DE SANG FROID
In Cold Blood - Etats-Unis - 1967
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Image de « De Sang froid »
Genre : Drame, Policier
Réalisateur : Richard Brooks
Musique : Quincy Jones
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 129 minutes
Distributeur : Wild Side Vidéo
Date de sortie : 28 avril 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « De Sang froid »
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LE PITCH
Le 14 novembre 1959. Une journée ordinaire pour les Clutter. Herb, un agriculteur qui a prospéré à force de travail et de volonté, sa femme Bonnie, à la santé fragile, et leurs enfants, Nancy et Kenyon, 16 et 15 ans, forment une famille aimée et respectée de tous à Holcomb, Kansas. À quelques heures de route, Perry Smith, la trentaine, des velléités artistiques mais déjà cabossé par la vie, tout juste sorti de prison, va retrouver un ancien codétenu, Dick Hickock, qu’il admire...
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Face à face

Il fallait sans doute être un peu fou pour s'attaquer frontalement, à peine deux ans après sa sortie, au roman monumental de Truman Capote, immédiatement consacré comme un classique de la littérature américaine. Habitué des grands ouvrages portés à l'écran, Richard Brooks réussit, presque, l'impossible.

Grand et solide cinéaste de la trempe d'un John Huston, Richard Brooks n'avait jamais eu peur des intouchables de la littérature, des grands romans, en faisant même l'une des marques significative de sa filmographie. Les Frères Karamazov, Lord Jim, Elmer Gantry et bien entendu ses deux adaptations de Tenesse Williams, La Chatte sur un toit brûlant et Doux Oiseau de jeunesse sont restés à leur tour comme des classiques du cinéma américain. Mais De Sang froid semble cependant un travail plus ardu encore, sans doute par les jeux sur la temporalité qui bousculent le lecteur, par la méticulosité sidérante de l'enquête menée par Trueman Capote et cette masse de détails qui constituent une structure habile, et assez unique, pour faire affleurer l'humanité désarmante des personnages. De cette évocation virtuose d'un simple et terrible fait divers, le romandevenait un tableau évocateur de la fragilité humaine (physique et mentale) et un plaidoyer brutal contre la peine de mort. L'intelligence de Richard Brook est alors justement de ne pas se faire submerger par la tâche et de reconstruire la cible de manière tout à fait personnelle.

 

enragés


La trame se fait donc plus chronologique et se resserre - sans doute un peu trop, laissant alors trop de coté la vie des victimes et oubliant totalement celle des policiers et autres figures secondaires - sur les deux tueurs qui deviennent ici définitivement le centre du drame. Le studios auraient souhaités Paul Newman et Steve McQueen dans les rôles titres. Brooks impose deux jeunes acteurs, presque inconnus, mais bien plus inquiétants et "normaux". Les même voulaient d'ailleurs un grand spectacle en Technicolor. Brooks ne gardera que l'amplitude du scope, dessinant son film dans un noir et blanc sublime et écrasant, atteignant ce sentiment de peur sourde, et parfois éclatante, qui fait immédiatement échos dans le cerveau primitif du spectateur. Une menace constante s'impose à l'écran, alors que le scénario repousse constamment la vision de la fameuse nuit, celle où toute une famille à perdu la vie, égorgés ou abattus à bout portant, pour une poignée de dollars et une radio. Entre-temps, Brooks dresse le portrait de Perry et Dicks (Robert Blake et Scott Wilson, tout deux excellents), pauvres types en cavales, petits délinquants foireux et arnaqueurs cabossés dont on peine jusqu'au bout à comprendre la plongée définitive dans la monstruosité. Lorsque le cambriolage est enfin montré, le spectateur a finalement passé plus de temps avec eux qu'avec les victimes, renversant le point de vue et amenant une sensibilité différente, étrangement dérangeante. Cela n'enlève rien à la violence absolue de la séquence troublante, tendue, oppressante et profondément cauchemardesque, mais offre alors un parallèle puissant avec la dernière bobine.

La sublime musique jazz déstructurée de Quincy Jones s'y efface définitivement, pour laisser place à une voix off et un silence qui ne cesse de s'étendre. Les deux tueurs ne sont plus que deux enfants patientant durant des années dans le couloir de la mort, laissant comme dernière image celle de deux être humains, marginaux et perdus, sanglés, une cagoule sur la tête, offerts en sacrifice au gibet. De Sang froid où le récit d'un immense gâchis. De Sang froid, ou un immense roman qui a donné naissance à un très grand film.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Disponible en Blu-ray uniquement dans un bipack avec Capote chez Sony, De Sang froid trouve enfin son indépendance en passant chez Wild Side. Et une nouvelle copie au passage, largement supérieure à la précédente puisque que restaurée à partir d'un scan 4K du négatif. Un rendu exceptionnel délivrant un master d'une propreté exemplaire, ne se laissant atteindre par les années que durant le générique d'ouverture. Pour le reste, la définition est maîtrisée de bout en bout avec un piqué pointu et constant, laissant affleurer avec beaucoup de naturel le grain de pellicule. Mais le plus impressionnant ici se joue du coté de la restitution du noir et blanc sculpté par Conrad L. Hall (Incubus, Luke La Main froide), modèle de contrastes tranchés, réhaussés par de sublime reflets argentiques.

 


Son :
Étrangement, plus aucune trace nul part des pistes sonores mono d'origines. Même Criterion est passé pour ce film à un DTS HD Master Audio 5.1 plus moderne. Plus moderne mais sans trahison puisque la dynamique ajoutée se fait relativement discrète et surtout assez naturelle, mettant moins en avant la spatialisation scénique que révélant de nombreuses subtilités de la musique composée par Quincy Jones.

 


Interactivité :
De Sang froid méritait bel et bien de profiter du traitement exemplaire de la collection Mediabook de Wild Side Video. Un objet au design percutant contenant en plus des disques Bluray et DVD un ouvrage central de 80 pages rédigé par Philippe Garnier (Rock & Folk) et illustré de photos d'archives. Ce dernier opère une longue et solide reconstitution des naissances combinées du roman et du film, dont il s'efforce constamment de faire le comparatif structurel, les variations de rythme et de points de vue. Des questions que l'on retrouve en substance dans les segments vidéos bonus. A commencer par la longue présentation du film par Patrick Brion qui en profite pour appuyer plus volontier sur la carrière de Richard Brooks, qui cite parfois quelques éléments de l'interview du cinéaste proposée en suivant. Un document d'archive, mais particulièrement intéressant, où Brooks révèle ses petites tensions avec les producteurs (le choix des acteurs, le noir et blanc...) et le comportement très particulier de Capote. Le programme s'achève sur une indispensable analyse de la bande originale de Quincy Jones par Stéphane Lerouge (concepteur de la collection discographique de bandes originales de films "Écoutez le cinéma!") venant souligner, si besoin est, toute la modernité de ses expérimentations.

Liste des bonus : Larmes noires à Holcomb (39') : Patrick Brion revient sur le film et sa génèse, De sang-froid : Richard Brooks raconte (18') : entretien pour l'émission Cinéma Cinémas, Contrebasses pour un massacre (30') : la musique originale de Quincy Jones, par Stéphane Lerouge, Un livret de 80 pages.

 
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