NOBODY
Etats-Unis - 2021
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Nobody »
Genre : Action
Réalisateur : Ilya Naishuller
Musique : David Buckley
Image : 2.35 16/9
Son : Dolby Atmos et Dolby True HD 7.1 anglais, Dolby Digital 5.1 français, espagnol...
Sous-titre : Français, anglais, allemand, italien...
Durée : 91 minutes
Distributeur : Universal
Date de sortie : 13 octobre 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Nobody »
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site officiel
LE PITCH
Sous des airs de père de famille ennuyeux et effacé, Hutch Mansell dissimule une longue et sanglante carrière de tueur à gage au service du Pentagone. Un cambriolage en pleine nuit va faire éclater sa frustration au grand jour, lui redonner le goût de la violence et le mettre sur le chemin de la mafia russe…
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Better Call Bob

Authentique phénomène dans l'univers du film d'action contemporain, la franchise John Wick continue de faire des petits. Après Charlize Theron dans Atomic Blonde et avant Brad Pitt dans Bullet Train l'année prochaine, c'est au tour de Bob « Saul Goodman » Odenkirk, star du show Netflix Better Call Saul, de faire appel aux talents créatifs de 87Eleven, la compagnie de production créée par le cascadeur et réalisateur David Leitch. Et l'ancienne sensation du stand up, plus connu pour ses bons mots que pour ses bourre-pifs, de se transformer en machine à tuer un peu rouillée mais toujours efficace dans une série B humble mais jouissive.

On pourra dire ce que l'on veut mais se lancer dans le cinéma boum-boum à l'approche de la soixantaine est un sacré pari. Et Bob Odenkirk est un homme qui ne manque pas de courage. Ni de talent. Après avoir été remarqué au Saturday Night Live, au Ben Stiller Show et au Larry Sanders Show, Odenkirk a eu le nez creux en acceptant un second rôle dans la série culte Breaking Bad. De « simple » personnage secondaire, l'avocat véreux Saul Goodman est devenu l'un des piliers de l'univers créé par Vince Gilligan, ses apparitions flamboyantes phagocytant l'attention à un tel point qu'un spin-off lui étant dédié semblait inévitable. En cinq petites saisons, l'élève a fini par dépasser le maître et il n'est pas interdit de préférer Better Call Saul à Breaking Bad, le dosage entre humour, émotion et noirceur reposant cette fois-ci sur les épaules d'un personnage sans doute plus attachant qu'un Walter White. Forcément, le succès ouvre des portes et Bod Odenkirk sait qu'il peut désormais porter un film sur ses seules épaules. Mais dans quel registre ? Le drame ou la comédie ? Aussi surprenant que ça puisse paraître, Odenkirk rêve de s'orienter vers le cinéma d'action. Un peu comme si Jerry Seinfeld se proposait de prendre la relève de Liam Neeson dans une production Luc Besson. Si l'égo et le besoin réel de s'amuser ne sont pas étrangers à cette décision, c'est avant tout un traumatisme personnel qui donne au comédien l'idée de Nobody. Cambriolé à son domicile en pleine nuit et à deux reprises, Odenkirk n'arrive pas à effacer de sa mémoire les mots d'un des policiers chargé d'enregistrer sa plainte. « Si ça avait été ma famille, je ne me serais pas laissé faire. » La remarque le blesse dans sa virilité et Odenkirk ne cache pas sa frustration de ne pas être physiquement à la hauteur pour protéger ceux qu'il aime. Le personnage d'Hutch Mansell est né de cette frustration.

 

son nom est personne



Pour mettre sur pied ce projet encore embryonnaire, l'acteur décide de s'adresser à des pros. Il s'associe à la production avec David Leitch et ce dernier amène son équipe et son savoir-faire. Scénariste de John Wick, Derek Kolstad écrit Nobody en gardant en mémoire le témoignage d'Odenkirk tandis que le comédien, désireux de réaliser la quasi totalité de ses cascades et scènes de baston subit un entraînement particulièrement exigeant auprès des athlètes et combattants choisis par Leitch. Dans un environnement où Bob Odenkirk et David Leitch sont à la manœuvre sur le moindre détail du long-métrage, le choix d'un metteur en scène ne devrait relèver que d'une simple formalité mais le duo prend tout de même un risque en jetant leur dévolu sur Ilya Naishuller, le jeune cinéaste russe n'ayant qu'un seul film à son actif, un bide qui plus est. Exercice de style vain, bruyant et agacant Hardcore Henry ne plaide pas forcément en la faveur de Naishuller mais les compétences techniques du bonhomme emportent le morceau. Son seul apport réel se limite au changement de nationalité des méchants, les truands coréens du scénario devenant ici des mafieux russes emmenés par l'excellent Alexei Serebryakov. Pour le reste, Ilya Naishuller se contente de jouer les mercenaires au service de ses producteurs et porte à l'écran sans broncher des storyboards et des prévisualisations concues au millimètre près des mois en amont du tournage.
S'inspirant, toutes proportions gardées, d'American Beauty dans sa première partie en jouant la carte désormais classique du père de famille taiseux bien décidé à faire voler en éclats sa routine pépère au péril de sa vie, Nobody s'avère donc on ne peut plus prévisible et ne ménage que peu de surprises, un russe noir en tant qu'homme de main du grand méchant étant la seule véritable originalité du film. On regrettera aussi que la famille du héros ne fasse que de la figuration (pauvre Connie Nielsen, dans le rôle ingrat de l'épouse), même si il apparaît comme crédible qu'un homme ayant le passé d'Hutch Mansell ait bien pris soin d'anticiper la protection des siens en cas de menace sérieuse. Ces réserves prises en compte, Nobody fait pourtant le taf et la transformation progressive de Bob Odenkirk en icône bad ass doit autant au talent d'un acteur très impliqué à tous points de vue qu'à une dramaturgie habilement construite autour de trois grandes scènes d'action, chacune réveillant les talents endormis d'un protagoniste qui prend un plaisir égal à donner des coups et à en recevoir.

Relativement sérieux dans sa première partie, Nobody effectue un glissement réussi vers un cinéma d'action à l'ancienne, viriliste, fun et con, sans jamais s'en excuser. Et quel plaisir de voir un Christopher Lloyd octogénaire sortir les canons sciés pour dézinguer du russkof un sourire en coin ! Rien que pour ça et les apparitions de Michael Ironside et RZA, l'égo-trip de Bob Odenkirk mérite amplement de se savourer une bière à la main, vautré sur le canapé, Al Bundy style !

Alan Wilson










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Image :
Un chouïa de fourmillement lors des scènes dans le bus ou dans la grisaille automnale de la banlieue dans laquelle croupit ce pauvre Hutch Mansell ne saurait détourner l'attention d'un master de première bourre et à la définition souvent impressionnante (le châton, les plaies, les billets de banque carbonisés) et à la colorimétrie variée et particulièrement agréable dans les scènes à dominante de couleurs chaudes.

 


Son :
S'il est souvent de rigueur de pester contre l'exclusivité du mixage Dolby Atmos pour la version originale, le doublage français, pas loin d'être lamentable, devrait mettre un frein à ces remontrances. Pour le reste, c'est du bon gros film d'action comme on les aime, avec explosions qui font trembler les basses, coups de feu multidirectionnels et passages musicaux rythmés. Chapeau bas pour la scène du cambriolage et la subtilité des indices sonores en hors champ.

 


Interactivité :
Malgré la richesse des images issues de la préparation des scènes d'action et de l'entraînement de Bob Odenkirk, le trio de featurettes finit par nous assommer par ses redondances et un discours promo dont nous nous sommes lassés depuis déjà une quinzaine d'années. Et le constat est à peu près le même pour les commentaires audio même si le premier, dominé par Odenkirk, déroule une bonne humeur assez communicative et que le second avec le réalisateur Ilya Naishuller en solo laisse deviner en creux la satisfaction d'un cinéaste à qui les producteurs ont donné une seconde chance. Le bonus le plus intéressant consiste en une sélection de scènes coupées consacrées à une sous intrigue totalement esquivée au montage final. Le passé du personnage principal été révélé en réalité à l'initiative de son beau-père joué par Michael Ironside, lequel usait de ses contacts au Pentagone (euh ? ok) avant d'attirer l'attention du Barbier interprété par Colin Salmon. Une idée qui ne tenait pas vraiment debout et qui a cédé la place à un chantage aux photos compromettantes autrement plus drôle et, in fine, crédible.

Liste des bonus : Commentaire audio de Bob Odenkirk et Ilya Naishuller / Commentaire audio de Ilya Naishuller / Featurettes sur les scènes d'action / Scènes coupées et alternatives

 
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