DAGON
Espagne - 2001
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Genre : Horreur
Réalisateur : Stuart Gordon
Musique : Carles Cases
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5.1 et Dolby Digital 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 98 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 16 juin 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Paul et sa petite amie Barbara passent leur vacances en compagnie d’un riche couple d’amis, Howard et Vicki, sur leur voilier au large de la côte espagnole. Suite à une tempête, le navire s’échoue sur un récif, blessant gravement Vicki, coincée sur place. Paul et Barbara décident d’aller chercher du secours dans le petit village de pêcheurs situé au bord de mer, qui semble étrangement désert…
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culte secret

Quatrième adaptation de H.P. Lovecraft signée Stuart Gordon, Dagon est peut-être la plus fidèle et la plus flippante du lot, délaissant rapidement l'humour grotesque pour une course poursuite éreintante dans un village portuaire espagnol isolé et pourrissant sous des trombes d'eau.

Oubliée aujourd'hui, l'aventure Fantastic Factory réunissant l'esprit du malin Brian Yuzna (Society) et la société de distribution Filmax (qui produira plus tard le carton [Rec]) était au début des années 2000 une promesse assez excitante : réveiller la production de genre espagnole et produire une série de films, deux à trois par ans, avec de petits moyens certes mais un esprit frondeur et original. Malheureusement l'aventure tournera court, avec neuf films en six ans, dont on ne retiendra au final que l'amusant Beyond Re-Animator de Yuzna himself, le sublime Darkness de Jaume Balaguero et Dagon, nouvelle tentative de donner corps aux visions cauchemardesques du maître de Providence. Un mélange en l'occurrence de plusieurs nouvelles de l'auteur (Dagon, Le Cauchemar d'Insmouth, Le Monstre sur le seuil...) qui s'efforce surtout de restituer une atmosphère, un style, un mythe très particulier où des créatures aquatiques remplacent peu à peu les habitants d'un village de pauvres pécheurs. Le script lui-même, très réussi, rédigé par le même Dennis Paoli que les précédents Re-Animator, From Beyond et Castle Freaks, existait depuis 1987 revenant régulièrement dans l'actualité de Yuzna (producteur) et Gordon (réalisateur) avant de se voir enfin assoupli et légèrement remanié pour se prêter au années 2000 et surtout à une relocalisation de l'intrigue en Espagne.

 

le continent des hommes-poissons


Ce qui pouvait arriver de mieux au projet d'ailleurs, désormais tourné dans le décors évocateur d'un véritable village côtier médiéval, versant peu à peu grâce à la caméra de Gordon vers le gothique suintant. Encerclé par une mer déchaînée, martelé par une pluie diluvienne et interminable, constamment envahi par des eaux croupies, Dagon est un film profondément, et de manière inquiétante, liquide, qui fait honneur aux créations de Lovecraft jusque dans les multiples déformations et mutations (mains palmées, crocs, branchies ou tentacules) aperçues sur les habitants d'Imboca. Des effets spéciaux concrets efficaces, très gores même parfois avec un écorchement facial mémorable, d'autant plus remarquables que le budget de série B était des plus restreints. Une économie bien plus perceptibles sur la poignée d'images de synthèses disséminées durant le film, tranchant en terme d'esthétique et de viscéralité avec le reste du tableau. Mais ce n'est pas ce genre de considérations qui peuvent amoindrir la réussite du film et le talent de Stuart Gordon qui infuse par sa réalisation nerveuse et sa camera mobile, une énergie constante à la longue et désespérée fuite de Paul ( Ezra Godden aux faux airs de Jeffrey Combs jeune) dans les bras de l'un des plus terrifiants des Grands Anciens. Une apparition habilement gérée car puissante dans ses remugles impies et son évocation scabreuse d'une copulation contre-nature traumatisante. Entre suggestions et grandes démonstrations, Dagon s'impose définitivement comme un petit classique du genre et comme l'une des meilleures adaptations au cinéma de Lovecraft.

Nathanaël Bouton-Drouard







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Image :
Comme pour la sortie américaine de 2018 chez Lionsgate (tout porte à croire que le master est le même), la copie HD de Dagon est malheureusement un peu décevante. Certes les cadres sont très propres et les couleurs, même si fluctuantes, ont retrouvé une certaine fermeté, mais le travail de restauration n'a été opéré que par le biais de filtres numériques. Une manière de tenter homogénéiser les séquences en 35mm avec les images de synthèses pauvrettes (vraiment le gros point noir du film) ? En tout cas le résultat final ne cache pas le manque de détails de ces dernières et la définition générale est la plupart du temps bien trop douce, sans grain.

 


Son :
Remasterisées en DTS HD Master Audio 5.1 les pistes sonores stéréo d'origine se dotent désormais de nombreux effets spatiaux, venant appuyer sur l'atmosphère liquide du film (les vagues, la pluie...) mais aussi bien entendu sur les effets de foules bien inquiétants. Dommage que cela se fasse bien souvent au détriment de l'équilibre général, obligeant à jouer un peu de la télécommande pour remonter l'ensemble lors des dialogues. Finalement plus sobre, mais néanmoins dynamique sur les enceintes avant, les Dolby Digital 2.0 toujours présents se montrent plus agréables.

 


Interactivité :

Belle édition que propose là ESC, en particulier pour une production qui reste trop méconnue, avec un joli Digipack au design très efficace. Après un lointain DVD nu comme un ver (qui remonte à une vingtaine d'années tout de même), cette nouvelle sortie voit l'apparition d'un montage des nombreuses interviews de l'équipe pour la promotion du film du coté des archives, mais aussi la possibilité de visionner le film en compagnie du réalisateur. Un commentaire audio où le regretté Stuart Gordon se montre toujours aussi doué pour partager sa passion, appuyer ses choix, mais sans une once de langue de bois. Son camarade et producteur Brian Yuzna se fend lui d'une interviews inédite produite par ESC. L'occasion de revenir plus généralement sur la naissance de la Fantastic Factory, des différents essais produits et de la place de Dagon au sein de ceux-ci.

Les bonus se concluent par le court métrage français Escape from Midwich Valley de P.H. Debiès, autre variation autour du Cauchemar d'Insmouth offrant quelques ressemblances avec le long métrage en présence, mais boosté par le morceau éléctro pulsé de Carpenter Brut. Ça passe ou ça casse.

Liste des bonus : Commentaire audio de Stuart Gordon, Entretien inédit avec Brian Yuzna (30'), Entretiens d'époque avec Stuart Gordon, Julio Fernandez, Raquel Merono, Ezra Godden et Paco Rabal (17'), Court métrage : « Escape from Midwich Valley » de P.H. Debiès avec commentaire audio optionnel du réalisateur (2014, 9'), Bande-annonce

 
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