LE CHAT
France - 1971
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Genre : Drame
Réalisateur : Pierre Granier-Deferre
Musique : Philippe Sarde
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Aucun
Durée : 88 minutes
Distributeur : Coin de Mire
Date de sortie : 6 décembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Chat »
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LE PITCH
Julien a soixante ans. Clémence en a cinquante. Il y a vingt-cinq ans, il se sont mariés et se sont installés dans un charmant pavillon de banlieue. Le temps a passé. Le pavillon est devenu un point minuscule au milieu de grands ensembles hideux. Une montagne de sous-entendus s’est installée dans le couple. Ils ne peuvent plus vivre ensemble mais sont incapables de se quitter. Julien a reporté toute sa tendresse sur un chat de gouttière, Clémence en est terriblement jalouse…
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Deux gros matous

Jean Gabin n'aimait pas les films sentimentaux. Du moins il ne s'y sentait pas à l'aise. Pour l'entraîner dans cette tragique histoire de la fin d'un couple, Pierre Granier-Deferre aura dû filouter, pousser gentiment l'acteur dans ses retranchements et lui opposer Simone Signoret. Comme il a bien fait.

Comme Gabin aimait toujours à travailler avec les mêmes équipes, les mêmes réalisateurs, n'offrant sa confiance qu'à de rares élus, au sortir du succès de La Horse, il insiste pour que Pierre Granier-Deferre lui offre un nouveau projet rapidement. Pas d'ambiance western / polar à l'horizon, pas de thriller avec un patriarche solidement ancré dans sa terre, ce sera c'est une adaptation d'un drame désespéré et mélancolique de George Simenon : Le Chat. Le récit d'un couple en fin de course, usée par le quotidien, par la tristesse de leur vie (plus de carrière, pas d'enfant), dont les derniers ressorts vont définitivement vriller lorsque Mr Bouin reporte ses dernières bribes d'affection sur un chat de gouttière recueilli un après-midi grisâtre. De quoi exacerber les jalousies de Mme Boin. Pas vraiment de quoi enthousiasmer l'acteur, de moins en moins intéressé par les prises de risque, qui va clairement y aller à reculons espérant voir là dedans quelques moments de comédie, de robustesse ouvrière, à défaut de comique.

 

Et la tendresse bordel ?


Pierre Granier-Deferre (La Métamorphose des cloportes, Adieu poulet, Le Toubib) sait heureusement y faire et aura l'évidence de placer en face du « monstre sacré » la puissante Simone Signoret, vieillie prématurément, mais à même de tancer le monolythe. Si leurs échanges cinglants, souvent cruels et humiliants, portent la marque du scénariste Pascal Jardin (Les Félins, Le Vieux Fusil...), les silences sont entièrement à eux. Ils sont longs, pesants, faits de regards froids, haineux, mais aussi et souvent d'incompréhensions. Car même si leur mariage n'est qu'un naufrage, leur vie faite de ressentiments et de regrets, on découvrira bien entendu que les deux bourrus s'aiment encore, ou du moins ne peuvent plus vive sans l'autre. Une tristesse absolue, sans fard, qu'habitent Gabin et Signoret avec une sincérité déchirante. Le film leur doit certainement énormément, si ce n'est tout, mais le travail de Pierre Granier-Deferre, discret mais fervent, ne doit certainement pas être minimisé. Lui qui déjà illustrait dans La Horse la disparition du monde d'avant, de la beauté de la France de l'après-guerre, bouffée par la modernisation absolue, il en révèle ici les dégâts dans la banlieue parisienne. Les Boin ne résistent plus, ils attendant la fin et l'éviction de leur pavillon décharné alors que leur voisinage se transforme en terrains vagues et futurs citées HLM. Une géographie cafardeuse qui répond en écho aux derniers heures de ce couple des trente glorieuses, réduits aux dîners mutiques où chacun mange à sa table, aux promenades en ville à quelques mètres l'un de l'autre, aux petits mots échangés puisqu'on ne se parle plus que pour s'engueuler... Comme s'exclama Gabin à la lecture du scénario : « hé bin, c'est pas bien gai ». Non vraiment pas.

Nathanaël Bouton-Drouard






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Image :
Restauré par Studio Canal, Le Chat n'a pas forcément profité d'un nouveau scan 2K ou 4K auxquels Coin de mire a eu la mauvaise idée de nous habituer, mais a tout de même été nettoyé directement à la source du négatif. L'image n'est donc pas d'une tenue parfaite, accusant parfois le coup dans l'ouverture générique, quelques plans zoomés ou lors de scènes plus sombres avec un grain plus neigeux et une définition moins fine. Le nouveau master HD est cependant de très bonne qualité car dans l'essentiel de la durée il fournit une image très propre, bien dessinée, au piqué solide et surtout révèle des variations de teintes jusque là invisibles.

 


Son :
Bien posée, s'arguant essentiellement sur les silences et dialogues tendus entre les deux acteurs, la piste DTS HD Master Audio 2.0 restitue le mono d'origine avec une clarté constante et un équilibre maîtrisé.

 


Interactivité :
Les habitués ont d'ors et déjà adopté la ligne éditoriale de Coin de Mire et de sa collection La Séance qui se présente à nouveau sous la forme d'un élégant Mediabook au visuel serti de lettres dorés. A l'intérieur les galettes Bluray et DVD sont une fois encore accompagnés d'un livret reproduisant de nombreux documents d'époque (livrets de presse, affiches, romans photos...) et des fac-similés de photos d'exploitation et de l'affiche originale glissés dans pochettes dédiées. Et question de retrouver tout le charme des séances d'antan chaque métrage se voit introduit par le programme complet et consacré en HD : actualités d'époque (l'anniversaire de la commune, la nouvelle Citroën), bande annonce (La Veuve Couderc qui sort en Bluray au même moment) et des pubs gentiment datées avec l'essence Total, les caramel d'Isigny, et l'apparition de toutes jeunettes Balasko et Chazel pour Eram.

Jolie surprise, à tout cela s'ajoute une longue interview de Pierre Granier-Deferre. Cette rencontre, entrecoupée de témoignages d'archives de Gabin et Signoret, retrace avec beaucoup de franchise et de modestie la naissance du film et la "confrontation" entre ces deux monstres sacrés. Bourré d'anecdotes sur ce grand cinéma là et très éclairant sur la méthode artisanale du réalisateur.

Liste des bonus : Interview de Pierre Granier-Deferre (44'), La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d'époque, un livret reproduisant des documents d'époque (24 pages), 10 reproductions de photos d'exploitations (14,5 x 11,5 cm), la reproduction de l'affiche d'époque (29 x 23 cm).

 
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