LA VEUVE COUDERC
France - 1971
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Image de « La Veuve Couderc »
Genre : Drame
Réalisateur : Pierre Granier-Deferre
Musique : Philippe Sarde
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français pours sourds et malentendants
Durée : 89 minutes
Distributeur : Coin de Mire
Date de sortie : 2 décembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Veuve Couderc »
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LE PITCH
Dans le car qui longe le canal du Centre, Jean, fuyant la police et muni de faux papiers, fait la connaissance d’une paysanne, la veuve Couderc. C’est une femme qui vieillit seule et s’acharne à conserver sa ferme, possession que la famille de son mari lui conteste. Dans la ferme d’en face, vit une fille-mère de 16 ans. Jean va les prendre comme maîtresses. Entre ces deux femmes, aux antipodes l’une de l’autre, il va connaître un bonheur condamné d’avance…
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La Raison d'aimer

Quelques mois à peine après Le Chat, Pierre Granier-Deferre retrouve l'actrice Simone Signoret, mais aussi le pessimisme de Georges Simenon et la mélancolie de Philippe Sarde pour un grand drame rural dont même le félin Alain Delon semble être prisonnier.

Souvent critiqué, voir attaqué pour son classicisme farouche, sa volonté de préserver une structure cinématographique sobre, loin des expérimentations de La Nouvelle vague, Pierre Granier-Deferre s'est tout de même forgé une belle relation avec le public français. Surtout, sa mise en scène souvent au service des acteurs, ses illustrations directes d'un pays en pleine mutation, lui ont octroyé une certaine longévité aujourd'hui palpable : ses films ne vieillissent pas ou peu. La preuve avec cette seconde adaptation d'un roman de Georges Simenon (suivront Le Train, L'Étoile du Nord et quelques épisodes de Commissaire Maigret), toujours coécrite avec Pascal Jardin, qui cristallise le regard désenchanté que l'auteur porte souvent sur ses compatriotes. Ici à l'orée d'une Seconde Guerre Mondiale couvant, alors que la xénophobie nationaliste gagne déjà les campagnes, débarque dans un petit village un étranger (français mais tout de même) qui contre quelques travaux va trouver accueil chez la veuve Couderc, déjà ostracisé par les on-dits, les ragots et les jalousies.

 

Mariage de raison


Signoret les traits tirés, le corps voûté par la fatigue, mais le regard toujours emprunt d'une passion folle et Alain Delon, ange brisé, évadé rêvant d'une nouvelle vie, vont se lier entre tendresse, amitié, jalousies, passion parfois même, dans un décor austère et rustre qui rejette la liberté et la différence. « Personne ne comprendra » dit-elle. « Ils ne comprennent jamais » lui répond-il.
Photographie presque documentaire des zones rurales de l'entre-deux guerre, grand mélodrame en forme de triste théâtre aux relents scabreux annonçant les futures exactions d'Yves Boisset (Dupont Lajoie, Canicule), La Veuve Couderc possède encore cette retenue d'un certain cinéma français que la pudeur faisant tendre vers la suggestion, l'émotion et les personnages. Avec sa mise en scène toujours discrète mais aux frontières habilement dessinées (une rive ou l'autre, le rez de chaussé et le grenier), Granier-Deferre permet à ses acteurs de donner force à leurs personnages et naissance à une « romance » improbable à laquelle même eux ne croyaient pas. Jean et la veuve seront forcément victimes de leur passé, de leurs désirs d'extraction d'un quotidien trop écrit et de la dénonciation (déjà) d'une belle famille visant l'expropriation. La France de La Veuve Couderc est déjà prête à rendre les armes au fascisme, et eux deux sont finalement trop honnête pour tout ça.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Encore une sublime copie pour Coin de mire qui vient révéler comme jamais La Veuve Couderc. Produit en collaboration avec Studiocanal, cette nouvelle restauration à partir d'un scan 4K du négatif original retrouve toute la matière d'origine, présente, creusée, en même temps qu'un grain de pellicule admirablement géré, tout en rehaussant délicatement une photographie terreuse. Le résultat est, en dehors d'un ou deux plans d'origines plus incertaines, admirable laissant apparaître de jolis reflets argentiques pour des cadres d'une netteté et d'une propreté imparables. Quand un éditeur aime le patrimoine français, ça se voit.

 


Son :

Rafraîchie et rééquilibrée pour l'occasion, la piste mono française est disposée ici en DTS HD Master Audio 2.0 pour assurer une restitution nette, claire et équilibrée. Les dialogues sont bien entendu mis en avant, mes les notes de Philippe Sarde frappent souvent au cœur.

 


Interactivité :
Superbe mediabook noir orné de lettres d'or, livret reproduisant photos d'exploitations et présentation pour la presse, fac-similé de photos et d'affiche glissés dans des pochettes discrètes... Les amateurs de beaux objets sont toujours aussi récompensés. Tout autant que les nostalgique des grandes séances d'autrefois grâce à l'option La Séance qui dispose avant le film une série de films d'actualités de 71 (où l'on mettait en garde contre la crise sanitaire liée à la grippe !!), de bonnes vieilles pubs rétros et d'une bande annonce, celle du Chat, disponible dans la même collection. Le tout restauré pour l'occasion bien entendu.

Mais comme pour l'édition du Chat justement, Coin de mire a retrouvé une longue interview du réalisateur dans laquelle il évoque tout l'expérience La Veuve Couderc, de la naissance du projet à son tournage avec les deux grands acteurs. En vrai témoin de cette grande époque du cinéma populaire français, Pierre Granier-Deferre s'amuse des comportement de Signoret et Delon, évoquant aussi facilement leurs petits caprices, leurs failles, que leur immense talent et leur professionnalisme. Passionnant et encore une fois toujours très modeste.


Liste des bonus : Interview de Pierre Granier-Deferre (51'), La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d'époque, un livret reproduisant des documents d'époque (24 pages), 10 reproductions de photos d'exploitations (14,5 x 11,5 cm), la reproduction de l'affiche d'époque (29 x 23 cm).

 
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