DRUNK
Druk - Danemark, Suède, Pays-Bas - 2020
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Réalisateur : Thomas Vinterberg
Image : 2.35 16/9
Son : Français & Danois DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 117 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 16 juin 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Drunk »
portoflio
LE PITCH
Quatre amis enseignant dans un lycée se lancent dans une expérience visant à prouver que la consommation d'alcool peut améliorer leur existence. Après de premiers résultats encourageants, ils passent à l'étape suivante et repoussent leurs limites, sans en prévoir les conséquences…
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Tournée générale

Sans alcool, la fête est-elle vraiment plus folle ? C'est l'une des nombreuses questions à laquelle Thomas Vinterberg tente d'apporter une réponse dans son douzième long-métrage, Drunk. Et sa plus belle réussite, à n'en pas douter, depuis l'électrochoc Festen.

L'alcoolisme et les ravages de la dépendance ne sont pas des thématiques inconnues pour Thomas Vinterberg puisqu'il les abordait déjà dans l'excellent (et rarement cité) Submarino, film de 2010 narrant les déboires de deux frères ayant vécu un drame terrible au domicile d'une mère bien trop portée sur la bouteille. Pour autant, Drunk n'est pas un film sur l'alcoolisme. Drunk est un film sur l'ivresse, et la nuance est importante. Accompagnant ses protagonistes avec une caméra comme toujours particulièrement mobile, Vinterberg n'a que faire des implications morales de son récit. Le cinéaste ne porte aucun jugement sur la consommation d'alcool. L'alcool peut libérer, guérir, rendre malade et tuer. L'alcool est neutre et n'a pour seule fonction que de révéler la nature profonde, les rêves et les tourments de celui ou de celle qui porte le verre à ses lèvres.
Citant par trois fois l'écrivain et théologien danois Soren Kierkegaard, Vinterberg s'intéresse au point de bascule entre la sobriété et l'ivresse, c'est à dire entre le contrôle de soi et la levée progressive de toutes les inhibitions. Dangereuse, l'ivresse n'en demeure pas moins une porte vers l'épanouissement et une conscience aïgue de soi-même. Volontiers provocateur, le réalisateur n'hésite pas à citer (par le biais de ses personnages principaux) les exemples de Churchill, de Hemingway ou de Tchaïkovsky, les opposant lors d'une scène malicieuse à la sobriété exemplaire d'un certain ... Adolf Hitler. Partant de ce constat qui peut faire sourire, Vinterberg s'autorise même une drôle de parenthèse en forme de montage d'images d'archives où se succèdent quelques dérapages mémorables des puissants de ce monde, sous l'emprise de la bibine. Libre au spectateur de s'amuser, de se désoler ou de s'interroger sur les bitures de Brejnev, Eltsine, Juncker ou encore notre Sarkozy national.

 

vie de merde ?


De l'alcool, Drunk en use comme d'un révélateur. Le révélateur du fossé qui se creuse inexorablement entre les générations. La grande fiesta adolescente qui ouvre le film s'oppose dès la scène suivante au sérieux papal des adultes, des professeurs qui se déplacent lentement et restent le plus souvent assis, tout le contraire d'une jeunesse entraînée dans un mouvement constant. Alcool et jeunesse sont associés au dynamisme. Bien plus que cette fameuse théorie fumeuse du manque d'alcool dans le sang, ce sont les quelques pas de danse maladroitement exécutés dans un restaurant très chic par le professeur de musique joué par Lars Ranthe qui vont donner au quatuor d'amis l'impulsion nécessaire pour reprendre leur vie en main, pour le meilleur comme pour le pire. Malin, Vinterberg use du passé de danseur de Mads Mikkelsen pour l'intégrer au personnage de Martin, le premier à faire le pas sur le chemin de l'ébriété permanente, le premier à faire preuve de « courage » face au constat d'une vie sans doute gâchée par la routine et la peur. Déjà magnifique de vulnérabilité et de mutisme blessé dans l'éprouvant La Chasse, Mikkelsen fait à nouveau des étincelles chez Vinterberg, la virtuosité et l'élégance de son jeu illuminant chaque seconde de Drunk. Jusqu'à une scène finale profondément spectaculaire et émouvante, où l'acteur danse avec une liberté insolente, geste d'abandon salvateur rythmé par l'excellent « What A Life » de Scarlet Pleasure. Sans doute le plus beau moment de cinéma de l'année - voire de la décennie - passée.

En dépit de son sujet et du deuil qui aura marqué son tournage (la fille de Thomas Vinterberg est morte dans un accident de voiture quatre jours seulement après le début des prises de vue), Drunk est un film solaire et le plus souvent joyeux, un vibrant hommage à la jeunesse et à ses promesses. Des promesses qui agonisent, meurent, disparaissent ou finissent enterrées avec l'âge et la « prison » du modèle social et familial. Un constat mélancolique mais jamais plombant, la vie pouvant toujours ressurgir dans un corps que l'on croyait endormi et las. Là où il y a de l'alcool, il y a de l'espoir ? À moins qu'il ne soit question que de volonté et de courage ? Un peu des deux ? Le refus du cinéaste de trancher fait ainsi tout le sel d'une œuvre attachante et amorale, sucrée et corrosive.

Alan Wilson










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Image :
La photo naturaliste et douce du norvégien Sturla Brandth Grovlen est parfaitement restituée dans un transfert équilibré et à la définition redoutable. Le passage des saisons ainsi que le contraste entre nuits chaudes et journées pâles sont saisissants et la compression gère sans le moindre accroc la gestuelle grisante de la caméra portée de Thomas Vinterberg.

 


Son :

Musique, fêtes arrosées, silences pesants, bruits de bouteilles et de verres qui se remplissent et ambiances feutrées, l'acoustique de Drunk est à la fois harmonieuse et mouvementée. Les délicieux craquements funky du Cissy Strut de The Meters en amorce d'une beuverie épique, le violent coup de sang de Mads Mikkelsen face aux révélations de sa compagne ou le déjà culte What A Life de Scarlet Pleasure en ouverture et en clôture du métrage sont autant de démonstrations de force d'un mixage fabuleusement immersif, peu importe le doublage.

Liste des bonus : aucun

 
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