HERCULE CONTRE LES VAMPIRES
Ercole al centro della Terra - Italie, Allemagne - 1961
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Hercule contre les vampires »
Réalisateur : Mario Bava
Musique : Armando Trovajoli
Image : 2.35 16/9
Son : Italien et Français Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 85 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 7 avril 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Hercule contre les vampires »
portoflio
LE PITCH
De retour en terre d'Œchalie pour s'unir à la princesse Déjanire, Hercule trouve le pays sous la coupe de Lycos qui tient sa promise en son pouvoir. Ignorant les intentions maléfiques de ce dernier, Hercule devra accomplir de nouveaux exploits jusque dans l'Hadès au centre de la terre pour sauver sa bien-aimée. L'aide du courageux Thésée et du farfelu Télémaque ne sera pas de trop.
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LE COLOSSE DE CINECITTÀ

C'est avec l'une des illustrations les plus étonnantes et mémorables du genre qu'Artus enrichit sa collection de péplums italiens, jusqu'ici composée de curiosités diverses uniquement éditées au format dvd. Mais lorsqu'il s'agit de Mario Bava, il convient forcément de faire un pas supplémentaire pour rendre justice au travail du maître.

Tandis que Hollywood s'empare de l'Antiquité pour en développer de grands sujets certes spectaculaires mais strictement bibliques ou historiques (Les 10 Commandements, Quo Vadis, Ben-Hur, La Chute de l'Empire Romain, etc.), l'Italie - berceau géographique de cette culture - se jette, avec la jovialité qui la caractérise, dans la représentation souvent triviale mais toujours généreuse de sa propre mythologie. Hercule et Maciste seront les héros récurrents de cette production transalpine qui fait moins écho au cinéma de Cecil B. DeMille et Anthony Mann, qu'elle ne préfigure la future génération musclée des Van Damme, Lundgren, Schwarzenegger et consorts une ou deux décennies plus tard. Lorsque ce dernier, champion de culturisme à l'instar de Reg Park et Steve Reeves, débutera sa carrière aux États-Unis par l'horrible Hercule à New York, on pourra dire que la boucle est, en quelque sorte, bouclée. Le péplum est LE genre dans lequel s'exprime en Italie le souffle de l'aventure : sur le papier, Hercule est à la fois leur Indiana Jones, leur Conan et leur Sinbad - le reste dépend de la qualité du script et du charisme de l'interprète, et de ce côté c'est toujours un peu la loterie !
Mario Bava n'a officiellement réalisé qu'un seul film en solo avant cet « Hercule au Centre de la Terre » (comme il devrait fidèlement être traduit, faute de vampires à l'intérieur du récit !) mais il est d'ores et déjà brillant, au sommet de son art, chevronné par des années de bons et loyaux services en tant que directeur photo et officieusement co-réalisateur du grand Riccardo Freda. Le péplum ne devrait normalement pas lui permettre d'exprimer sa facette horrifique, la plus évidente et célèbre de son cinéma, tant il est par essence un genre solaire et décomplexé (pas plus d'ailleurs que Les Mille et une nuits et La Ruée des Vikings réalisés la même année). Qu'à cela ne tienne : Bava fera de son film un prototype de péplum gothique, engageant pour la première fois Christopher Lee qu'il retrouvera très vite pour Le Corps et le Fouet, conférant au personnage qu'il incarne un environnement ténébreux et hypnotique, et projetant enfin son Hercule dans des univers nocturnes et envoûtants comme ce Jardin des Hespérides à des années-lumières des descriptions qu'en donnent les récits mythologiques classiques. De quoi permettre aux studios Cinecittà d'asseoir tant et plus leur propre légende, leur propre mythe, à travers la construction de nombreux décors plus pittoresques les uns que les autres.

 

lights and shadows


Une autre facette de Bava, beaucoup moins colportée mais tout aussi prégnante, est son goût de l'astuce et de la roublardise. Même dans ses films les plus tendus (et souvent jusque dans les séquences finales) transparaît toujours chez lui cette propension à ne pas se prendre au sérieux, à constamment rappeler au spectateur - ce qui le démarque fortement de son fils spirituel Dario Argento - que tout ceci, ses récits sanglants, ses personnages givrés, le cinéma lui-même et la nature humaine sans doute, n'est qu'une vaste blague et qu'il convient surtout de prendre du recul et d'en rire. Ce trait de caractère, quant à lui, ne peut que s'épanouir dans l'économie délirante du péplum ! Aussi Bava et ses scénaristes (parmi lesquels Duccio Tessari, créateur de Ringo - ce qui ne surprendra pas) parviennent-ils à faire de leur projet un Hercule à la fois plus crépusculaire et plus comique que jamais - équilibre extrêmement délicat qu'ils négocient sans jamais se prendre les pieds dans le tapis. John Carpenter s'en sera peut-être souvenu au moment de mettre en boîte son Jack Burton dans les Griffes du Mandarin ; du reste, pourquoi serait-il surprenant de songer à Mario Bava pour un film d'inspiration hongkongaise, dans la mesure où Hercule contre les vampires contient dans son final une courte séquence de combat avec des démons (les fameux « vampires » du titre français...?!) qui annonce vingt-deux ans avant ceux du Zu, les Guerriers de la Montagne Magique de Tsui Hark et même les Histoires de fantômes chinois de Ching Siu-tung ?
C'est devenu un poncif de signaler que Bava fait de la belle lumière, que ses plans ressemblent à des tableaux vivants, la richesse et la complexité de ses éclairages, etc. Une fois qu'on a dit ça, on n'a pas dit grand-chose : ce n'est suffisant ni pour expliquer l'aura particulière de son cinéma, ni pourquoi il n'est jamais cité parmi les grands maîtres à l'instar d'un Hitchcock, d'un Kubrick ou d'un Bergman. Le fait est que Bava a toujours évolué dans la tradition du « genre », un artisanat florissant, populaire, mais malgré tout assez peu valorisé. C'est dans cette perfection esthétique au sein d'un système où abonde l'approximation, que réside sans doute sa spécificité, sa grandeur - et ce qui le condamne également aux oubliettes de la grande histoire officielle du cinéma. On ne gagne pas ses lettres de noblesse en tournant Hercule contre les vampires, La Baie Sanglante ou L'Espion qui venait du surgelé. Mais comparer - à budgets et conditions de travail similaires - un péplum de Bava avec n'importe quel autre de la même époque en dit long sur son génie. Jamais soucieux de transcender un script pour l'amener autre part, vers des horizons insoupçonnés, Bava exerce sa magie stupéfiante dans le périmètre réduit des genres auxquels il s'attaque, ce qui la rend d'autant plus explosive. Artiste au sens fort, technicien hors-pair, il ne travaille jamais à sa propre gloire sur le dos du cinéma populaire ; c'est toujours ce cinéma lui-même qui sort grandi des incursions du maestro.

Face à un Christopher Lee plus monolithique que jamais, le cinéaste dresse Reg Park : l'incarnation la plus sympathique et physiquement impressionnante à la fois dont Hercule aura jamais bénéficié. Réjouissante alternative à l'éternel Steve Reeves, il donne à la mythologie un naturalisme plus contemporain, moins théâtral, et n'est pas pour rien dans l'attraction que peut exercer le film. Ainsi les deux acteurs personnifient-ils la belle schizophrénie de l'oeuvre, à la fois brumeuse et sautillante, lugubre et optimiste. Coincé entre Le Masque du Démon et La Fille qui en savait trop, deux réussites incontestables dans lesquelles le cinéaste établit les codes qui feront de lui une légende du film d'épouvante, Hercule contre les vampires est un peu trop souvent oublié lorsqu'on fait état de sa filmographie. Grosse erreur ! On peut toujours étiqueter le cinéma de Mario Bava, mais c'est sa capacité à faire de l'or avec un matériel de charpentier qui le démarquera éternellement, défiant toute concurrence - et celle-ci est plus perceptible que jamais dans son Hercule

Morgan Iadakan














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Image :
Dès le premier plan, pendant le générique (en allemand !) et durant tout le reste du métrage, quel bonheur de pouvoir apprécier le film dans ses moindres détails et sans aucune couleur qui bave (le travail de Bava sur les couleurs primaires, les contrastes forts et les monochromes est connu et aura parfois posé problème dans des formats moins bien définis) ! La qualité du transfert, effectué à partir d'un nouveau scan 2K, va jusqu'à respecter les flous caractéristiques des choix techniques du maestro lorsque sur certains plans, par exemple, un acteur se trouve pris un moment dans une petite imprécision focale avant de venir progressivement au gros plan - où, tout à coup, le piqué est tout à fait remarquable ! Le premier blu-ray de la collection péplum d'Artus est définitivement une réussite.

 


Son :
On le répète assez souvent : dispensons-nous de la version française qui fausse le mixage, dénature le jeu des comédiens, et en l'occurrence écorche les noms de certains personnages et parvient même à priver Christopher Lee d'une partie de son charisme. La version italienne, quant à elle, offre des performances originales et des doublages habités, brille par son absence de souffle qui permet à la bande-son (très riche) et aux splendides harmonies de Trovajoli de frapper les tympans comme il se doit, assurant en somme un spectacle sonore tout aussi éruptif que le spectacle visuel.

 


Interactivité :
Trois bandes-annonces (où l'on redécouvre que les américains sont les seuls à avoir correctement traduit le titre original du film !), un diaporama que pour une fois on jugera trop court tant il est agréable de regarder les différentes affiches, photogrammes et photos de plateau dans une qualité aussi optimale accompagnés par la musique géniale d'Armando Trovajoli, et surtout un curieux bonus constitué de deux interviews croisées, totalement disparates : l'une de Fabio Melelli qui donne quantité d'informations très pragmatiques sur le genre péplum, son histoire, ses artisans, la façon dont Mario Bava y a été impliqué très tôt et la place d'Hercule dans sa filmographie ; l'autre du comédien Giorgio Ardisson (interprète de Thésée dans le film) quelques temps avant sa disparition, assez bouleversante puisqu'en bon italien il mêle constamment anecdotes privées et souvenirs professionnels, se fendant notamment d'une véritable déclaration d'amour au génie cinématographique de Bava.
Passionné de péplum et de mythologie, Michel Eloy signe également un très beau livret joliment illustré qui, à une ou deux coquilles près, est une mine d'informations utiles concernant le film (les libertés prises avec le mythe, les improbables croisements de récits qui finissent par donner le script du film de Bava) et ses à-côtés (Christopher Lee, la production de films épiques en général, les vampires, la Divine Comédie, etc.). Bref, un objet qui ne sert pas seulement à embellir sa vidéothèque !

Liste des bonus : Livret 80 pages rédigé par Michel Eloy : Sur les berges du Styx, Thésée au Centre de la Terre : entretien avec Giorgio Ardisson & Fabio Melelli ; Bandes-annonces allemande, anglaise et américaine ; Diaporama

 
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