LA FAUTE DE L’ABBé MOURET
France - 1970
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Genre : Drame
Réalisateur : George Franju
Musique : Jean Wiener
Image : 1.85 16/9
Son : Français LPCM 2.0
Sous-titre : Aucun
Durée : 93 minutes
Distributeur : BQHL
Date de sortie : 24 mars 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Faute de l’abbé Mouret »
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LE PITCH
Jeune curé de campagne, Serge Mouret vit dans l’obsession de ramener ses paroissiens dans le droit chemin dès qu’ils s’en écartent. Un combat de tous les instants, épuisant, que la rigidité et le fanatisme du frère Archangias rendent plus éprouvant encore qu’il ne devrait l’être. A bout, Mouret s’effondre au pied d’une statue de la Vierge Marie. Quand il se réveille, il est soigné par Albine, une belle jeune femme. Amnésique, dans l’ignorance de qui il est, Mouret en t...
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L'enfer est pavé de bonnes intentions

Modèle d'un cinéaste français encore nourri par le fantastique, l'étrange et les mondes du crime, George Franju se serait-il égaré lorsqu'il signa cette adaptation du célèbre roman d'Emile Zola ? Pourtant cette réflexion sur l'âme humaine, la foi et le mal lui ressemble beaucoup... La naïveté affichée beaucoup moins.

Il serait facile de parler ici d'une simple commande ou d'un projet livré clef en main à un George Franju dont déjà la carrière commençait à ralentir après une décennie particulièrement productive et marquante. Il n'en est rien puisque le cinéaste a toujours répété sa fascination pour l'œuvre d'Emile Zola, et en particulier ce roman ci dont la réflexion autour de l'adaptation était déjà en cours dix ans plus tôt. Autre chef d'œuvre littéraire du créateur de la saga Rougon-Macquart, La Faute de l'abbé Mouret est en effet une vaste et profonde étude des tréfond de l'âme d'un jeune abbé malmené dans ses convictions et son éducation religieuse, au milieu de laquelle Zola en profitait pour remodeler l'évocation du premier Testament. Une ambiguïté, entre la critique violente de l'église et le besoin d'en refaçonner une image plus acceptable et humaine de la religion, que Franju tente bien évidemment de transmettre par l'image et le cinéma. Une réappropriation loin d'être scolaire et docile, puisque le cinéaste prend un malin plaisir a en exacerber les valeurs, renforcer les personnages et accentuer la représentation du crime de chair. Si le roman était relativement chaste (19ème siècle oblige), le film lui fait de la sexualité, symbole d'une animalité retrouvée, un acte sacrilège des plus naturels, le point de fracture de l'esprit de Mourier. Désormais présenté comme un jeune illuminé, confondant manifestant adoration et désir pour la Vierge Marie, il s'attire les foudre d'Archangias, curé fondamentaliste et servile, personnification d'un cléricalisme forcené et d'un pouvoir perfide et aveugle.

 

Croquez ma pomme...


Ces confrontations théologiques et philosophique nourrissent d'ailleurs les meilleurs séquences du film, scrutant l'ambivalence de ces « modèles moraux » et leur regard opposés sur la plèbe qui les entoure. Le fond est bel et bien là, mais curieusement, alors qu'il était justement reconnu pour sa modernité visuelle, Franju prend en 1970 le contre-pied total des bouleversements que connait le cinéma français d'alors. Rejetant les déstructurations et envolées de la Nouvelle Vague, il livre pour son premier film couleur un essais extrême classique, rigide parfois même dans ses cadrages (à quelques exceptions prêts) se donnant alors des airs de théâtre filmé. De ce coté là les prestations de Francis Huster dans le rôle titre, l'air spectrale constamment galvanisé par ses trémolos à l'émotion sans une once d'intériorité, et de la nymphe Gillian Hills (Blow Up, Orange mécanique...) en douce et fraiche tentatrice ricanant à travers bois, ne frôlent pas le ridicule : elles s'y vautrent constamment. Le ventre du film, entièrement consacré à ces quelques jours fantasmatiques passés dans un jardin digne du paradis originel, jouant effectivement sur des parallèles constant avec le mythe d'Adam et Eve, confond allégorie et roman photo, annonçant, le flou en moins, les embarrassantes réalisation de David Hamilton. Sans prise de distance avec son sujet, avec son époque, ni avec l'exercice de style littéraire de Zola, le film de George Franju malgré sa superbe photographie et quelques séquences particulièrement réussies (le dépouillement par sa famille d'une vieille femme sur son lit de mort), semble bien plus pénétré que pénétrant.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Étrange et intriguant copie que voilà pour un cinéaste dont ce n'est que le second passage, après Les Yeux sans visage, à la HD en France. Pas forcément beaucoup d'information sur la source utilisée mais un travail considérable a été effectué sur le master, massivement nettoyé et réétalonné pour un résultat souvent ravissant. Les couleurs sont chaudes et pleines, les contrastes bien marqués et l'ensemble se montre très agréablement stable. Une image pure. Presque trop même puisque la définition ne semble jamais aussi ferme qu'elle aurait pu l'être, lissée comme un effet secondaire de quelques abus de filtres numériques. Manque ici bien souvent la matière pellicule, le grain et les anfractuosité du négatif.

 


Son :

Proposé dans un PCM 2.0 plutôt sobre, le mono d'origine se laisse suivre très efficacement avec une grande mise en avant des voix et des dialogues, et une restitution générale très claire et limpide. Quelques petits grésillement s'échappent parfois, mais il faut tendre l'oreille.

 


Interactivité :
Afin d'accompagner la ressortie du film, BQHL a produit deux interviews inédites. La première est assez logiquement dédiée à Francis Huster, toujours prompte à répondre aux questions, surtout si on lui laisse les coudées franches. Le voici donc lancé dans une diatribe dont il a le secret, entre souvenirs émus, évocations du métier d'Aaaacteur, des grands modèles et la célébration d'un Franju à qui, on le découvre, il doit tout ou presque. Avec Huster la vie est plus qu'un théâtre. C'est le théâââââtre.
Ce qui tranche franchement avec l'intervention suivante, l'universitaire Sophie Guermès, largement plus sobre (en même temps c'est assez facile) qui analyse le film par l'angle de l'adaptation de Zola, revenant sur les origines du roman et sa place dans l'œuvre de l'auteur, puis décortiquant les transformations effectuées pour le grand écran. Un segment très intéressant.

Liste des bonus : Rencontre avec Francis Huster (24'), Rencontre avec Sophie Guermès, Professeur des universités, spécialiste de l'œuvre de Zola (31').

 
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