L’AN 01
France - 1972
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « L’An 01 »
Genre : Comédie
Réalisateur : Jacques Doillon, Gébé
Image : 1.66 16/9
Son : Français Dolby Digital 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 87 minutes
Distributeur : LCJ Editions
Date de sortie : 22 septembre 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « L’An 01 »
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site officiel
LE PITCH
Le film narre un abandon utopique, consensuel et festif de l’économie de marché et du productivisme. La population décide d’un certain nombre de résolutions dont la 1ère est « On arrête tout » et la 2ème « Après un temps d’arrêt total, ne seront ranimés que les services et les productions dont le manque se révélera intolérable ». L’entrée en vigueur de ces résolutions correspond au premier jour d’une ère nouvelle, l’an 01.
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Un bon pas de côté !

50 ans avant les confinements successifs et un ralentissement salutaire (y en a qui ont apprécié) du monde du travail, Gébé de la bande d'Hara Kiri et Charlie Hebdo, et le jeune réalisateur Jacques Doillon imaginaient une société où l'on décidait enfin de tout arrêter, de réfléchir... « et c'est pas triste ».

Difficile aujourd'hui pour ceux qui ne l'on pas vécu d'imaginer à quoi pouvait ressembler l'état d'esprit des Français dans cette petite parenthèse enchantée située entre les évènements de Mai 68 et le Crash Pétrolier de 1973. Une poignée d'années en tous cas où l'on réfléchissait déjà à abandonner cette étrange modernité imposée, où l'on questionnait le capitalisme généralisé et où les premières grandes amorces de réflexions écologiques pointaient leur nez. C'étaient aussi les plus belles années de Charlie Hebdo, successeur du plus foutraque Hara-Kiri, où œuvrait le dessinateur, et rêveur, Gébé couchant sur papier l'idée d'une utopie : l'An 01. Un nouveau départ, un nouvel ordre dans lequel on re-réfléchirait le monde, les relations aux autres, où l'on retournerait à la terre, à la simplicité, ne travaillant plus que pour l'essentiel et pour le reste de la communauté. Plus de propriété, plus de patron, plus de police... et pourquoi pas ? Une idée qui germe et grandit, jusqu'à devenir un projet de film. Mais pas un film comme les autres, certainement pas, mais un film participatif. Si Jacques Doillon (déjà complice sur le court métrage On ne se dit pas tout entre époux) est crédité comme réalisateur, il se décrit lui-même plutôt comme aide de camps, là pour mettre en forme et capturer les idées de Gébé. D'ailleurs, autant par camaraderie que par soucis d'économie, une amusante séquence est tournée par l'ethnographe Jean Rouche au Niger (des habitants s'amusent de l'arrêt d'une usine de soutien-gorge), tandis que des traders se jetant du haut de Wall Street sont superbement chorégraphiés par Alan Resnais qui embarquait discrètement un certain Stan Lee (en voix off) et Lee Falk, le créateur de Mandrake, dans l'aventure.

 

vivre ensemble. Faire ensemble


Un film imaginé et construit les bras ouvert, puisque en plus de permettre à toute une jeune génération de futur talents d'étrenner leurs personnages (Depardieu, Coluche, la bande du café de la Gare, la futur bande du Splendid, Patrice Leconte, Higelin, le designer Philipe Stark...), et d'offrir aux gueules de Charlie Hebdo le méchant rôle d'une cellule de comploteurs fascistes, Gébé eu la bonne idée d'inviter les lecteurs du journal à proposer leurs idées de scènes, de dialogues et à apparaître à l'écran. D'où un tournage qui ressembla tout autant à un petit tour de France fait de soirées bien arrosées, de grandes discussions, de rencontres avec de belles communautés et de rapides tournages studieux. « L'utopie, ça réduit à la cuisson, c'est pourquoi il en faut énormément au départ » disait Gébé et après de longues heures de montage, ce faux documentaire un poil bordélique sur des lendemains qui chantent, sur une utopie devenue réalité, ne ressemble à rien d'autre qu'à lui-même. Une farce de bric et de broc, une succession de scénettes accolées comme des vignettes de BD, gentiement absurdes, de grands élans philosophiques, d'apartés doucement poétiques. Le tout est délicatement nourris de sentiments contestataires, libertaires et délicieusement imaginatifs bercés par un soupçon d'esprit café théâtre, happening, mais jamais rattrapé par un ton sentencieux, militant et par la volonté pesante d'assener un message.

L'An 01
n'évoque pas la fin du monde, il propose la naissance d'un autre et donne constamment en mains à ceux qui y ont participé et à ceux qui le regarde le loisir d'en prendre les commandes et d'en choisir la clefs. Une proposition qu'on a longtemps crue être restée comme un écho d'une époque révolue, mais qui aujourd'hui, entre crises politiques, sanitaires et écologiques, résonne avec plus de force que jamais proposant un chemin de traverse aux abords délicatement boisés. Un film chlorophyllisé.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Pas forcément des plus simples de faire passer l'An 01 sur support HD. Tout simplement par ses origines de productions des plus modestes, sa pellicule pas toujours de première jeunesse et son passage du 35mm au 16mm et inversement. Le transfert proposé par LCJ, effectué à partir d'un nouveau scan, s'avère plutôt réussi et surtout étonnamment propre. Le grain reste bien présent, fluctuant forcément, mais respecte l'expérience un peu brute du film, à l'instar des contrastes noir et blanc, plus ou moins marqués, mais jamais dépassés. Une restauration plus qu'honorable, surtout au vue de l'objet.

 


Son :

Là aussi, impossible d'attendre une stabilité à toute épreuve tant les niveaux sonores, les échanges et la présence musicale varient d'une séquence à l'autre. On note tout de même une clarté bien plus poussée qu'autrefois et un effacement des saturations et autres petites perditions.

 


Interactivité :

Nouveau coffret collector limité et numéroté pour LCJ qui reprend directement le même modèle Mediabook + fourreau cartonné (solide) déjà présenté pour Les Enfants terribles. A l'intérieur, outre une petite fiche comportant le numéro unique du coffret, on trouve un nouveau livret rédigé par Marc Toullec. Une reconstitution méticuleuse et documentée de la production du film, de ses premières bribes dessinées à sa sortie sur les écrans en passant par ses nombreuses collaborations et expérimentations. Plus en verve encore qu'à l'accoutumé, le journaliste signe d'ailleurs là l'un de ses meilleurs papiers capturant joliment les enjeux poétiques et politiques du métrage. Une réflexion parfaitement complétée par le documentaire d'une heure « L'An 01-L'An 2021, même combat, enfin presque ! », présenté sur son disque Bluray dédié. Une évocation du long métrage en compagnie de Jacques Doillon, Yves Frémion, Pacôme Thiellement et François Ruffin (qui cite L'An 01 dans J'veux du soleil) où il est autant question de rappeler l'atmosphère très particulière et les espoirs de ces quelques années post-68 que la ressemblance troublante des colères, des espoirs et des prises de conscience de 2021. Un petit film bien mené, souvent touchant et particulièrement pertinent.

Liste des bonus : Le livret rédigé par Marc Toullec (76 pages), « L'An 01-L'An 2021, même combat, enfin presque ! » : rencontre avec Jacques Doillon, François Ruffin, Yves Frémion et Pacôme Thiellement à propos du film (52').

 
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