de faner.

Rare sont les cinéastes américains a avoir aussi bien incrusté sur pellicule les évolutions et confrontations des bouillonnantes 60's. Les tensions sociales, l'explosion culturelle, la confrontation générationnelle, les contre-coups du Vietnam, les fantômes de l'Amérique et cette jeunesse pleine de rêves et d'espoirs, sa volonté d'un monde meilleur qu'elle voit déjà écrasé sous le poids de la fatalité. Comme un contre-point thématique au fabuleux La Poursuite impitoyable, Alice's Restaurant pourrait alors être perçu comme un versant plus lumineux, plus léger, un regard chaleureux porté sur cette génération débraillée avide d'amour, de musique et de simplicité. Un projet né de la découverte de la célèbre chanson Alice's Restaurant Massacre, petit bijou de folk satirique composé par Arlo Guthrie (fils de la légende Woody Guthrie), dans laquelle le chanteur célèbre tout autant le lieu communautaire ouvert par ses amis Alice et Ray, qu'évoque une anecdote rocambolesque qui transforma une simple poursuite pour dépôt sauvage de poubelles dans un ravin en ticket gagnant pour esquiver l'enrôlement militaire au Vietnam. Arthur Penn en fait naturellement le cœur de son film, l'épisode central, en préserve la musique, l'humour et les péripéties, mais surtout s'efforce de construire tout autour de cette performance de dix-huit minutes, un avant et un après qui viennent largement étendre la portée du morceau.

 

Chilling of the evening


Invitant le chanteur à interpréter son propre rôle (et d'autres guest viennent se joindrent à l'expérience), le cinéaste construit dans un premier temps une chronique picaresque dont il a le secret, petite succession admirable d'épisodes qui traversent les USA, les routes et les communautés, illustrant un pays coloré, assez joyeux (malgré quelques premiers soucis avec quelques cul-terreux anti-cheveux longs) où le message des flower children pourrait presque porter ses fruit. Musicien itinérant, le visage candide, le sourire toujours sur les lèvres et la bienveillance en bandoulière, Arlo en est la parfaite incarnation et l'église transformée en refuge bras grands ouverts par le couple de quadra Alice et Ray, une certaine forme d'aboutissement. Mais la force d'Alice's Restaurant est d'être un film sur le basculement, celui du rêve aux réveil difficile, de la gueule de bois du lendemain. 1969 c'est l'année des assassinats perpétrée par la secte de Charles Manson, du concert chaotique des Rolling Stone à Altamont et déjà l'amorce des 70's, décennie de la désillusion. L'inquiétude, l'amertume déjà présente discrètement dans les regards, les drogues échangées pas toujours douces, les tensions entre une Alice prête à s'installer, s'efforçant de gagner de quoi préserver l'idéal sous perfusion, et son conjoint déconnecté, le dernier à encore y croire, vont avoir finalement raison de cette parenthèse enchantée. Le rythme cahoteux des débuts laisse place à une certaine torpeur, voir un certainement abattement, jusqu'à laisser une pauvre Alice seule en costume de marié fané devant le perron de son église transformée. Le temple d'un culte à bout de souffle. Un joli film mais surtout un document précieux sur cette époque où tout aurait pu basculer.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Pas forcément le film le plus populaire de son auteur, Alice's Restaurant n'as pas eu les honneurs d'une vraie restauration à la source, mais plutôt d'une amélioration HD d'une copie déjà un peu fatiguée. Quelques taches, points et mini griffures apparaissent encore, les couleurs un peu ternes ne sont pas toujours d'une stabilité immuable et le grain de pellicule ne se marie pas toujours très bien avec celui de la source vidéo. Ce n'est pas franchement une rolls technique, mais le rendu reste au final correct, avec quelques plans très jolis et lumineux, et correspond assez bien à l'aspect roots du film.

 


Son :

Seule la piste originale est proposée ici (un doublage a-t-il été produit de toute façon ?) avec un mono transposé sur un DTS HD Master Audio sobre et propre. Pas de relief bien entendu, mais les dialogues sont clairs et bien posés et les quelques morceaux musicaux s'intègrent parfaitement à l'ensemble.

 


Interactivité :
Rimini fait souvent mieux que nos camarades américains. La preuve une nouvelle fois avec cette édition d'Alice's Restaurant proposée dans un digipack avec fourreau cartonné comprenant les copies Bluray et DVD du film. Pas de bonus aux USA ? Pas de soucis, l'éditeur français a fait appel au spécialiste du cinéma américain des années 60/70 : Jean-Baptiste Thoret. D'autant plus enthousiaste qu'il porte manifestement une vraie admiration pour le film dont il s'efforce de souligner constamment l'importance, les pertinences cinématographiques, culturelles et historiques brassant le contexte dans lequel il a été crée (l'origine musicale, la fin du rêve hippie...) et les outils stylistiques d'Arthur Penn. Comme toujours avec le monsieur c'est passionnant et pertinent, de bout en bout.
Autre belle surprise de l'édition, la présence sur un CD supplémentaire de l'album complet d'Arlo Guthrie qui a inspiré le film. Une très belle attention.

Liste des bonus : le CD-audio « Alice's Restaurant » qui a inspiré le film (Arlo Guthrie, 1967), Le Temps est passé (28'), La Queue de comète du Summer of Love (29').

 
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