SILENCE (1971)
Chinmoku - Japon - 1971
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Genre : Drame, Historique
Réalisateur : Masahiro Shinoda
Musique : Toru Takemitsu
Image : 1.33 4/3
Son : Japonais DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 129 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 25 mars 2021
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Au XVIIe siècle, deux prêtres jésuites, le père Rodrigo et le père Garrpe, débarquent sur les côtes japonaises. Dans ce pays où la religion chrétienne est interdite et ses fidèles persécutés, les deux missionnaires sont accueillis avec enthousiasme par les croyants, obligés de se cacher pour pratiquer leur foi. Le but des deux occidentaux est d’aider à réimplanter le christianisme dans le pays, mais également de découvrir la vérité sur leur mentor, le père Ferreira, mystér...
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envers et contre tous

Difficile à dire si ce film serait sorti de l'oubli sans l'intervention de Martin Scorsese qui le remaka en 2016 après une longue gestation. Pourtant le livre de Shûsaku Endô était déjà le sujet d'un film Japonais. Si le choix pour le réalisateur américain était logique étant donné son background catholique, cette version originale est beaucoup plus surprenante de l'autre côté du Pacifique. Il est enfin temps pour elle aujourd'hui de sortir de l'ombre et de se livrer à nos yeux d'occidentaux.

Si le nom de Shûsaku Endô ne vous dit rien, son nom prône au panthéon de la littérature japonaise au point d'avoir son propre musée aux abords de Nagasaki. De confession catholique, le voir rédiger son œuvre Silence d'après une histoire sur la persécution des chrétiens au XVIIe siècle n'en est que légitime. Ayant lui-même grandi dans cette répression toujours active trois siècles plus tard, son ouvrage peut faire office de témoignage. Retrouver Masahiro Shinoda à la réalisation a également de quoi surprendre, voire de déstabiliser au premier abord. Engagé dans la nouvelle vague du cinéma japonais aux côtés de metteurs en scène comme Nagisa Oshima, Shinoda (auteur de films tels que Double assassinat à Amijima ou Fleur pale), aime chatouiller le pouvoir en place. Le voir tourner un film en costumes pour la toute puissante Toho dans la tradition des Jidei Eiga laisse à penser qu'il a déposé les armes. Il n'en est rien. Tel un cheval de Troie, il profite de son sujet pour s'exprimer. Les chrétiens ont tout simplement remplacé la jeunesse chinoise alors que le système en place n'a, quant à lui, guère évolué se trouvant malheureusement toujours aussi oppressif dans la péninsule.

 

Solitude


Le Japon, du fait de sa position géographique, a toujours vécu en autarcie. Voir débarquer sur leur île des chrétiens venant apporter la bonne parole ne leur plaît pas vraiment. Pourtant, le Japon n'est plus dans la religiosité depuis bien longtemps, le pays se trouve embourbé dans les traditions faisant offices de croyance. L'arrivée de l'église fait donc peur au pouvoir féodal établi. Est-il possible pour eux d'accueillir une autre forme de pensée et de concept sans ébranler l'Empire ? Impossible. Le pays doit continuer à avoir la mainmise sur les idéologies. Seule la répression pourra avoir raison de cet esprit subversif. Ces persécutions antichrétiennes créeront un mouvement de clandestinité au sein du pays. A charge au Shogunat de faire régner l'ordre et de faire abdiquer la foi à ses croyants en les faisant symboliquement piétiner une représentation du Christ. Toute l'intrigue du film tient dans ce bras de fer et, à ce jeu-là, tous les coups sont permis. Les tortures ont fait leurs preuves, les souffrances des corps des chrétiens sont livrées en pâture aux yeux du prêtre pour le conduire à se parjurer. L'auteur pose ainsi les questionnements sur le mécanisme de la foi, sur les tourments de l'âme prenant le pas sur les souffrances de la chair. L'homme se sent abandonné. Ce silence de Dieu dans l'épreuve ne veut pas dire son absence. Mais les japonais se trompe de combat. Ils se battent contre les iconographies de la chrétienté alors que le vrai combat pour le prêtre Rodrigo se mène dans les tréfonds de son esprit.

 

Amour vs trahison


Shinoda, par une mise en scène discrète mais attentive épouse parfaitement son sujet, juxtaposant les vicissitudes de l'âme avec ceux des éléments. Il filme ses personnages en plan serré en format 1.33 comme pour mieux exprimer les esprits trop étriqués face une dimension spirituelle trop grande pour eux. Ils n'arrivent pas à sortir de ce cadre. Le réalisateur va jusqu'à faire le parallèle au gré de répliques bien placées entre l'arrivée du christianisme au pays du soleil levant et l'essai de l'exportation de la politique japonaise en Europe. Il ne faut pas pousser trop loin pour y voir la juxtaposition entre le chemin de croix que vit le père Rodrigo (pour retrouver le prêtre Feirrera disparu dans la région cinq ans plus tôt) avec celui du metteur en scène au sein du star system nippon pour imposer sa liberté de pensée.
Comme dans les textes sacrés le chant du coq se fera entendre au moment où Rodrigo piétinera à son tour la fameuse image rappelant le reniement de l'apôtre Pierre prédit par Jésus. Pour symboliser cet abandon du fond de sa cellule, le metteur en scène tel le Créateur y filmera les rayons du soleil pénétrant la pièce pour mieux caresser le visage de son acteur. Cette fausse abdication, acte d'amour désespéré pour sauver les torturés, accomplis par là le message de salut de sa prêtrise : apporter aux hommes l'espérance d'une vie meilleure (« Evangile » signifie « bonne nouvelle »). La rédemption est toujours possible si l'homme (ou le metteur en scène) reste fidèle à ses croyances.

Silence s'impose comme une juste réflexion sur les convictions. Celle-ci peut être d'ordre religieuse, politique ou humaine. Shinoda, expérimente par là sa propre résistance tout en gardant un esprit d'ouverture. Mais au fond, c'est dans les silences de l'âme que l'on est le plus à l'écoute.

Cédric Lemaire










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Image :
Parfaite ! Tout en respectant l'argentique d'origine, Carlotta, fidèle à ses habitudes nous propose une copie de haute tenue. Lumineuse en extérieur et contrastée au-dedans. Les nombreux plans serrés ne souffrent nullement du passage en HD et gardent un grain présent mais discret.

 


Son :
En mono d'origine uniquement, la piste son est agréable et limpide. Elle a beau être en mono, les ambiances sont très justes et ne trahissent pas l'atmosphère du film d'origine.

 


Interactivité :
L'unique bonus est une présentation du film par Pascal-Alex Vincent l'un des auteurs du « Dictionnaire des acteurs et actrices japonais » qui nous présente le film en un petit peu plus de cinq minutes. Un peu maigre comme bonus pour un film inédit où beaucoup de choses auraient pu être dites.

Liste des bonus : Préface de Pascal-Alex Vincent, cinéaste et enseignant 6', Bande-annonce originale 3', Bande-annonce 2019 1'

 
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