LA CHASSE à L'HOMME
France - 1964
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Image de « La Chasse à l'homme »
Genre : Comédie
Réalisateur : Édouard Molinaro
Musique : Michel Magne
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français pours sourds et malentendants
Durée : 90 minutes
Distributeur : Coin de Mire
Date de sortie : 6 mars 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Chasse à l'homme »
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LE PITCH
Jeune homme dynamique à l'avenir prometteur, Antoine Monteil est sur le point de se marier. Son meilleur ami Julien, célibataire endurci, tente de l'en dissuader par tous les moyens…
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La Corde au cou

Qui est le loup ? Qui est l'agneau ? L'homme ou la femme ? Ces questions forment le point de départ de La Chasse à l'homme, comédie chorale et hyperactive d'un Édouard Molinaro plus tout à fait débutant mais pas encore reconnu pour ses collaborations avec Louis de Funès (Oscar et Hibernatus), Jean Poiret (La Cage aux folles) et Jacques Brel (Mon oncle Benjamin, L'Emmerdeur).

Carburant très prisé pour d'innombrables comédies au fil du temps, la guerre des sexes est un instrument à double tranchant. Et rarement en faveur de la gent féminine. À priori, La Chasse à l'homme ne s'éloigne guère des clichés en la matière. Adam, méfie toi d'Eve ! Fais-en ta maîtresse mais ne la laisse point t'épouser ! L'ouverture du film (reprise au générique de fin) montre le casting féminin menant une intense chasse à courre où le jeune célibataire fait office de gibier de choix. Cauchemar du mâle dominant et métaphore pas bien fine. Le scénario est à la fois l'œuvre de France Roche (ce sera d'ailleurs le dernier pour cette actrice, journaliste et dramaturge de théâtre) et de Michel Audiard. La femme du monde rompue à l'exercice des soirées bourgeoises et le prolétaire bon vivant au verbe haut. Drôle d'alliance pour un résultat qui évolue constamment sur le fil. Pour mieux trouver son équilibre, l'intrigue fait le choix discutable de se diviser en deux parties bien distinctes. Et la première est, de loin, la moins enthousiasmante.

En amorce, le personnage de Julien, campé par un Claude Rich au numéro bien rôdé de grand gaillard précieux et arrogant, mène le bal. La chasse à l'homme navigue entre le film à sketches (des petites histoires soutenant l'argument de la fourberie féminine) et le vaudeville classique avec portes qui claquent, maris jaloux, maîtresses cachées dans des armoires et quiproquos en pagaille. Pour palier à un manque flagrant d'idées et de propos, Édouard Molinaro mise tout sur le rythme, frénétique, et le capital sympathie d'un casting cinq étoiles d'où se distinguent sans peine la regrettée Marie Laforêt en jeune femme prête à tout pour ferrer l'oiseau rare et Jean-Paul Belmondo en proxénète reconverti en garçon de café et mari (trop) obéissant. Amusant mais un peu vain, et surtout très convenu, les bons mots d'Audiard sonnant creux. Quant au score trop appuyé de Michel Magne, soulignant avec la délicatesse d'un éléphant dans un magasin de porcelaine les effets de mise en scène d'un Molinaro singeant la mouvance pop, il déçoit carrément.

La croisière s'amuse


Si les 40 premières minutes se contentaient d'enfoncer des portes ouvertes avec métier mais sans réel panache, les 50 restantes redonnent au film un cap nettement plus satisfaisant. Libéré de ses obligations après avoir fui son mariage, Antoine (Jean-Claude Brialy) prend le large lors d'une croisière en Grèce, espérant profiter de ses « vacances » pour faire des conquêtes et reprendre sa vie en main. Sa rencontre avec une ravissante arnaqueuse (Françoise Dorléac).
La narration se fait plus linéaire et plus aérée, le rythme ralentit et le propos gagne en finesse. Effacé au départ, Jean-Claude Brialy entre avec aisance dans les charentaises de ce personnage maladroit, séduisant mais in fine mal à l'aise dans le rôle de mâle alpha que la société (et son meilleur ami) lui impose de tenir. Face à ce Casanova aux deux pieds gauches, Françoise Dorléac fait merveille et prouve une fois de plus la singularité de son talent, comparé au jeu un peu plus limité de Catherine Deneuve, sa sœur cadette (qui tient ici un petit rôle de secrétaire sexy et entreprenante). L'actrice avait déjà collaboré avec Édouard Molinaro pour son Arsène Lupin contre Arsène Lupin et 1964 fut une année faste avec la sortie de L'Homme de Rio de Philippe de Broca, de La Peau douce de François Truffaut et de La Ronde de Roger Vadim. Arnaqueuse au sourire désarmant et aux milles et une identités, Dorléac s'approprie le film et retourne l'argument de départ comme une crêpe. Non, la femme n'est pas une créature dépendante jetant son dévolu sur l'homme pour s'acheter une vie confortable et respectable. Ce serait même tout le contraire. Et l'épilogue de sonner comme un aveu. Après avoir mené Antoine par le bout du nez et s'être forgé une réputation d'aventurière, Françoise (ou Sandra, ou Clotilde) finit par l'épouser et ... disparaît du cadre. Le mariage ne sert qu'à l'homme et la femme s'efface au lieu de s'épanouir. Toute la première partie, dans son ton machiste assez outré, prend ainsi une tournure ironique et parodique.


Tributaire de son ultime pied de nez, La Chasse à l'homme impose donc une seconde vision pour mieux apprécier un discours progressiste plus malin qu'il n'y paraît mais on ne peut s'empêcher de penser que l'ensemble aurait encore gagné en efficacité à ne pas se couper aussi ouvertement en deux parties à ce point inégales.

Alan Wilson








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Image :
Pendant une bonne dizaine de minutes, la restauration semble instable, avec des contrastes bien trop marqués et une définition très douce. L'impression générale s'améliore au fur et à mesure, le grain argentique reprend ses droits et la très belle photo du génial Andréas Winding (Playtime pour Tati et La Prisonnière pour Clouzot) déploie ses trésors chromatiques sans la moindre entrave. La haute définition se fait une fois de plus l'alliée du noir et blanc.

 


Son :
Excessivement frontale et vite saturée, la bande sonore choisit la clarté du dialogue sur tout le reste. C'est un peu dommage mais on finit par y gagner sur la durée et le constat se fait plus réjouissant lors de la scène du restaurant grecque avec une musique un peu plus vivante et moins étouffée. Ne vous attendez à une expérience sonore de folie mais le mixage est suffisamment équilibré pour vous éviter de jouer de la télécommande lorsque les décibels menacent d'exploser dans les aigues.

 


Interactivité :
Les éditions Coin de Mire n'ont sans doute pas fini de s'imposer comme des expériences cinéphilies uniques. Tout est fait pour nous plonger dans les conditions d'époques et cela commence dès le packaging. Le médiabook renferme reproductions de coupures de presse, affiches et photos d'exploitations. Et plutôt qu'une flopée d'entretiens rétrospectifs, l'option de voir le film en « séance », c'est à dire avec actualités et publicités d'époque habilement restaurées (les défauts de pellicule et les accrocs demeurent mais avec une définition revue à la hausse, effet « vintage » assuré) replace l'œuvre dans son contexte avec une simplicité exemplaire. Le concept, à la nostalgie savamment dosée, mériterait de s'appliquer à quantité de films de patrimoine.

Liste des bonus : Journal d'actualités d'époque en HD / Réclames publicitaires d'époque / Bandes-annonces

 
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