L’ŒUF DU SERPENT
The Serpent’s Egg - Etats-Unis, Allemagne - 1977
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « L’Œuf du serpent »
Genre : Thriller
Réalisateur : Ingmar Bergman
Musique : Rolf A. Wilhelm
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 119 minutes
Distributeur : Rimini Editions
Date de sortie : 5 octobre 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « L’Œuf du serpent »
portoflio
LE PITCH
1923. Berlin connait une période sans précédent de chômage, de misère, de désarroi et d’atrocités. Abel Rosenberg trouve le cadavre de son frère, qui vient de mettre fin à ses jours. Mais pour l’inspecteur Bauer, les choses ne sont pas aussi simples : depuis un mois, sept morts mystérieuses ont eu lieu dans le quartier, et celle-ci semble liée aux précédentes. Abel trouve refuge chez Manuela, l’ex-femme du défunt.
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Les crimes de l'humanité

Se sentant persécuté dans son pays, Ingmar Bergman répond aux sirènes du dernier mogul Dino De Laurentiis et signe en 1977 son unique film en langue anglaise et sa plus grosse production. Une évocation troublée des origines du mal nazi où la perte d'identité envahi le Berlin de 1923... et son auteur.

Réalisateur sacré, adulé pour ses œuvres introspectives et métaphysiques, pour sa vision apocalyptique et intime de l'être humain (et en particulier du couple), Ingmar Bergman pensait sans doute trouver un exutoire idéal avec L ‘Œuf du serpent. Un projet nourri de ses récents déboires avec le fisc suédois et de la vindicte public qui en découla, venant faire écho à son mal être dépressif, baigné alors dans ces années là dans l'alcool et les médicaments. Une œuvre profondément paranoïaque où le sentiment de percussion du cinéaste trouve un écho directe dans ceux d'Abel Rosenberg, juif américain tentant de survivre à l'Allemagne de 1923. Celle de la fragile République de Weimar où l'on évoque déjà l'ascension d'un certain Hitler et où l'on se moque de son putsch raté que l'on fait semblant d'imaginer sans lendemain. Ici pourtant rien ne prête à rire, et le film insiste lourdement sur l'état calamiteux de la capitale, puisque le pays est marqué par une pauvreté considérable, une instabilité politique et morale des plus inquiétantes, et plus généralement une montée généralisée de la haine et de la peur. L'œuf du serpent, l'origine de l'état fasciste selon Bergman s'y trouve au cœur, perceptible dans les regards vides d'une foule qui habite froidement le générique d'ouverture (contrastant avec le jazz endiablé qui le segmente), dans une ratonnade nocturne que la police fait mine de ne pas voir, dans une succession de morts suspectes qui entoure le « héros » du film...

 

de l'oeuf ou la poule


Un personnage finalement assez vide lui aussi, uniquement animé de ses propres désespoirs, de sa peur constante, de sa psychose qu'il transmet autour de lui, contaminant le décors, la lumière, le son... Ou est-ce l'inverse ? Un récit totalement névrosé, poisseux, glauque, délirant et qui ressemble de plus en plus à un authentique cauchemar éveillé, dans lequel semble malheureusement bien souvent se perdre lui-même Bergman. Écrasé par une production trop lourde pour son regard et sa méthode, enfouis sous les décors somptueux entièrement recrés en studios par Rolf Zehetbauer (Cabaret, Das Boot, L'Histoire sans fin...) qu'il ne s'accapare jamais vraiment, et surtout bien embarrassé par cet étrange américain qui n'a rien à faire ici. Imposé par la production pour faciliter la distribution à l'international, David Carradine n‘a pas franchement la profondeur habituelle des acteurs de Bergman, et son personnage lui-même fait constamment tache dans le décor, obligeant toute la fiction à s‘excuser de parler anglais. Même l‘égérie Liv Ullmann manque souvent de justesse, un comble. Le malaise de la production remplace souvent celui du film lui-même, montrant un cinéaste qui tente de combler son désintérêt du cinéma de genre (le film historique, le film noir, le thriller...) en se raccrochant à ses références expressionnistes (Fritz Lang en première ligne) et ses ambitions kafkaïennes.

Chaotique et souvent maladroit, mais incroyablement riche, L‘Œuf du serpent reste cependant une étude précise et terrifiante de la mécanique qui ouvre la voie au totalitarisme, et réveille dans sa dernière bobine, aux révélations terriblement modernes, un étrange jeux de miroir entre les expériences dont Abel a été la victime et celles des scientifiques nazis (dont le tristement célèbre Mengele) au rationalisme inhumain. Une perspective dédoublée par la personnalité même de Bergman, s‘incarnant autant dans la victime que dans le bourreau (qui projette d‘ailleurs des films de ses expériences), lui qui avouait avoir été, comme beaucoup de jeunes allemands des années 40, fasciné par le 3ème Reich et son leader, jusqu‘au jour où il découvrit l‘existence des camps d‘extermination. Le monstre est tapi dans les replis de l‘Histoire, mais comme toujours avec Bergman, il est surtout déjà larvé en chacun de nous.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Pas le plus cajolé des films d'Ingmar Bergmann, L'Oeuf du serpent retrouve enfin en vidéo son format d'origine (il fut présenté en 4/3 dans l'ancien DVD Carlotta) et des conditions de visionnage on ne peut plus plaisantes. Il est manifeste que la restauration a été effectuée uniquement à partir d'outils numériques, mais le résultat reste efficace avec des cadres bien nettoyés (même si quelques petits défauts persistent), un piqué plutôt solide et une définition qui permet de retrouver un vrai sens du détail et une profondeur bien marquée. Ce sont finalement souvent les plans les plus sombres qui perdent en fermeté et densité. Pas parfait, mais honorable.

 


Son :

Les mix d'origine étaient déjà plutôt sobres avec une mise en avant des dialogues et une atmosphère assez écrasée sur les avants. Stabilisés et nettoyés, les pistes anglaises et françaises disposées en DTS HD Master Audio 2.0 restituent sèchement, mais solidement, les intentions premières.

 


Interactivité :
Edité par Rimini, L'Oeuf du serpent est présenté dans un digipack avec fourreau. Glissé à l'intérieur on trouve un livret comprenant la reproduction de l'article passionné et enthousiaste de Jean-Pascal Mattei pour le cite Citizen Poulpe. Et sur le disque Bluray ce sont Bernard Eisenschitz, historien du cinéma, et Nicolas Beaupré, historien tout court, qui viennent chacun leur tour éclairer le film par leurs connaissances. Un retour sur les origines du film et sa place du film dans la carrière de Bergman pour le premier, et une analyse de l'approche historique pour le second. On regrettera juste ici l'absence de documents d'archives (images de tournage, propos du réalisateur...) comme cette interview croisée entre les deux acteurs principaux proposée chez Arrow.

Liste des bonus : Livret de 8 pages, Interview de Bernard Eisenschitz, historien du cinéma. (40'), Interview de Nicolas Beaupré, professeur en histoire contemporaine.(34'), Bande-annonce

 
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