LES ENFANTS TERRIBLES
France - 1950
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Image de « Les Enfants terribles »
Genre : Drame
Réalisateur : Jean-Pierre Melville
Musique : Divers
Image : 1.33 4/3
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Aucun
Durée : 105 minutes
Distributeur : LCJ Editions
Date de sortie : 16 juin 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Les Enfants terribles »
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LE PITCH
Paul et Elisabeth, un frère et une sœur, sont unis par une passion exclusive. Lorsque l’un des deux vit une histoire d’amour, l’autre s’arrange pour y mettre fin. Cette volonté de rester absolument ensemble les conduira au suicide…
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Fratricide

Bien avant de devenir le maître du polar épuré et viril, Jean-Pierre Melville signa cet étrange Les Enfants terribles, adaptation du premier roman de Jean Cocteau qui doit autant, si ce n'est plus, à ce dernier.

Il est encore loin le Jean-Pierre Melville de Bob Le Flambeur, du Samouraï ou du Cercle rouge lorsqu'il est contacté par Jean Cocteau pour mettre en image le roman culte, et partiellement autobiographique, Les Enfants terribles, que tant d'autres avant lui avaient espérer pouvoir adapter. Forcément flatté lui qui n'a alors signé qu'un seul long métrage, Le Silence de la mer, et qui a justement été frappé le génie de La Belle et la bête. Mais il ne sait pas alors forcément dans quoi il s'engage puisque Cocteau, producteur, scénariste et accessoirement narrateur déclamatoire du film, va se montrer particulièrement intrusif, imposant son jeune protégé Edouard Dermithe dans le rôle principal, donnant constamment son avis pendant le tournage, des indications aux équipes et même se fendant d'un « coupez ! » dont il s'excusera platement. Le sujet lui tient fortement à cœur mais Melville, connu pour son caractère tranché et ses colères brutales, n'apprécie guère. Les deux s'estiment fortement, mais se confrontent sans cesse de part leurs sensibilités artistiques opposées. Les Enfants terribles est ainsi le résultat de cette rencontre parfois houleuse, une sortie de compromis où éclate l'excellence technique de Melville développant des cadres particulièrement élégants soulignant fermement l'isolement des personnages et leurs chancellement mentaux. Il y offre aussi quelques trouvailles marquantes comme un travelling contrarié entièrement mécanique ou un plan final utilisant une scène qui s'enfonce pour donner l'illusion d'une caméra qui s'élève.

 

Tragédie en chambre


Chaque image ou presque, écrase les personnages, les encadre dans une scénographie étudiée et volontairement théâtrale. Une mise en scène finalement totalement dévouée à l'onirisme de Cocteau, à son surréalisme. Même s'il ne s'échappe qu'une seule voit dans la rêverie pur, le film est constamment traversé par la notion du rêve, du somnambulisme. Tout est emprunté, théâtralisé et donc non naturel, comme pour se conforter dans la relation trouble et destructrice qui lie ce frère et cette sœur, qui après avoir perdu leur mère, se recroquevillent plus encore dans leurs relation d'amour/haine, de connivence malade, de jeux cruels, dans une chambre unique qu'ils ne cessent de reproduire où qu'ils aillent. Une manière de s'isoler des autres, du monde, de la vie. Leurs amis et prétendants Agathe et Gérard viendront s'y casser les dents, manipulés, repoussés malgré des sentiments sincères, afin de ne pas gêner cette symbiose viciée, cette relation interdite. Il est bien entendu question ici d'un inceste inassouvi, de sentiments malades et licencieux dans tous les cas, qui teintent constamment Les Enfants terribles d'un aspect dérangeant, malsain et interdit. Inutile de préciser que la bonne morale et l'autorité cléricale furent outragés en 1950, alors que la jeune génération, et en particulier les futurs critiques des Cahiers du cinéma et réalisateurs de la Nouvelle Vague, furent aux anges, fasciné par cette peintures adolescente avant-gardiste. François Truffaut, grand défenseur du film qu'il estimait comme la plus grande réussite de ses deux géniteurs, s'en inspira même fortement pour Les quatre cents coups, lui empruntant même son excellent chef opérateur Henri Decaë.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Les Enfants terribles profite du sublime restauration à partir d'un scan 4K d'un internégatif. l'image a été très finement nettoyée, rééquilibrée et réétalonnée, redonnant un lustre inédit au film venant plus efficacement encore révéler les subtilités de la photographie et la rigueur des cadres. L'ensemble préserve bien entendu la patine cinéma de l'objet grâce à de superbes contrastes et un grain de pellicule discret mais sensible.

 


Son :
Restaurée elle aussi, la piste originale mono se montre un peu plus récalcitrante avec quelques passages toujours marqués par un souffle un peu envahissant et des petits effets de saturation deci delà. Pas évident cela dit de recombiner la voix off très présentes qui vient parfois se mêler directement aux sons intradiégétiques, aux dialogues parfois post-synchronisés et aux effets d'échos, volontaires, de la dernière partie.

 

Interactivité :

LCJ propose un très bel objet pour cette ressortie évènement de Les Enfants terribles. Un fourreau cartonné qui contient, pour commencer, un Mediabook proposant dans sa reliure un livret d'une cinquantaines de pages. Celui-ci mêle quelques documents d'archives (recherches visuelles de Cocteau et photos de tournages) et un dossier très complet rédigé par Marc Toullec. Un nouveau making of en prose qui raconte très efficacement la collaboration tendue entre Cocteau et Melville et la réception difficile du film lors de sa sortie.

Et on retrouve sur le Bluray une rencontre avec Carole Weilsweiller, grande amie de Cocteau, détentrice des droits du film en question et éditrice de nombreux ouvrages de et sur le poète. Un regard plutôt intime sur le monsieur donc, teinté d'une certaine nostalgie, et qui évoque bien entendu la vie de celui-ci dans la fameuse villa Santo Sospir appartenant à ses parents. Un lieu magique, célèbre pour les nombreuses fresques, peintures et croquis que Cocteau a apposé sur les murs. Rien de mieux alors pour les découvrir que de visionner dans la foulée le moyen métrage Cocteau à la villa Santo Sospir, conçu par lui-même comme un film de vacances poétique entre le documentaire, le poème visuel et l'illusionnisme. L'unique film en couleur de Cocteau présenté ici dans une copie assez correcte.

Liste des bonus : le livret « Autour du Film » écrit par Marc Toullec et richement illustré (storyboard, artworks, photographies inédites du tournage) (52 pages), « Cocteau à la villa Santo Sospir » (36'), Rencontre avec Carole Wei1sweiller (36'), Bande-annonce (3').

 
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