HONOR AMONG LOVERS & MERRILY WE GO TO HELL
Etats-Unis - 1931 / 1932
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Genre : Drame
Réalisateur : Dorothy Arzner
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais DTS-HD 2.0 Mono
Sous-titre : Français
Durée : 158 minutes
Distributeur : Elephant Films
Date de sortie : 22 juin 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Honor Among Lovers & Merrily We Go To Hell »
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LE PITCH
Un courtier de Wall Street avoue à sa secrétaire son amour pour elle mais cette dernière en épouse un autre / La fille d'un riche industriel tombe amoureuse d'un journaliste alcoolique et aux penchants auto-destructeurs…
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Working Girls

Coup d'envoi de la collection « Les Soeurs Lumière » chez Elephant Films, retour essentiel sur la contribution trop souvent occultée des femmes aux débuts du 7ème Art. Outre un documentaire narrée par Jodie Foster sur la pionnière française Alice Guy-Blaché (uniquement en DVD, malheureusement), l'éditeur nous propose un doublé de l'américaine Dorothy Arzner, grande dame de l'âge d'or d'Hollywood dont l'oeuvre mérite plus que jamais d'être redécouverte.

Fille d'un restaurateur californien de renom dont l'établissement comptait Mack Sennett et Douglas Fairbanks parmi ses clients réguliers, étudiante en médecine, ambulancière pendant la Première Guerre Mondiale, protégée de William DeMille (frère de Cecil B.) à la Paramount, secrétaire puis monteuse puis enfin réalisatrice sous contrat pour le même studio où elle invente la perche pour les besoins de l'actrice Clara Bow et de ses débuts dans le cinéma parlant (The Wild Party, 1929), lesbienne parfaitement assumée, retraitée d'Hollywood en 1943 puis professeure de cinéma à Pasadena et à l'UCLA jusqu'en 1965, la vie de Dorothy Arzner fut passionnante. À l'image de son œuvre.
Ainsi, le premier tiers de Honor Among Lovers (1931) se savoure comme un condensé de maîtrise et d'intelligence. Arzner perturbe avec malice l'ordre établi d'une réunion de cadors de la finance en y révélant le rôle indispensable jouée par ... une secrétaire. Toute aussi douée que l'assemblée de mâles dominants qui l'entoure, la jeune Julia Traynor affirme son sens des affaires, insensible aux remarques sexistes et occupant le centre du cadre. La réalisatrice aurait pu en rester à ce portrait de femme dominante et volontaire mais elle en révèle la vulnérabilité dès la scène suivante, face à un employeur dont les avances insistantes posent la question du harcèlement et du consentement avec une acuité très largement en avance sur son temps (et même sur le nôtre). S'en suit un triangle amoureux classique et efficace mais souffrant parfois du manque de charisme du couple Claudette Colbert / Fredric March. Toutefois, le charme opère. Grâce à un rythme soutenu, un scénario parfaitement équilibré entre joutes verbales et coups de théâtres et l'abattage comique de Charles Ruggles et d'une toute jeune Ginger Rogers, hilarante en blonde écervelée mais digne.

 

Hommes, femmes, mode d'emploi


Déjà esquissée dans Honor Among Lovers, la thématique du mariage et de ses conséquences parfois néfastes sur la dynamique des relations entre hommes et femmes est au cœur de Merrily We Go To Hell, drame crépusculaire dont la liberté de ton résume à elle seule le Hollywood pre-code Hays, parenthèse enchantée du cinéma yankee.
Acteur fétiche de Dorothy Arzner, Fredric March trouve ici l'un de ses meilleurs rôles, celui d'un journaliste se rêvant dramaturge, alcoolique à la fois charmant et odieux et qui va s'appliquer à saccager son union avec la superbe Sylvia Sidney, jeune femme amoureuse et courageuse. Au travers de ce couple touchant, dont les promesses d'amour finissent par se noyer dans la fumée, l'alcool et les larmes, Dorothy Arzner démonte la mécanique du conte de fée conjugual. L'ouverture du film, à ce point stylisée (avec un très bel usage de miniatures et de mouvements de caméra) qu'il ne manque plus qu'un « Il était une fois » en amorce, traduit une cruelle ironie. Le héros est déjà ivre, la haute société n'est qu'un ramassis de fêtards incultes et de profiteurs et l'héroïne n'est pas une ravissante idiote en quête d'un prince charmant mais une jeune femme intelligente et affirmée, presque une sainte mais pas encore une martyre.
Alternant les rires, le vaudeville et la tragédie, Arzner évite les clichés et livre une leçon de mise en scène. La fluidité de sa narration est exemplaire, sa légereté et sa clairvoyance rappelant Lubitsch mais avec un regard tout à fait unique sur les personnages féminins. Même le personnage de l'actrice qui pousse Fredric March à l'adultère (excellente Adrianne Allen) n'a rien de la tentatrice habituelle. C'est une femme libre, indépendante et dont les charmes ne sont pas un piège ni un appel à briser un mariage. Avec son épilogue en forme de point d'interrogation et son émotion à fleur de peau, Merrily We Go To Hell offre au contrat de Dorothy Arzner avec la Paramount le plus beau des claps de fin. La réalisatrice poursuivra son aventure à la RKO le temps d'un autre drame romantique (Christopher Strong, avec Katharine Hepburn) avant de poser ses valises à la MGM. Mais ceci est une autre histoire.

Alan Wilson








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Image :
La restauration n'est que partielle avec des copies à la propreté discutable mais au noir et blanc parfaitement stable. Quelques accidents de pellicule et une définition parfois voilée viennent un peu gâcher la fête, sans que ce ne soit un seul instant rédhibitoire. Impossible de blâmer l'éditeur qui a pourtant fait le maximum pour offrir un confort de visionnage maximal sur des films longtemps oubliés et qui auraient pu disparaître sans la ténacité d'une certaine Jodie Foster, l'actrice et réalisatrice étant attachée à leur préservation. Un effort à saluer et à soutenir et un grand bravo à ElephantFilms pour nous permettre de découvrir ces perles sur support haute-définition.

 


Son :

Des craquements et du souffle mais il fallait s'y attendre pour des œuvres vieilles de 90 ans et conservées dans des conditions précaires. Mais les dialogues sont audibles et claires avec des ambiances et une musique discrètes mais solides. L'essentiel.

 


Interactivité :
Un bon point pour le packaging, avec des objets à la fois sobres et réussies et accompagnés d'un livret indispensable et joliment pédagogique. Les présentations assurées par l'historienne et journaliste Véronique Le Bris sont riches et enthousiastes mais la prise de son est un peu faible et le fait d'avoir à tendre l'oreille pour comprendre ce qui se dit est profondément handicapant. Un gros bémol qui s'applique aussi au portrait de Dorothy Arzner, informatif mais pas toujours audible. Ce qui n'est heureusement pas le cas des analyses pointues animées par Laura Tuillier, la journaliste soulignant le style de la réalisatrice autant que la caractère avant-gardiste de ses portraits de femme. Quand féminisme et cinéphilie se mêlent aussi harmonieusement, c'est un vrai bonheur et on en redemande ! Pour de futures éditions dans la collection « Les Soeurs Lumière » ? On croise les doigts.

Liste des bonus : Présentation des films par Véronique Le Bris (4 minutes et 3 minutes) / Portrait de Dorothy Arzner par Véronique Le Bris (14 minutes) / Entretien à propos des films avec Laura Tuillier, critique de cinéma au journal Libération (19 minutes et 25 minutes) / Bandes-annonces / Livret de présentation de la collection

 
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