LâCHEZ LES MONSTRES
Scream And Scream Again - Royaume-Uni - 1970
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Genre : Horreur
Réalisateur : Gordon Hessler
Musique : David Whitaker
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 94 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 22 septembre 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Lâchez les monstres »
LE PITCH
Un joggeur victime d'un malaise cardiaque se réveille dans un hôpital et découvre qu'il a été amputé d'une jambe. Ailleurs, des jeunes femmes sont victimes d'un psychopathe qui les vide de leur sang, …
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cauchemars parralèles

Produit dans la foulée du Cercueil Vivant et réunissant à nouveau Christopher Lee et Vincent Price devant la caméra de Gordon Hessler, Lâchez les monstres est un drôle d'objet filmique. Constitué de plusieurs fils narratifs indépendants ne se recoupant qu'à la toute fin, le résultat flirte autant avec la Nouvelle Vague française qu'avec le bon gros Z boiteux. Et les sentiments qu'ils soulèvent de se montrer tout aussi contradictoires, la fascination le disputant à la consternation.

Parmi les rares mais indécrottables admirateurs de Lâchez les monstres, la postérité retiendra le nom de Fritz Lang. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le réalisateur de Metropolis et de M, le Maudit ne tarissait pas d'éloges à l'endroit du film de Gordon Hessler. Outre la surprise engendrée par un métrage détournant les promesses de son affiche racoleuse (on peut y voir le corps d'une jeune femme se liquéfiant dans un bain d'acide), le vieux maître allemand avoue avoir été particulièrement séduit par le scénario de Christopher Wicking, adaptation toute en métaphores audacieuses d'un roman de gare signé par un inconnu nommé Peter Saxon. Futur mercenaire de la plume des dernières heures de la Hammer, Wicking additionne les intrigues parallèles comme autant d'indices de la résurgence du fascime en Europe et dans le monde entier. Les amputations successives d'un pauvre joggeur symbolisent la perte progressive des libertés et transforment les figures bienveillantes de la belle infirmière et du corps médical en menaces silencieuses et sadiques. Les meurtres de jeunes femmes repérées dans les boîtes branchées du swinging London par un jeune homme au physique d'Aryen dévoyé trahissent la fragilité d'un mouvement hippie et libertaire en fin de vie. Enfin, les luttes de pouvoir abstraites dans une dictature anonyme témoigne de la vivacité du totalitarisme à la mode nazi et qui se développe en marge des « grandes démocraties ». Tout en dévoilant le lien entre ces différentes intrigues, la conclusion pointe du doigt la complicité des pouvoirs politiques et de la science et dénonce l'impuissance de la police face à la montée d'un nouvel ordre mondial. L'horreur dite « classique », celle des monstres, des superstitions et des mutilations d'innocent(e)s cède peu à peu sa place à la paranoïa et au complotisme, l'un des thèmes phare du cinéma des 70's.

 

Plan 9 from outer space


Avouons-le sans délai, la mise en scène de Gordon Hessler n'est pas du tout à la hauteur du script gigogne de Christopher Wicking. Non par manque d'énergie, la caméra redoublant de mobilité à la moindre occasion et notamment lors d'une scène de poursuite (en voiture puis à pied) bien nerveuse comme il se doit en fin de deuxième bobine. Le problème d'Hessler se résume pour l'essentiel par un sens du cadre inexistant une direction d'acteurs pas loin d'être catastrophique. Exception faite d'Alfred Marks, tout à fait à l'aise dans le registre du vieux commissaire sarcastique et blasé, toutes les autres performances sont figées dans le même moule insipide, à deux doigts de l'amateurisme. Pire encore, la présence au final très limitée du trio Vincent Price/Christopher Lee/Peter Cushing frise le foutage de gueule et l'arnaque absolue. En roue libre et avec seulement une poignée de minutes de présence à l'écran, les trois légendes du fantastique débitent leurs dialogues sans la moindre conviction, deux d'entre eux passant même de vie à trépas dans des scènes maladroites évoquant les nanars immortels d'Ed Wood, une gêne bien réelle remplaçant ici les rires complices. Quant au montage trop abrupte et mal rythmé et au score jazzy totalement inaproprié de David Whitaker, ils se chargent d'achever la patience du spectateur venu savourer une bonne série B et se demandant sûrement s'il ne s'est pas trompé de film.

Plombé par son éxécution le plus souvent hasardeuse, Lâchez les monstres ne vaut donc que pour ses intentions honorables et un scénario que l'on ne se lasse pas de déconstruire, seule explication possible à l'intérêt que suscite encore cette production fauchée, plus d'un demi-siècle après son passage éclair dans les salles obscures.

Alan Wilson






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Image :
Le master est issu d'une copie dont le bon état est tout à fait relatif. Couleurs, contrastes et définition ne manquent pas d'atours mais les points blancs, éraflures, tâches et autres témoignent de l'âge du film et du peu de soin affiché par les exploitants des cinémas des années 70, ces derniers usant les bobines jusqu'à la corde. Les amateurs d'images vintage et de sensations « grindhouse » seront quoi qu'il en soit aux anges, l'impression d'assister à une projection de minuit dans une salle de quartier à la fréquentation douteuse dominant très largement.

 


Son :
Très frontale et clairement en retrait, la version originale (la seule disponible sur cette galette) propose le minimum syndical avec une propreté inattaquable. On en demandait pas plus.

 


Interactivité :
Inséré dans un digibook au look très réussi, on retrouve bien évidemment le livret détaillé signé Marc Toullec. Pour compléter cette lecture, l'intervention de l'historien du cinéma Frédéric Albert Levy propose un point de vue largement en faveur du film de Gordon Hessler, entre mise en contexte et analyse du scénario. Une petite bande annonce d'époque n'eut pas été de refus.

Liste des bonus : « L'horreur dernier-cri », entretien avec Frédéric Albert Levy (28 min)

 
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