LES REBELLES DU DIEU NéON
青少年哪吒 - Taiwan - 1992
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Genre : Drame
Réalisateur : Tsai Ming-Liang
Musique : Huang Hsu-chung
Image : 1.85 16/9
Son : Taïwanais DTS HD 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 106 minutes
Distributeur : Spectrum Films
Date de sortie : 26 mars 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Les Rebelles du dieu néon »
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LE PITCH
Hsiao Kang décide sur un coup de tête de ne pas se présenter aux examens d’entrée à l’Université. Il déambule dans les rues du quartier de Hsimenting à Taïpei. Là, il rencontre Ah Tzi qui passe ses journées sur les consoles de jeux électroniques ou qui sillonne les rues sur sa grosse moto, en hurlant. Hsiao Kang s’en souvient très bien : Ah Tzi est ce type qui a défoncé le taxi de son père à coups d’antivol.
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Born to lose

Quand on parle d'arts dramatiques, il y a plusieurs écoles. Des romans fleuves jusqu'au Néo drama que l'on peut manger à toutes les sauces aujourd'hui. Des films qui font date dans le genre, il y a celui-ci qui a très largement contribué à l'imagerie du drame adolescent que l'on connait actuellement. Penchons-nous sur ce cas d'école made in Taiwan.

La trame en dilution du sujet met en scène deux adolescents qui n'ont en commun que la ville qu'ils parcourent et la rage sourde qui les anime. Au fil des événements, ils vont voir leurs destins s'entrechoquer tour à tour au grès des rues du petit quartier populaire de Taïpei. Le regard opéré par le réalisateur est naturaliste, tout est filmé sans fards et sans récit. Cette approche quasi documentaire, nous donne à suivre les protagonistes dans la vacuité de leur adolescence. Sans but, ni aspirations, ils sont en errance constante, à commettre quelque larcins afin obtenir l'argent nécessaire pour se distraire dans un abîme d'ennui. Chacun aspire à quelque chose qui les extirpera de leur intime lancinance. La musique qui accompagne le film traduit la rage sourde qui les habite, la ligne de basses en variations selon ce qui est transcrit à l'écran est obsédante. Elle reflète cette lutte constante, cette expression d'un malaise citadin noyé dans le béton et les grattes ciel, où chacun cherche sa place de façon maladroite.

 

La fureur de vivre


Les relations humaines n'étant conditionnées que par l'utilisation des uns et des autres comme des biens de consommation jetables (particulièrement les femmes), c'est toute une société qui est pointée du doigt. Une vie, où chaque action est futile, et où la résignation à se répéter provoque la rage du désespoir intérieur, celui qui aboutira à se rendre compte que nous avons le choix de refuser. Refuser l'immobilisme et les velléités du monde, qui nous poussent à chacun de nos actes vers le cycle nietzschéen de l'échec et de la violence futile et gratuite. Refuser, de n'être qu'un mégot, mi brûlé par notre flamme dévorante, mi noyé par l'incessante drache qui s'infiltre dans notre appartement insalubre. Notre dérive s'arrête là où commence notre rébellion.
Restaurer ce film était essentiel pour bien cerner qu'au travers de cette ébauche, le cinéma de Tsai Ming-Liang est un regard réaliste et auteurisant aux antipodes de son contemporain Ang Lee. Nous appréhendons un peu mieux aujourd'hui ses œuvres de jeunesse comme Vive l'amour, ou The Hole. Nous regardons aussi d'un autre œil les films, qui ont assuré sa consécration lui octroyant une visibilité jusqu'au festival de Cannes. De même que sa très folle comédie musicale La Saveur de la pastèque, l'expression même d'un regard peu commun et orthodoxe sur les liens sociaux qui régissent nos sociétés.

Guillaume Pauchant




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Image :
Un master très propre, qui restitue autant la froideur de la jungle urbaine que la moiteur de la ville dans un bel écrin. Nous errons en même temps que les protagonistes, comme si nous étions nous même intégrés. Un sans faute.

 


Son :
Mixage aux poils, le DTS étant la meilleure piste sonore, elle permet de restituer cette ligne de basse qui hante le métrage dans toute sa rondeur qui gronde.

 


Interactivité :
C'est une édition exemplaire en termes de contenu, elle recèle de clés de lectures formidables. Il n'y a rien à jeter, on aimerait que cela soit systématique d'en obtenir autant à chaque film. L'essai vidéo de Will Ross est une petite feature sympathique qui permet de voir une interprétation du film par un essayiste renommé. Nathalie Bittinger est une universitaire spécialisée en Arts du spectacle, son intervention est un atout, par son approche à la fois historienne et très bien documentée. L'interviw du réalisateur est bien menée, il n'est pas avare d'analyse sur lui-même et d'anecdotes, le tout dans une simplicité bonhommique rendant l'exercice aussi intéressant que ludique. A cela s'ajoutent deux courts métrages du réalisateur.

Walker met en scène un bonze dans les rues de Taipei, il avance au ralenti dans une méditation pédestre. C'est comme si ces pas, étaient un mouvement décomposé dans le tumulte. Il évolue hors du temps et de l'espace, presque inerte alors que tout s'anime autour de lui. Il semble attirer parfois le regard de quelques curieux, mais la plupart du temps, personne ne se soucie vraiment de lui et de sa quiétude dans le brouhaha incessant des rues commerçantes. La curiosité des badauds se focalise sur la caméra en vérité, le sujet filmé devient une performance artistique du spectacle vivant, filmé en temps réel dans une mise en abîme mêlant cinéma et théâtralité. Un fait amusant est qu'il trimbale un sachet de victuailles provenant du fast food, le tout s'étale sur plusieurs jours de tournage, et inlassablement il avance au rythme d'un escargot, perdu dans son ascension spirituelle. C'est une jolie leçon sur la vacuité de la société moderne où tout tourne trop vite, et où chacun perd ce temps si précieux aux simples joies de la vie.

No No Sleep est un court métrage de 37 minutes paru en 2015. C'est la fin du voyage d'un bonze qui avance au ralenti dans les sections piétonnes surplombant les rues de Taipei encore très animées de nuit. Puis le film s'attarde le quotidien des bains publics de la ville, avec ce motif de l'eau si cher au cinéma de Tsai Ming-liang. Ce court reste très attaché à la même approche que son premier film Les Rebelles du dieu néon, où la langueur et la moiteur de la ville sont pris sous le prisme du réel, sans fards ni paillettes. C'est une quête inverse à celle du moine, où ici, les personnages tentent tant bien que mal de se détendre au rythme de la sieste, mais où tout est contrarié par la présence de l'autre ou le bruit de la modernité qui inonde l'espace.

Liste des bonus : Les courts métrages Walker et No No sleep, Fortress of Rebellion de Will Ross (9'), Les Sanglots du Réel par Nathalie Bittinger (19'), Interview de Tsai Ming-liang (19'), Bande annonce.

 
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