CHEERFUL WIND
風兒踢踏踩 - Taïwan - 1981
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Cheerful Wind »
Réalisateur : Hou Hsiao-Hsien
Musique : Lin Tsan-Ching
Image : 2.35 16/9
Son : Taïwanais DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 91 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 28 août 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Cheerful Wind »
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LE PITCH
Lors du tournage d'une publicité dans un petit village de pêcheurs, la photographe Hsing-Hui fait la connaissance de Chin-Tai, un jeune aveugle. Ils vont se revoir et, petit à petit, tomber amoureux …
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Où est hou ?

Déjà très impliqué dans l'édition sur support vidéo des œuvres du taïwanais Hou Hsiao-Hsien, Carlotta nous offre ces jours-ci une rareté avec Cheerful Wind, second long-métrage du cinéaste. Soit une bluette espiègle et assez superficielle où se dessinent de ci, de là, des indices sur la filmographie à venir du réalisateur de Millenium Mambo et des Fleurs de Shanghaï.

Tous les défauts et les qualités de Cheerful Wind se retrouvent déjà dans sa longue séquence d'ouverture. Après avoir observé les déambulations de son héroïne au bord de mer, la caméra s'attarde sur une bande d'enfants blagueurs qui plantent un pétard dans une énorme bouse de vache, trépignant de voir l'explosion tant attendue recouvrir de merde fraîche le premier passant. Mais la mèche semble s'être éteinte et les chenapans retournent vers la bouse, déçus. BOOM ! Dans un remake puéril de l'arroseur arrosé (ou, plutôt, des emmerdeurs emmerdés!), le pétard explose et les enfants sont à présent victimes de leur propre méfait. Hors-champ, un « coupez ! » retentit. Hou Hsiao-Hsien révèle le pot aux roses par une coupe et nous voici en plein milieu du tournage d'une publicité pour de la lessive (!). Plutôt que de rebondir sur cette jolie farce métafilmique, le réalisateur s'en retourne à ses minauderies et ses montages musicaux joliment filmés mais plombés par une musique cul-cul la prâline. Il s'agit avant tout de narrer la rencontre entre la belle photographe (Feng Fei Fei, mignonne et attachante) et l'aveugle solitaire (Kenny Bee, assez mauvais). Jeux de regards, gags lourdauds, il me plaît, est-ce que je lui plais ? Etc, etc. Hou Hsiao-Hsien et son directeur de la photographie Chen Kun-Hou soignent réellement le cadres avec un très beau Scope naturaliste mais tout en restant attentifs à ne pas trop s'écarter des impératifs d'un projet purement commercial. Un produit de consommation à peu près comme un autre. En réalité, ce sont eux les réalisateurs de la pub pour lessive.

 

Main dans la main


En se baladant des rues de Taïpei aux campagnes reculés, Cheerful Wind concentre une large part de son attention au portrait d'une jeune femme forte et indépendante. Et ce n'est pas une mauvaise chose. Mal écrit, le personnage de l'aveugle retrouve très vite la vue - avec la greffe de cornée la plus miraculeuse du 7ème Art ! - et perd le peu d'intérêt qu'il présentait, entre la pratique de la musique et de la voyance (si si!) et son travail associatif. Hou Hsiao-Hsien le filme comme un chiot collé aux basque de sa maîtresse. Quant au deuxième petit ami de Hsing-Hui, le scénario ne prend même pas la peine de le désigner en tant que tel avant la dernière bobine et ce après l'avoir fait disparaître de l'histoire pendant un bon gros tiers de métrage.
Ne reste donc plus que Hsing-Hui, femme des villes rêvant d'émancipation et d'un voyage et néanmoins très attachée à ses racines rurales. Hou Hsiao-Hsien dévoile à cette occasion un plaisir communcatif à filmer la campagne, les petites gens et les enfants. À ce titre, la scène où l'héroïne joue les institutrices pour remplacer son frère et propose à sa classe de peindre une fresque sur les murs de l'école plutôt que les slogans patriotiques exigées par la directrice dégage un humour salvateur et propose un peu de piquant dans une œuvre très balisée.

S'effaçant des mémoires dès sa séquence finale, Cheerful Wind est encore très loin des sommets à venir du cinéaste mais il en porte les germes discrets. Intéressant mais peut-être pas suffisant pour lui dérouler le tapis rouge.

Alan Wilson








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Image :
Issu d'une restauration minutieuse orchestrée par le Taïwan Film Institute en 2018, le master de Cheerful Wind affiche de belles couleurs et une texture cinéma très agréable. Quelques variations chromatiques avec des ciels nuageux tirant vers le jaune et le vert témoignent encore de l'état désastreux des copies 35 mm d'origine et de l'effort herculéen pour leur rendre tout le lustre d'origine.

 


Son :
Dialogues et musique parfois mixées un peu trop haut étouffent les rares ambiances et frôlent furtivement la stridence. L'absence du moindre souffle et la belle tenue générale de l'ensemble demeurent dans le haut du panier de ce qu'une piste mono est tenue de proposer.

 


Interactivité :

Spécialiste du sujet et déjà présent sur d'autres éditions Carlotta consacrées à Hou Hsiao-Hsien, Jean-Michel Frodon propose en un seul entretien un tour d'horizon bref mais assez dense sur les points d'intérêt du film et ne cherche jamais à le faire passer pour un chef d'oeuvre oublié. L'honneteté du propos est donc à toute épreuve. Un très court module propose en outre un comparatif avant/après de certaines scènes mettant en évidence le travail de restauration de la copie. Amplement suffisant.

Liste des bonus :« Frémissements » : entretien avec Jean-Michel Frodon, journaliste, critique de cinéma et professeur associé à Sciences Po (13 minutes) / La restauration : comparaison avant/après restauration de certaines scènes du film (2 minutes) / Bande-annonce 2018 (HD)

 
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