UMBERTO D.
Italie - 1952
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Genre : Drame
Réalisateur : Vittorio De Sica
Image : 1.33 4/3
Son : Italien DTS-HD Master Audio mono
Sous-titre : Français
Durée : 89 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 25 août 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Fonctionnaire à la retraite, Umberto Domenico Ferrari, ne parvient plus à subsister avec sa maigre pension et sa logeuse menace de le mettre à la rue. Malgré l'amour et la loyauté de son chien Flyke, Umberto sent sa dignité lui échapper et pense au suicide…
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Rome, ville sans espoir

Vous aimez le cinéma italien ? Vous aimez les drames à caractère social ? Vous aimez pleurer toutes les larmes de votre corps au point d'en épuiser tout un paquet de mouchoirs ? Ça tombe bien puisque Carlotta réédite en haute-définition et dans une copie restaurée Umberto D., chef d'oeuvre de Vittorio De Sica, le maître du néo-réalisme.

1952. L'Italie d'après la Seconde Guerre Mondiale est en pleine reconstruction. Et qui dit reconstruction dit modernisation et nouvel essor économique. Mais ce n'est pas la fête pour tout le monde et les laissés pour compte restent nombreux, la misère cotoyant une richesse nouvelle dans les rues des grandes villes. Désireux de raconter les histoires des oubliés, de ces gens « qui ne sont rien » (pour reprendre les mots de qui vous savez), Vittorio De Sica et son scénariste attitré Cesare Zavattini donnent à ces mélodrames la texture d'un réalisme jusqu'alors inédit, forgé dans l'indépendance. Au grand dam d'un gouvernement italien qui préférerait projeter une image de réussite et de prospérité, des films tels que Le voleur de bicyclettes et Miracles à Milan séduisent la critique internationale et mettent en lumière la part de malheur du demi-siècle qui s'annonce. Toutefois, si les deux films que nous venons de citer portent en eux une lueur d'espoir du fait de l'âge de protagonistes pour qui tout est encore possible, Umberto D. s'enfonce dans un pessimisme déchirant. « La vieillesse est un naufrage » disait le Général de Gaulle et rien n'est plus vrai pour le pauvre Umberto Domenico Ferrari (incarné par l'émouvant - et non professionnel - Carlo Battisti), retraité et bientôt sans-abri et pour qui toutes les portes se ferment, les unes après les autres.
De la scène d'ouverture, on retiendra donc le contraste entre la vitalité d'une Rome en pleine effervescence et la faiblesse et la désorganisation de vieillards manifestant pour réclamer une pension décente, troupeau grisonnant dont la marche à contre-courant se brise facilement sur le mur de l'indifférence et de l'égoïsme. La police met fin aux protestations d'autant plus facilement que les retraités sont loin de former un front uni.

 

chacun pour soi


Umberto D. a cette particularité, quasi-visionnaire pour ainsi dire, de pointer d'un doigt acéré un individualisme galopant, dévorant la société avec la voracité d'un cancer que rien ne peut arrêter. Point de salut dans l'autre. Umberto ne trouve guère d'oreilles pour sympathiser à ses malheurs et De Sica use de simples contre-champs pour illustrer l'isolement d'Umberto. Et cet isolement touche tout le monde : la logeuse pingre d'Umberto, la jeune femme de chambre enceinte et mélancolique, les passants, oui, tout le monde. Vittorio De Sica a beau emprunter son sens du cadre et du timing à un certain Charlie Chaplin, il ne livre pas une comédie mais un authentique film d'horreur où plus personne ne se parle ou ne se regarde en face et où il faut hurler pour être remarqué, comme ce mendiant haussant le ton envers celles et ceux qui le croisent sans mettre la main à la poche.
Et si l'être humain est défaillant, De Sica et Zavattini s'en vont chercher la bonté vers l'animal. Et plus précisément, le chien, le meilleur (et le seul) ami de l'homme. Par son innocence et sa fidélité inconditionnel, Flyke, le petit terrier au regard compatissant, est la seule planche de salut d'Umberto, poussé au suicide à deux reprises, et notamment lors d'une scène finale d'une brutalité inouïe. Une issue tragique que Flyke parvient à contrarier par sa seule présence. Et c'est aussi Flyke qui donne à la mendicité forcée d'Umberto une touche d'humour et de bienveillance inattendue mais ô combien bienvenue et mémorable. C'est Flyke, enfin, qui lors d'une scène dans un refuge animalier donne à contempler le sort indigne réservée aux nombreux chiens errants ramassés dans les rues de Rome. L'animal comme baromètre d'une inhumanité galopante.

Brève lueur de joie et de complicité, l'épilogue se révèle à double tranchant et confirme le destin funeste qui attend Umberto à plus ou moins court terme. Noir, c'est noir.

Alan Wilson




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Image :
Une restauration minimaliste mais efficace qui parvient à donner une nouvelle vigueur aux contrastes et à la définition d'une copie en noir et blanc pas tout à fait immaculée et porteuse de stigmates fugaces mais bien visibles, allant d'un voile grisâtre à quelques accidents de pellicule. On notera également l'instabilité du master, parfois aussi tremblotant que ce pauvre vieux Umberto.

 


Son :
Le souffle du mono est contenu et ne vient jamais parasiter le confort d'écoute d'une piste son équilibrée, entre dialogues affirmés, thème musical larmoyant et ambiances discrètes.

 


Interactivité :
Le documentaire sur le néo-réalisme de l'édition DVD de 2006 a disparu mais on retrouve avec bonheur l'entretien d'une vingtaine de minutes du critique de cinéma niçois Jean-Antoine Gili détaillant avec pertinence le contexte historique et les méthodes de travail de Vittorio De Sica. Mais la véritable pépite de cette édition est une analyse filmique portée avec ferveur par un Jean-Baptiste Thoret à l'érudition vibrante.

Liste des bonus : Entretien avec Jean A. Gili (29 minutes) / « Seuls au monde » : analyse de Jean-Baptiste Thoret (25 minutes) / Bande-annonce originale

 
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