CLAUDE CHABROL : SUSPENSE AU FéMININ
L’Enfer, La Cérémonie, Rien ne va plus, Merci pour le chocolat, La Fleur du mal - France, Suisse - 1994, 1995, 1997, 2000, 2002
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Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Claude Chabrol
Musique : Mathieu Chabrol
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0 et 5.1
Sous-titre : Français pour sourds et malentendants
Durée : 519 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 2 décembre 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Grand portraitiste de la bourgeoisie française, réalisateur virtuose dans l’art d’instaurer un climat de tension psychologique, Claude Chabrol a filmé certains des plus sombres portraits de femmes sur grand écran.
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Maitresse du crime

Centré sur la dernière partie de son œuvre, cette rétrospective de cinq films des plus « chabroliens » explore une fois encore le rapport troublants et uniques du cinéaste avec son sujet privilégié... Non pas la bourgeoisie (même s'il en est largement question ici) mais les femmes, figures mystérieuses, séduisantes, inquiétantes et insaisissables qui d'une manière ou d'une autre prennent, ici, irrémédiablement le pouvoir.

Si le cinéma de Claude Chabrol a toujours laissé une place très importante, voir régulièrement centrale, aux femmes, son approche c'est radicalement féminisée dans ses dernières années. En coulisse tout d'abord avec l'importance grandissante de son épouse et de sa fille dans la production des métrages, mais aussi d'une majorité de collaboratrices (coscénaristes, techniciennes...), ce qui se reflétait directement dans les thèmes choisis et l'apparition d'une nouvelle « égérie », fascinante Isabelle Huppert, tour à tour factrice écervelée et envieuse, arnaqueuse de métier et séductrice ou maîtresse de maison et veuve noire usant de son chocolat chaud comme un doux poison. Elle n'est bien entendu pas la seule à inspirer le Chabrol : Sandrine Bonnaire, Jaqueline Bisset, Virginie Ledoyen, Nathalie Baye, Suzanne Flon, Mélanie Doutey ou Emmanuelle Béart dévoilent à chaque fois des finesses de jeu, des présences inédites et des reflets bien trop rares sur grand écran. L'intelligence du cinéaste, démontrant ainsi son attachement à la nature de ses personnages et un féminisme naturel (et non militant) est de ne jamais les enfermer dans une représentation unique. A l'image de ses intrigues, souvent bien plus complexes et nébuleuses qu'elles y paraissent, pétries de secrets et d'ombres, ses femmes se construisent dans un monde qui ne leur laisse pas forcément la place adéquate, les obligeants à devancer les hommes, réorganiser leurs cadres (leur demeure, leur famille, leur empire...) voir à commettre un crime fatidique. Placées au centre des plans, au centre de l'histoire, au centre de l'énigme, elles volent bien souvent la vedette aux rôles masculins, plus effacés, manipulés ou enfermés justement dans leurs propres postures et névroses.

 

Secrets de familles


Une vision qui peut d'ailleurs se prêter à beaucoup de légèreté lorsque pour son 50ème films (!!!), Claude Chabrol opte pour une récréation enlevée, vague affaire d'arnaqueurs pris, ou pas, à leur propre piège dans Rien ne va plus. Un divertissement léger ni plus ni moins, où le metteur en scène s'amuse tout autant que son trio Isabelle Huppert, Michel Serrault et François Cluzet, quitte à perdre en cour de route un peu de sa consistante.

On lui préféra ici nettement sa « trilogie » coécrite avec Caroline Eliacheff, essayiste et psychanalyste, réunissant La Cérémonie, Merci pour le chocolat et La Fleur du mal. Trois explorations de figures de femmes criminelles, mais qui rejoignent directement l'autre obsession de l'auteur : la description cynique de la bourgeoisie française, et plus particulièrement ici de la nouvelle bourgeoisie. Celle qui se croit au-dessus des anciennes valeurs et moderne dans l'âme, celle qui s'imagine plus à même de bonté, celle qui remplace l'argent par le pouvoir du scrutin. La structuration de la mise en scène par l'inscription dans des demeures imposantes et cossues, les balais discrets et délicats des personnages qui ne dissimulent jamais bien longtemps leurs cruautés sous-jacentes, trouvent ici de merveilleux et inquiétants terrains de jeu. On ne cachera pas que l'interprétation assez catastrophique du casting de Merci pour le chocolat (Dutronc n'est pas un acteur, Anna Mouglalis est insupportable et Rodolphe Pauly se croit dans un Rohmer) fait que la finesse du propos et l'acceptation malaisante de la folie de « Mika » n'est pas aussi puissante qu'elle aurait dû.

Les deux autres raisonnent plus efficacement comme des charges implacables contre une caste pourrissante. Les petites humiliations du quotidien subies par la « bonne » incarnée par Sandrine Bonnaire, deviennent rapidement insupportables et donnent au massacre final, en forme d'exécution, une note presque jouissive et révolutionnaire (Chabrol parlait de film Marxiste) au puissant La Cérémonie. Les racines du mal, entre grand-père collabos et richesse cultivée dans les arrières cours de la France de Vichy, mais aussi une forme d'inceste généralisée (on ne s'accouple qu'entre soi), conditionnent les Charpin-Vasseurs, en pleine campagne électorale, voués à reproduire les même haines, les mêmes perversions et les mêmes crimes, judiciaires et sociétaux. Des portraits de familles passionnants, où la rigueur et la discrétion de la mise en scène (pourtant parfaitement construite) offre une atmosphère angoissante et étouffante dont saura se souvenir Bong Joon Ho pour son Parasite.

 

Bonheur impossible


Cas un peu à part dans le coffret, mais peut-être aussi son joyaux, L'Enfer se détache des autres titres ne serait-ce que par ses origines. Anciens projets inachevé et abandonné par Henri George-Clouzot, le scénario en fut confié par sa veuve à l'ami Claude Chabrol. Celui-ci n'hésitera pas à expurger l'orientation des expérimentations cinétiques du maître, mais va en préserver tout la noirceur et la force. Peut-être son film le plus époustouflant visuellement, L'Enfer s'écarte des polars et thriller habituels pour devenir un thriller intime au suspens implacable, montant crescendo alors que l'époux François Cluzet (dans un exercice terriblement casse-gueule mais au combien maîtrisé) s'enferme peu à peu dans une jalousie maladive qui devient de plus en plus paranoïaque, violente et destructrice. C'est même lui qui semble prendre le contrôle du film alors que les images mélangent avec de plus en plus de fièvre les visions d'une Emmanuelle Béart (sublime) où se mêle le visage de l'innocence et un corps incroyablement troublant. Tour de force total, le film est doté d'une charge émotionnelle d'autant plus suffocante, que le metteur en scène distant le temps au fur et à mesure que le métrage s'approche de l'inéluctable. Les premières années de bonheur disparaissent en quelques plans, alors que les crises et l'implosion du couple s'appesantissent jusqu'à une dernière seconde infinie et mortifère. Pour une fois le regard clinique de Chabrol se fait envahir par la maladie qu'il scrute et c'est peut-être pour cela que c'est l'un des sommets de son œuvre.

Nathanaël Bouton-Drouard














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Image :
Pas de jaloux, les cinq films réunis dans ce coffret ont été abordés avec le même soin et le même soucis de fidélité. Des restaurations 4K assez exemplaires qui apportent clairement une netteté et une profondeur inédite à des métrages dont on redécouvre ainsi parfois quelques nouvelles finesses de la mise en scène. On reste ici le plus souvent dans des esthétique relativement sobres, des lumières plutôt discretes et des teintes assez réalistes, mais l'apport de cadres parfaitement propre et d'un grain de pellicule présent et maîtrisé, redonnent un accent cinématographique qui avait parfois tendance à s'échapper sur les anciens DVD.

 


Son :
Pas de grande frivolité du coté des pistes sons. Elles sont naturellement proposées uniquement en DTS HD Master Audio 2.0 pour L'Enfer, La Cérémonie, Rien ne va plus, tandis que les deux derniers opus font apparaître une option DTS HD Master Audio 5.1 parfaitement menée avec des atmosphères plus marquées et quelques sorties dynamiques bien placées. Dans tous les cas, toutes les pistes sont parfaitement claires et posées, mettant en avant des dialogues aux résonances naturelles que les compositions de Mathieu Chabrol viennent perturber ou souligner avec pertinence.

 


Interactivité :
Proposé dans un très joli coffret au fourreau solide comprenant des digipack slim pour chaque film, les titres de cette collection Suspense au féminin reprennent à bon escient les superbes affiches inédites produites pour les récentes ressorties en salles.

Une certaine élégance, un charme indéniable, accompagné d'un vaste programme de près de sept heures de bonus vidéo au total. Une bonne partie proviennent d'ailleurs des anciens DVD diffusés par MK2 (partenaire ici) soit les présentations libres de Joël Magny, les interviews impliquées et analytiques de la scénariste Caroline Eliacheff, la vingtaine de minutes acrobatiques avec un Dutronc fidèle à lui-même, et surtout les reportages sur les tournages de La Cérémonie, Rien ne va plus, Merci pour le chocolat et La Fleur du mal, témoignant systématiquement de tournages studieux mais détentus, amusés mais précis, et certainement familiaux. Observer Chabrol au travail, construire les plans, discuter avec les acteurs, est passionnant, tout comme l'écouter commenter les scènes clefs de ses cinq films dans des Leçons de cinéma admirables, éclairantes et didactiques.

Trois inédits viennent rejoindre l'ensemble soit une rencontres en HD avec le producteur Marin Karmitz, qui évoque ce renouveau de la carrière de Chabrol au sein de MK2 et leurs différentes collaborations ; une interview avec Sandrine Bonnaire définitivement marquée par son rôle dans La Cérémonie ; Et bien entendu un nouvel entretien avec Isabelle Hupert, figure de proue du présent coffret et peut-être l'une de ceux qui parle le mieux de Chabrol.

Liste des bonus : 5 Présentations de film par Joël Magny, 5 Leçon de cinéma de Claude Chabrol, 8 Entretiens dont 3 inédits (avec Isabelle Huppert, Sandrine Bonnaire, Caroline Eliacheff, Jaques Dutronc et Marin Karmitz), 4 Making of, Les Bouts d'essais d'Anna Mouglalis, Bandes annonces.

 
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