ANGELS WEAR WHITE
嘉年华 - Chine - 2017
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Genre : Drame
Réalisateur : Vivian Qu
Musique : Wen Zi
Image : 1.85 16/9
Son : Mandarin DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 107 minutes
Distributeur : Spectrum Films
Date de sortie : 29 juillet 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Angels Wear White »
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LE PITCH
Deux jeunes collégiennes sont agressées sexuellement par un homme d’âge mûr dans un hôtel du bord de mer. Remplaçant la réceptionniste en poste, Mia, une adolescente sans papiers est la seule témoin de l'incident dont elle dissimule les preuves …
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Sous les jupes des filles

Productrice chinoise passée à la réalisation en 2013 avec Trap Street, Vivian Qu confirme un talent singulier avec Angels Wear White, drame poignant et portrait de (très) jeunes femmes confrontées à la violence et à l'injustice d'une société minée par un patriarcat toxique et défaillant.

Le scénario d'Angels Wear White, signé de Vivian Qu elle-même, raconte deux histoires en parallèle. Ouvrant et cloturant le film par ses déambulations autour d'une statue géante aussi laide que vulgaire d'une Marilyn Monroe de Carnaval, Mia (ou Xiaomi) est une adolescente paumée travaillant comme bonne à tout faire dans un hôtel du front de mer. Elle n'a pas de papiers, prétend qu'elle a dix huit ans alors qu'elle n'en a que quinze, n'a pour seule amie que la jeune réceptionniste Lili et parle peu. En temps normal, personne ne l'aurait jamais remarqué. C'est pourtant le hasard qui, une nuit, l'amène à croiser Xiaowen, écolière accompagnée de sa copine du même âge et d'un homme d'une quarantaine d'années, chef d'entreprise influent et pédophile en puissance. Avec son portable, Mia filme l'homme s'introduisant de force dans la chambre des deux petites filles mais elle fait disparaître toutes les autres preuves et ment à la police. Mia cherche seulement à fuir un système qui, elle le sait bien, pourrait la broyer.
Ce qui nous amène au calvaire vécu par la petite Xiaowen (étonnante Zhou Meijun). Violée à douze ans, humiliée par sa maîtresse d'école et la police, elle s'enferme progressivement dans le silence et la tristesse, incomprise par sa mère qui l'élève seule et fuyant pour rejoindre un père démissionnaire mais qui va peu à peu lui offrir l'amour et l'attention nécessaire. Le seul autre soutien de Xiaowen est une avocate déterminée à faire éclater la vérité et qui comprend vite l'importance de Mia dans cette affaire sordide.
Mia est Xiaowen. Xiaowen est Mia. Ces deux destins n'en forment qu'un seul et mettent en lumière le poids du déni qui transforment des victimes en marginales culpabilisées et isolées.

 

La loi du silence


N'utilisant que très peu de musique (trois courtes scènes), Vivian Qu fait du silence son arme principale. À la question de savoir pourquoi les crimes sexuels à l'encontre des femmes se multiplient sans espoir de justice, la cinéaste pointe du doigt le silence. Ne rien dire, jamais. Ne rien dire pour ne pas ruiner le propriétaire d'un hôtel. Ne rien dire pour ne pas entâcher la réputation d'un homme d'affaires. Ne rien dire pour ne pas insinuer que la police fait mal son travail. Ne rien dire pour ne pas se faire remarquer. Ne rien dire, enfin, pour ne pas remettre en cause un modèle de société où l'homme domine une femme réduite au rôle de faire valoir, d'objet sexuel ou de symbole de virginité d'un autre âge, comme le souligne avec une poésie cruelle ce plan où Xiaowen observe un couple de jeunes mariés sur la plage, l'homme tirant un cheval sur lequel trône son épouse tout de blanc vêtue, comme une pouliche de luxe, un prix gagné dans une fête foraine.
Dans sa mise en image, Vivian Qu cède malheureusement aux tics actuels du cinéma d'auteur indépendant, misant sur une photographie en lumières naturelles et à la texture numérique paresseuse et une caméra portée constante (le trépied, signe extérieur de richesse ?). Un écueil formel heureusement rattrapé par la sensibilité avec laquelle sont filmés les visages des deux protagonistes principales et la pertinence de motifs récurrents, en particulier la couleur blanc et les escaliers, la pureté illusoire et la verticalité constante dans le rapport entre hommes et femmes.

La puissance du fond prime ici indiscutablement sur la forme. S'appuyant sur des actrices dont la justesse du jeu est totale, Vivian Qu met à mal le modèle chinois (et même mondial) et démontre par les pleurs d'une petite fille et la fuite d'une adolescente l'injustice quotidienne qui opprime les femmes. Une dernière question se pose alors : que faire ? Pessimiste, la réalisatrice sous-entend que la parole et l'indignation ne suffiront sans doute pas.

Alan Wilson






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Image :
Définition précise, contours tranchants, profondeur de champ idéale : la photo numérique et naturaliste du français Benoît Dervaux est retranscrite sans la moindre perte par un transfert haute-définition soigné. Seul ennemi potentiel de ce type de source (surtout lors des scènes nocturnes), la compression est indétectable.

 


Son :
Drame intimiste oblige, l'acoustique ne joue pas un rôle prédominant. Les dialogues s'inscrivent à l'avant mais n'étouffent jamais des ambiances feutrées, riches d'une multitude de détails (bruit des oiseaux, bruit des pas). Rien de spectaculaire, donc. Et rien à reprocher.

 


Interactivité :
Sur la page de son site officiel, Spectrum Films laissait entrevoir la possibilité d'une interactivité plus développée. Il faut croire que les « trucs en cours » de l'éditeur n'ont malheureusement pas abouti et un entretien beaucoup trop bref avec Vivian Qu est tout ce qu'il nous reste à nous mettre sous la dent. La cinéaste a ainsi à peine le temps de présenter son film et ses intentions. Mieux que rien mais indiscutablement frustrant.

Liste des bonus : Présentation de la réalisatrice (5 min) / Bande-annonce

 
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