PANDORA
Pandora and the Flying Dutchman - Royaume-Uni - 1951
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Image de « Pandora »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Albert Lewin
Musique : Alan Rawsthorne
Image : 1.33 4/3
Son : Français DTS HD Master Audio 1.0 & Anglais DTS-HD Master Audio 1.0 et 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 124 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 27 octobre 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Pandora »
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LE PITCH
Esperanza, un village de la côte espagnole en 1930. Pandora Reynolds, une jeune Américaine, est indifférente aux riches prétendants qui la courtisent les uns après les autres. Une nuit, elle rencontre le propriétaire d’un yacht, Hendrick Van der Zee, qui n’est autre que le Hollandais Volant de la légende, …
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La boite de pandore

Orchestrant la rencontre entre le mythe grec de Pandore et la légende du Hollandais Volant sous le soleil d'une petite ville de la Costa Brava catalane, magnifiée par le Technicolor de Jack Cardiff, le troisième long-métrage d'Albert Lewin intègre aujourd'hui la prestigieuse collection des coffrets ultra-collector de Carlotta. Une forme de consécration pour ce joyau des années 50, pourtant loin de faire l'unanimité à l'époque de sortie.

Il sufiit de lire les extraits de critiques compilées dans le superbe livre de Patrick Brion qui accompagne cette édition pour mesurer l'étendue de la méprise dont Pandora fut en quelque sorte victime. Dans le pire des cas, certains jugèrent le film ennuyeux et ridicule, froid et prétentieux. Dans le meilleur des cas, sa préciosité formelle et l'érotisme troublant et insensé d'Ava Gardner furent portés à son crédit. Avec le temps, le sens profond et la valeur inestimable de ce conte tragique et surréaliste apparut enfin aux yeux des spectateurs et cinéphiles. À l'image de son héroïne en titre, déesse et femme fatale dont le cœur refuse de se livrer aux hommes qui en font le siège, Pandora est un film qui exige de la patience et - surtout - le sacrifice d'un esprit critique trop étriqué. Admirateur inconditionnel de l'oeuvre d'Albert Lewin, Martin Scorsese fit un pas important dans la réhabilitation de celle-ci avec le don de sa copie 35mm (issue de sa collection personnelle) à un laboratoire romain pour qu'en soit tiré une restauration à même de rendre justice à la photographie si particulière de Jack Cardiff, chef opérateur fétiche du duo Powell/Pressburger.
Plongé dans l'obscurité d'une salle de cinéma (ou d'un salon dont on aura pris soin d'éteindre TOUTES les lumières), frappé par la beauté des tableaux en mouvements qui se succèdent, il n'est plus permis de douter : Pandora est un chef d'oeuvre, un rêve porté sur pellicule par un esthète perfectionniste en quête d'intemporalité et soucieux de l'émerveillement des sens. Imperméable à l'émotion brute du mélodrame hollywoodien classique, Albert Lewin fait le pari d'ensorceler plutôt que d'émouvoir, noyant le drame qu'il déroule sous nos yeux dans le symbolisme plutôt que les larmes.

 

l'Aventure de Mr LEwin


« Un petit homme de cinq pieds, toujours agressif et bagarreur. L'ancien universitaire était l'intellectuel du studio, opiniâtre et plein de passion pour l'avenir du monde. » C'est ainsi que le producteur Sam Marx décrivait Albert Lewin. Juif new-yorkais diplômé d'Harvard, critique de théâtre devenu l'un des hommes de l'ombre de la MGM sous la protection d'Irvin Thalberg, il aimait les arts, se passionnait pour la peinture et la littérature et rêvait de passer à la réalisation. Ce qu'il fit en 1942, à l'âge de 48 ans, en signant l'adaptation de The Moon and Sixpence, un roman de Somerset Maugham. Avec un succès suffisant pour enchaîner par ce qu'il est permis de considérer comme la plus belle version pour le cinéma du Portrait de Dorian Gray. La peinture et la littérature, encore et toujours. Produit en Grande-Bretagne et tourné en Espagne, Pandora né de la fascination de Lewin pour la légende du Hollandais Volant, un conte de marins superstieux s'appuyant sur des témoignages douteux et ayant inspiré à Wagner son opéra « Der Fliegende Holländer ». Le mythe est suffisamment malléable pour que le réalisateur et scénariste y injecte toutes ses obsessions pour nourrir une histoire d'amants maudits. De Chirico, Dali, la tauromachie, le cubisme, le surréalisme et la puissance d'évocation de l'Antiquité via la figure de Pandore et sa féminité mystérieuse et absolue. L'amour et la mort au bord de la mer, sur des plages décorées de vestiges de statues grecques et romaines où se battent des records de vitesse et où l'on danse le Charleston. Un sommet de poésie torride et païenne où Ava Gardner déambule telle une sirène des temps anciens.

En un sens, Pandora peut être vu comme le pendant latin et sensuelle (et en couleurs !) de L'Aventure de Madame Muir, autre romance spectrale sentant bon les embrunts, à la fois drôle et émouvante où Gene Tierney tombait amoureuse d'un fantôme de marin irascible campé par Rex Harrison devant la caméra de Joseph L. Mankiewicz. Le même Mankiewicz qui tournera La Comtesse aux pieds nus en 1954 avec ... Ava Gardner. La boucle - si boucle il y a - est bel et bien bouclée. L'appel du large, la mort, l'amour. Encore et pour toujours. Un voyage pour l'éternité.

Alan Wilson






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Image :
Une restauration en 4k de tout premier ordre, dénuée de bidouillages numériques ostentatoire. Le grain est conservé, discret sans être adouci par un quelconque réducteur de bruit. Très subtilement recadré avec un surcrôit d'image en haut et baignant dans une lumière ocre qui ne ternit jamais les couleurs les plus vives (comme le prouve la séquence de la corrida ou encore ce plan sur une dague ensanglantée), ce master propose une colorimétrie radicalement différente des copies qui ont pu circuler pendant près de cinquante ans. Remarquable.

 


Son :
Un peu plus actif en terme de basses et de mediums, le 5.1 n'offre qu'une ouverture acoustique limitée. Les vrombissements du bolide de Nigel Patrick sont un peu plus convaincants et puissants qu'en mono sans être renversants pour autant. Ce nouveau mixage marche donc sur des œufs, entre modernité et authenticité et ne bénéficie réellement qu'au score d'Alan Rawsthorne dont les orchestrations gagnent en clarté.

 


Interactivité :
Carlotta a presque tout misé sur le très beau pavé de Patrick Brion, riche en anecdotes et témoignant de l'érudition cinéphile et de la plume passionnante de l'historien du cinéma. Un bel objet qui fait de l'ombre aux suppléments vidéos, en nombre raisonnable mais à la briéveté souvent frustrante. Un retour en voix-off sur le film condense une analyse critique que l'on aurait aimé voir développée sur plus de dix minutes. Dans une salle de montage, Jack Cardiff partage quelques infos sur les coulisses du film et la difficulté de tourner en nuit américaine mais le module est parasité par des silences un peu pesants. Un film d'actualité espagnol sur le torero Manuel « Manolete »Rodriguez tente de faire le lien avec le personnage interprété par Mario Cabré mais ne présente que peu d'intérêt, si ce n'est comme archive pour la postérité. Reste une ouverture alternative où le poème qui clôture le film se substitue à la légende du Hollandais Volant, redondance dont Albert Lewin eut la bonne idée de se débarrasser au montage. Un comparatif avant/après sur la restauration permet de se rendre compte du bond de géant effectué par les artistes des studios de mastering et un tiercé de bandes annonces complètent le tour d'horizon. Conclusion : l'édition simple distribuée en parallèle du présent collector ne fait vraiment pas le poids. Sauf si vos finances sont limitées.

Liste des bonus :  Un rêve de cinéma » : retour sur le film (6 minutes) / « Jack Cardif ouvre la boîte de Pandore » : souvenirs de tournage (12 minutes) / « Le Torero de Cordoue » : film d'actualité évoquant le torero Manuel « Manolete » Rodríguez (17 minutes) / Ouverture alternative (2 minutes) / La restauration (5 minutes) / Bande-annonce originale / Bande-annonce présentée par Hedda Hopper / Bande-annonce de la restauration

 
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