PROTECTION RAPPROCHéE
Assassination - Etats-Unis - 1987
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Genre : Action
Réalisateur : Peter Hunt
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 88 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 20 mai 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Chargé de la mission apparemment routinière et jugée peu digne de ses états de service qui consiste à assurer brièvement la protection de l'épouse du nouveau président des États-Unis, le garde du corps émérite Jay Killian va devoir faire face au caractère bien trempé de la première dame, puis aux tentatives d'assassinat à répétition qui les visent tous les deux.
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Où est charlie ?

C'est officiel : Sidonis, éditeur traditionnel voire conservateur dans l'âme et donc idéal pour cette mission, spécialisé notamment dans le western américain classique, vise l'exhaustivité dans la ressortie des opus les plus récents et souvent décriés de la fascinante carrière de Charles Bronson. Dans une collection pleine de bombes, cet Assassination fait figure d'enfant discipliné et propre sur lui.

La carrière de vigilante réac que Charles Bronson avait fini par se façonner à l'écran a définitivement pris sa vitesse de croisière au début des années 1980, sur la lancée du Death Wish II (première suite d'Un Justicier dans la Ville) de Michael Winner. On a tendance à qualifier les films qui peuplent la seconde moitié de cette décennie de « fin de carrière » pour le héros moustachu abordant doucement la soixantaine - qui continuera tout de même de tourner durant toutes les années 1990 pour le meilleur (The Indian Runner de Sean Penn) et pour le pire (la « trilogie » des Family of Cops initiée par Ted Kotcheff et périclitant avec deux suites inconséquentes qui seront, malheureusement, le chant du cygne de Bronson). Cette soi-disant fin de carrière des eighties se caractérise par des rôles musclés, peu psychologiques, dans des productions qui lâchent totalement la bride aux péripéties racoleuses, aux solutions expéditives et aux dialogues plus que salés. Tout ce que n'est pas Protection Rapprochée, polar extrêmement sage, pourtant mis en chantier par la firme Cannon bien connue pour ses sorties de route décomplexées, et dirigé par le réalisateur du James Bond le plus atypique et flamboyant de la saga (Au Service Secret de Sa Majesté), de deux films d'aventure ambitieux et pleins de vitalité avec Roger Moore (Gold et Parole d'Homme) et du survival canadien Chasse à Mort où Charles Bronson (déjà) faisait face à Lee Marvin.

Il est ici difficile de reconnaître la vitalité de Peter Hunt, monteur de formation, au sens du rythme et des syncopes habituellement indéniable, tout comme il est difficile de caser son film dans cette « charlespoitation » qui a généralement le mérite de l'inventivité jusqu'au-boutiste. Ce n'est d'ailleurs pas tant l'acteur lui-même qui fait défaut : toujours aux ordres, Bronson joue de ce même instinct sobre et tranchant qui a fait de lui une star (il n'a jamais fait partie de ces acteurs cérébraux, techniciens qui ont commencé à proliférer à la même époque que lui ), il sait bouger à l'écran, faire vivre ses lignes de dialogue, impose comme d'habitude son épouse Jill Ireland (déjà malade et qui décédera peu après - sa faiblesse ne se sent pas le moins du monde dans ce rôle de first lady féministe, traquée par un commando de tueurs)... L'étonnant est plutôt que ce proto-Bodyguard (la similitude allant jusqu'au décor de la maison familiale au bord de l'eau, dans laquelle s'accomplira une première résolution) ne choisisse jamais vraiment son camp entre le thriller tendu qu'assumera davantage le film de Mick Jackson avec Whitney Houston et Kevin Costner cinq ans plus tard, et un ton plus goguenard, distancier et bon-enfant qui serait par exemple celui d'Alfred Hitchcock dans La Mort aux Trousses (scène de compartiment ferroviaire à l'appui). Entre les deux, le cœur de Bronson et Ireland ne balance pas, mais celui de Hunt, dont ce sera le dernier film pour le grand écran, est tellement en déséquilibre qu'il permet difficilement aux séquences successives d'accéder à quelque vérité que ce soit, et au script d'exister vraiment.

 

La Winchester et le capitole


S'il est un amalgame totalement erroné, colporté par les fans comme par les détracteurs, c'est celui qui met sur un pied d'égalité la figure de Charles Bronson et celles, par exemple, de Clint Eastwood ou Sylvester Stallone dans leurs productions les plus « problématiques » au regard des progressistes : ces deux derniers, auteurs/réalisateurs conscients de la brûlure que constituent les sujets auxquels ils s'attaquent, travaillent au corps les consciences et se font avant tout les défenseurs, sous des dehors trop souvent jugés simplistes, de l'extrême complexité des choses. Leur individualisme anarchiste (« de droite » ou pas), leur remise en cause permanente des plus hautes autorités, ne sont théoriquement pas récupérables politiquement si facilement qu'on veut le croire. Même si la réappropriation roublarde de Rambo II par Ronald Reagan marchera évidemment toujours auprès des électeurs bas-du-front, le bonhomme se frotte en réalité à une mécanique bien trop lourde pour lui (Trump fut plus « modeste » lorsqu'il évoqua le pathétique Air Force One). Il y a au contraire chez l'acteur Bronson - ni auteur, ni réalisateur, ni personnalité politique comme Eastwood mais issu d'un milieu ouvrier extrêmement précaire où le pragmatisme fait forcément loi - une forme de candeur, de sincère respect pour les institutions d'une part et l'industrie du divertissement d'autre part, qui l'a toujours fait se tenir très loin du militantisme idéologique que certains de ses films suscitaient à gauche ou à droite. Bronson, homme austère, réservé, faisait du cinéma pour divertir et gagner sa vie. Il aura d'ailleurs davantage flirté avec les idées démocrates qu'on veut bien se le rappeler (plus côté Henry Fonda que John Wayne, donc !). Par ailleurs, pas trace de la richesse ni de la complexité d'Eastwood ou de Stallone au sein de sa filmo tardive, sinon dans Un Justicier dans la Ville premier du nom (monument de sociologie ricaine, que Michael Winner aura presque réussi à faire passer pour une vaste blague avec ses suites au tractopelle et les encouragements de la Cannon). Cependant il est vrai que toutes ces stars brassent exactement en surface la même dialectique far west/ère moderne, western/polar, loi de la jungle/civilisation, etc. qui est précisément au cœur de la culture étasunienne, à l'histoire si récente, si violente, si incompréhensible pour nous autres européens (du moins aimons-nous à nous mentir sur le sujet).

Chez Stallone, c'est le Marion Cobretti de Cobra (qui porte donc le vrai prénom de John Wayne et dont l'attitude too much s'inspire lointainement de Belmondo - figure de cowboy à la française) faisant le justicier dans les rues goudronnées de Californie avant d'attirer ses poursuivants dans la campagne. Chez Eastwood c'est l'acteur lui-même, déjà mythique en westerner des grands espaces chez Sergio Leone qui devient naturellement l'inspecteur/garde du corps/voisin vengeur dans la jungle urbaine de notre époque contemporaine. Dans Protection Rapprochée c'est la progression d'un générique d'ouverture qui nous fait passer par tous les monuments institutionnels de Washington D.C. (le Capitole, le Washington Monument, la Maison Blanche, le Lincoln Memorial, et le parc National Mall qui réunit en quelque sorte les quatre) vers des références westerniennes plus ou moins précises mais toujours évidentes à mesure que l'on quitte la grande ville pour un road movie à travers le pays dans le sens de la conquête de l'Ouest (le personnage d'Indian Joe, la ville de Laramie dans le Wyoming, l'évocation de Tombstone et Wyatt Earp...). Cette nouvelle actualisation du retour aux sources mythologiques des héros américains traditionnels est ce qu'il y a de meilleur à prendre ici, laissant loin derrière lui la présence d'un féminisme délibérément caricatural, agressif et pour finir inoffensif aux prises avec la figure paternaliste de Bronson, l'amourette mignonne mais poussive entre Jan Gan Boyd (repérée deux ans plus tôt dans A Chorus Line, moins de 30 ans à l'époque !) et ce vieux lover de Charlie, ou encore les scènes d'action avares, pas très écrites et dénuées de punch qui parsèment le métrage pour la forme. La véritable histoire de ce film, du point de vue de sa construction, c'est comment l'on rétrograde de façon presque pédagogique du symbole vers ses fondations. De la capitale, écrasante avec ses grands temples blancs aux échos antiques assumés, vers le contexte plus terrien qui mena à l'édification de ces monuments et à leur caractère sacré.

Si l'on s'en remet aux westerns de John Ford, on sait que d'un point de vue cinématographique deux figures nobles ont bâti le pays, dans une collaboration contrariée, boudeuse, souvent drôle à l'écran : la citadine et le pistolero. Celle qui développe la civilisation et celui qui fait triompher la justice. Et nous voilà, au milieu des années 1980, avec le pistolero Bronson qui protège la vie d'une femme bien décidée à pousser le pays vers des réformes égalitaires. Effectue-t-on cette visite en filigrane dans le monde du western pour mieux revenir, comme chez Ford, au symbole, au monument, à Washington...? Le destin de Killian/Bronson nous le dira.

Morgan Iadakan


















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Image :
Autant la photographie du film n'est pas renversante en soi, autant la copie proposée par Sidonis est excellente. Quoique parfois voilée d'un léger bruit qui nuit quelque peu aux séquences les plus sombres, on compte aussi nettement les rides de Bronson que le nombre de rainures sur chaque colonne de chaque bâtiment, et la précision des nuances dans la colorimétrie ne souffre d'aucun défaut. L'une de ces éditions où l'écrin dépasse probablement en qualité le contenu.

 


Son :
Les deux pistes proposées sont nettes, sans le moindre souffle et bénéficient d'un mixage cohérent. Sans démériter, la version française détache et surexpose les voix, comme souvent, au détriment de la dynamique générale (et ne nous gratifie même pas de ces dialogues surréalistes et savoureux dont les traducteurs se délectaient souvent, à l'époque, pour ce genre de film). La bande-son a plus d'impact en version originale.

 


Interactivité :

Gérard Delorme a beau faire ce qu'il peut pour distiller quelques anecdotes sympathiques sur le tournage et l'équipe du film, son intervention se trouve assez réduite tant il semble peiner à trouver des choses intéressantes à dire sur le film lui-même. On ne lui en voudra pas !

Liste des bonus : Présentation par Gérard Delorme (9') ; Bande-annonce

 
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