GRAVEYARDS OF HONOR
仁義の墓場 - Japon - 1975, 2002
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Son : Japonais PCM 1.0 mono (1975) et PCM 2.0 (2002)
Sous-titre : Anglais
Durée : 226 minutes
Distributeur : Arte Editions
Date de sortie : 7 septembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la déchéance d’un jeune yakuza en rébellion totale contre la société qui l’entoure, et même contre les règles établies par ses supérieurs hiérarchiques.
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Oyabun et Wakagashira

En 1999 et 2000, le marché occidental découvrait successivement deux réalisateurs japonais au travers de deux œuvres traumatisantes. Audition pour Takashi Miike et Battle Royale pour Kinji Fukasaku. Chacun a su marquer le cinéma de genre yakuza-eiga de son empreinte et son regard, notons que Miike a remaké Le Cimetière de la morale film de 1975 en 2002, et que l'éditeur Arrow Video les a combinés dans un seul et même coffret paru l'an dernier.

Le coffret réunis deux films marquants du genre yakuza-eiga, le film de pègre à la japonaise très largement remis à l'ordre du jour par Takeshi Kitano. Néanmoins, il n'est pas le seul maitre du genre, et ce coffret met en avant le regard combiné du maitre incontesté du genre Kinji Fukasaku, et de l'un de ses « enfants spirituel » Takashi Miike.
Deux regards de cinéastes extrêmes, l'un œuvrant depuis les années 1960, et l'autre rapidement considéré comme la relève dans les années 1990. Audition, le film qui a révélé Takashi Miike en Occident est en réalité son trente troisième film, et Battle Royale le soixantième et dernier de Kinji Fukasaku, de quoi remettre les pendules à l'heure des néophytes. Le Cimetière de la morale, peut être vu comme le point d'orgue du pic de la carrière de Fukasaku. Ce film conclut en quelque sorte, le cycle jitsuroku initié avec la saga de Shozo Hirono sans pour autant l'y rattacher : Combats sans code d'honneur, dilué en cinq films. Le film de Miike lui intervient juste après sa saga Dead or Alive, déjà très marquée par le goût prononcé de « l'homme aux cents films » pour le film de pègre.

Rikio Ishikawa, membre de la famille Kawada dans le quartier de Shinjuku, attaque et vole de l'argent au gang Aoki, membres de la famille rivale Shinwa de Ikebukuro, pour opérer sur leur territoire. Ishikawa vole alors un Sangokujin  (de violentes émeutes perpétrées par des Coréens et des Taïwanais, ce terme désigne ces émeutiers) avec Imai, avec qui il s'était lié d'amitié en prison et qui demande à Ishikawa de rejoindre son clan.
Il devient rapidement incontrôlable et, sous l'emprise d'une forte addiction à la drogue et à la luxure. Il ravage tout ce qui l'entoure, attaquant son propre clan, son épouse et quiconque croise sa déchéance. Il finira incarcéré, veuf et au bord du suicide...

Deux regards, pas si éloignés...


Pour conclure son œuvre maitresse sur le genre, Kinji Fukasaku met en lumière, qu'une rage insatiable couve et menace la société très règlementée du Pays du Soleil Levant. Ce film est un véritable déluge de violence graphique, et il porte un regard sur la déchéance du Japon d'après-guerre au travers du prisme de la vie du pire yakuza qu'il a fait grandir. A mesure que le personnage s'enfonce dans sa rage nihiliste, il entraine avec lui la société qui l'entoure, ce qui est un paradoxe comparé à la période économique de la production du film. Le pays en pleine bulle économique, rayonne comme la déesse Amaterasu, mais la rage, et la colère générée par l'injustice et les inégalités gangrènent de manière sourde. Il ne suffirait que d'une étincelle comme Ishikawa ou Hirono pour ré embraser les rues des mégalopoles.
Cette analyse est possible en observant la mise en scène, celle-ci respecte les mêmes codes et cet aspect quasi documentaire déjà entrepris avec Street Mobster ou la saga Combats sans code d'honneur plus tôt. Des images d'archives de la guerre et de la véritable enfance d'Ishikawa, les arrêts sur images avec le rôle dans le clan de chaque personnage, c'est la marque de fabrique Fukasaku. Il montre que ce sont de simples hommes, errants dans une époque trouble où tout est à reconstruire, alors que les forces d'occupation, les luttes sociales internes (avec les problématiques des sangokujins, des vétérans, des bannis, etc...) s'affairent à tout remodeler à leur image.

Miike quant à lui, a le regard plus tourné vers le passé, en témoignent l'introduction du film où l'anti-héros est déjà incarcéré et au bord du suicide. Il se remémore, la gloire d'une époque révolue, la rage du désespoir, et la quiétude d'un accomplissement. Cela peut être interprété comme le regard nostalgique du cinéaste vers la glorieuse histoire du Cinéma de son pays natal. Période outrageusement prolifique, où les maitres rivalisaient de génie pour divertir le spectateur. Période de sa jeunesse à écumer les salles, en double voir triple séances, à s'enivrer du cinéma de Kinji Fukasaku ou Seijun Suzuki comme on s'enivre de saké. Ce regard plein de nostalgie démontre, que l'industrie du cinéma s'est perdue, qu'elle n'invente plus. Elle ne fait que répliquer des modèles éculés depuis trente ans, ceci est à l'image de l'ère Heisei : période incertaine, où la crise économique ronge l'archipel, sans laisser d'espoir. Cela s'inscrit dans la même démarche que toute la série de films ultra violents de cette période, où que ce soit Sion Sono avec Suicide Club, ou même Takeshi Kitano et sa propre interprétation du genre, contribuent à démontrer que l'effondrement économique du pays réveille des douleurs du passé, ainsi qu'un mal être profond.
Il y ajoute quelques scènes pour donner plus de corps au personnage, réutilise des stock-shots du film original pour appuyer son propos. Puis, il introduit sa patte, son style outrageux et grandiloquent, mais pour une fois sans fioritures granguignolesques, tout en restant respectueux du matériel originel. Parce qu'il y a une chose qui est certaine, c'est qu'on aime ou pas ce cinéaste hyper actif, hyper prolifique, Takashi Miike est un cinéphile averti.

Guillaume Pauchant












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Image :
On adore l'aspect « dans son jus » de la copie du film original, on accroche un peu moins au lissage du film de Miike, qui même s'il est le roi du V-Cinéma n'est pas dépourvu de talents visuels. Dans les deux cas, les copies sont plutot solides, mais manquent certainement d'une véritable restauration à la source et d'un nouveau scan. 

 


Son :
Monaural et stéréo, sans chichis, efficaces et propres. Le premier impose une certaine épure franche et directe, alors que le second, à l'image de son auteur, a déjà plus tendance à plonger dans un chaos dynamique ou... chaotique.

 


Interactivité :
Deux disques bien remplis, les essayistes offrent une analyse pertinente des deux films, ce qui donne un bel intérêt à la chose. Le livret et un peu intéressant, mais sans grande valeur ajoutée, en dehors de l'objet même qui regorge de photogrammes sympathiques. On notera qu'on en apprend plus dans le disque 2 sur le travail de Miike qui parait parfois un peu obscur, vu de là où nous sommes. Petit bémol sur les bonus du film de Fukasaku, qui sont un peu chiches.

Liste des bonus : Présentation, commentaire audio par Mark Schilling, Like a balloon : The life of a Yakuza : essai vidéo du critique Mike White (13 min), A portrait of rage : un recueil d'archives contant les témoignages de réalisateurs, érudits, et amis de Kinji Fukasaku (19'), On the set with Fukasaku : une interview de l'assistant réalisateur Kenichi Oguri (5'), trailers originaux, galerie d'images, jaquette réversible par l'illustrateur Ian MacEwan,
Commenatire audio par Tom Mes, Men of violence : The male driving forces in Takashi Miike's Cinema un essai par l'auteur et critique Kat Ellinger (23'), interview de Miike, Goro Kishitani et Nami Arimori (18'), making of featurette (8'), teaser du making of, archives d'interview presse de Miike, Kishitani et Arimori (4'), archive de la première (4'), trailers originaux, galerie d'images, jaquette réversible par l'illustrateur Ian MacEwan,
Livret de 51 pages de Jasper Sharp.

 
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