FRANCES
Etats-Unis - 1982
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Genre : Drame
Réalisateur : Graeme Clifford
Musique : John Barry
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 133 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 28 avril 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
À 16 ans, lycéenne à Seattle, elle remportait tous les prix ; à 23 ans, étoile montante et troublante de la scène et de l’écran, on l’admirait pour sa beauté et son talent. A 27 ans, un enchaînement d’événements insignifiants entraîne son arrestation et son internement d’office définitif dans un établissement psychiatrique.
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Pour elles

Elle aurait du devenir une icône glamour du Hollywood de l'âge d'or. Elle est devenu le symbole de son écrasante domination et de la manière sordide avec laquelle est brise les récalcitrants. La vie tragique de Frances Farmer méritait largement un biopic flamboyant, ou à minima la prestation forcenée de Jessica Lange.

Chantée par Nirvana (Frances Farmer will have her revenge on Seatle) ou par Culture Club (l'album The Medal Song), à l'origine même du pseudo Mylène Farmer, Frances Elena Farmer est devenu par la force des choses le symbole d'un destin brisée et d'une volonté anticonformiste conspuée par ses contemporains. Elle n'en demandait sans doute pas tant mais sa chute vertigineuse de jeunes actrice promise à un destin dorée, à pensionnaire d'un asile insalubre, possède une portée qui dépasse finalement largement son œuvre cinématographique. De toute façon les lumières du cinéma, elle en a rapidement soupé, elle qui rêvait d'être une actrice, une vraie, artiste creusant son métier et sa passion, affichant ouvertement ses affinités politiques de gauche et son désarroi devant la pauvreté qui frappait le pays. Pas franchement de quoi réjouir les producteurs et la Paramount (elle y était sous contrat) qui ne goûtèrent que très peu son intérêt grandissant pour la scène et le théâtre « à la russe ». Le point de départ, ou tout comme, d'une bataille que l'actrice ne peut gagner, rattrapée rapidement par l'hégémonie des ces moguls, leurs vision industrielle du cinéma, et une réalité qui écrase assez rapidement ses rêves d'élévation, non pas dans le star system, mais dans son art. Elle refuse les règles qu'on lui impose arbitrairement, se sent de plus en plus à l'étroit, surveillée, contrôlée (le film montrera que ses lettres et journaux intimes seront volés par des exécutifs), avant que sa colère commence à lui créer des ennuis. Une chute rapide, accentuée par le jugement du milieu, et poussée plus loin encore par une mère castratrice rêvant, au travers de la médiatisation de sa fille, d'une gloire qu'elle n'aurait pu atteindre autrement. De détours en maison d'arrêts pour insubordination, en internements de plus en plus prolongés entre deux évasions ; Frances tente de survive à ce monde qui l'écrase et à ce qui ressemble à un cauchemar éveillé. Les traitements et le carcan moral de l'époque ne faisant que la pousser dans les bras de la folie, jusqu'à son ultime séjour en asile où dans des conditions de vie affligeantes elles subira de multiples maltraitances et humiliations jusqu'à être prostituée de force : « 20 $ pour se taper une star ».

 

shooting star


Un récit absolument sordide que le film traite avec un mélange de frontalité et d'académisme assez étonnant. Ancien monteur émérite Graeme Clifford (Ne vous retournez pas, The Rocky Horror Picture Show, Le Facteur sonne toujours de fois) est manifestement plus que touché par l'accumulation d'injustices qui frappe l'actrice et réussi bien souvent à en livrer la pure violence, mais toujours avec une touche de pudeur bienvenue. De belles intentions soit, mais malheureusement sa réalisation n'arrive pas à dépasser un scénario aux épisodes un peu lourds, roboratifs, et à donner une ampleur plus cinématographique au projet. La grandeur décadente du Hollywood des années 30-40 n'est qu'à peine esquissée et peine alors à installer un contraste convaincant avec l'isolement et l'horreur vécue dans la dernière partie du film. Un aspect biopic mélodramatique presque "télé" accentué encore par une bande originale larmoyante signé par un John Barry pas toujours des plus subtiles. Pas un grand film donc, mais un très grand sujet qui le dépasse totalement, tout comme la performance impressionnante d'une Jessica Lange d'une rare intensité. Si elle obtient le prix du Meilleur Second rôle pour Tootsie la même année, elle aurait certainement mérité celui du Premier rôle féminin (elle y était aussi nommée) pour Frances, tant elle semble s'incarner en son personnage à chaque plan, capturant autant l'élégance de l'actrice que la force indéfectible de cette femme hors du commun. Si le film possède bien des défauts, Jessica Lange en porte toutes les qualités à bouts de bras. La rencontre de deux vraies stars.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Plutôt rare malgré le succès rencontré à sa sortie, Frances n'est pour l'instant disponible en HD en Espagne et en France. Les deux partagent potentiellement le même master, restauration numérique qui a certainement dû se contenter d'une source déjà un peu datée. Le nettoyage visible est cependant très efficace, les cadres se révélant très propres, et l'ensemble est très stable et confortable. Reste que l'esthétique même du film, quêtant les espace vaporeux du Hollywood des années 30 puis les ténèbres du monde psychiatrique, nécessitait sans doute un retour à la source. Ici la définition n'est jamais aussi pointu qu'elle aurait dû, avec des matières légèrement lissées, et la photographie semble souvent trop sombre et écrasée.

 


Son :
Les sources sonores restent naturellement très sobre et frontales. L'équilibre général est bien posé avec un équilibre maitrisé entre les dialogues, les effets et la musique, même si bien entendu le doublage français a un peu tendance à étouffer le tout.

 


Interactivité :

C'est la traditionnelle présentation de Mr Jean-Baptiste Thoret qui ouvre cette nouvelle édition de la collection Make My Day. Comme à chaque fois le journaliste plante parfaitement le décors et met en avant la première qualité du film : Jessica Lange. Invité pour l'occasion, Mathieu Larnaudie auteur lui-même d'une biographie consacrée à l'actrice Frances Farmer, Notre désir est sans remède revient sur sa découverte de ce destin hors du commun et ce qu'il révèle sur les travers du monde de l'image, tout en s'amusant à souligner les petites libertés prises par le film (largement inspiré du roman Shadowland de William Arnold) avec les faits ou avec des détails précisés les années suivantes. Un peu long peut-être, mais très intéressant.

Liste des bonus : Préface de Jean-Baptiste Thoret (9'), « Frances » revu par Mathieu Larnaudie (56')

 
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