DISTRICT 9
Afrique du Sud / Nouvelle-Zélande - 2009
Image plateforme « Blu-Ray »
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Genre : Science-fiction
Réalisateur : Neill Blomkamp
Musique : Clinton Shorter
Image : 1.85 16/9
Son : Français et anglais DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 110 minutes
Distributeur : Metropolitan
Date de sortie : 20 janvier 2010
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Il y a vingt-huit ans, des extraterrestres entrèrent en contact avec la Terre...Ces visiteurs d'au-delà des étoiles étaient des réfugiés et furent installés dans le District 9, en Afrique du Sud, pendant que les nations du monde se querellaient pour savoir quoi en faire...La tension entre extraterrestres et humains atteint son maximum lorsque le MNU commence à évacuer les non-humains du District 9 vers un nouveau camp, en envoyant des agents de terrain s'occuper de leur transfert...
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Total film

Révolutionnaire. Dans tous les sens du terme. Et bien que ce qualificatif soit le plus pertinent pour décrire le premier long-métrage de Neill Blomkamp, pas sûr qu'il suffise à embrasser l'ampleur du métrage et sa puissance, qu'elle soit thématique, narrative, visuelle ou encore émotionnelle. Neill Blomkamp vient simplement de réaliser le premier film « total », offrant au passage un nouveau visage à la science-fiction et au cinéma d'action modernes.

 

District 9 est d'abord une claque narrative bâtie sur un schéma linéaire imparable. L'efficacité du scénario (une trame que d'aucuns pourraient à raison qualifier de « simple ») repose sur la proximité, l'identification, que l'auteur-réalisateur instaure entre le personnage principal et le spectateur. Tout comme Wikus, cet émissaire du MNU catapulté par pur piston familial sur une mission de terrain qu'il ne connaît pas, le spectateur découvre la réalité du District 9. Le spectateur arpente alors le bidonville, se frayant un chemin entre les tôles des baraquements de fortune des aliens, immergé via la caméra portée de « Trent » (prénom du vrai directeur de la photographie du film !) et qui se révélera par la suite le seul ami-partisan du personnage principal car seul véritable témoin des évènements. La caméra ne ment pas et le spectateur (véritable alter ego de la caméra portée) est invité au spectacle de la vérité. Ainsi, à ce moment, Wikus et le spectateur ne sont encore que de simples observateurs, le film s'ornant de tous les apparats stylistiques du documentaire. Puis, progressivement et toujours de façon très linéaire, l'histoire va basculer, se resserrer sur Wikus van der Merwe et son destin, la caméra portée laisser de plus en plus d'espace aux plans posés (voire à quelques séquences contemplatives) et le scénario va alors s'engager dans un récit de pure fiction. La transition, subtile, est remarquable d'intelligence. Blomkamp vient de transcender le concept de film à narration subjective shaky-camée. Dès lors, tout comme Wikus, qui constitue désormais le cœur même du métrage et de son déroulement, le spectateur empathique vient de perdre sa situation d'observateur : il est DANS le film. L'immersion est totale.

 

Au-delà de ses qualités d'écriture, District 9 contient une richesse thématique proprement hallucinante et copieusement référencée. En effet, quelle audace faut-il pour imaginer accoupler, entre autres, la chair de Cronenberg à l'œil de Ridley Scott dans un documenteur sociopolitique de science-fiction ? Certes ces références sont évidemment visibles mais il ne s'agit pas de clins d'œil ou autres coups de coude complices, mais uniquement de pierres de taille destinées à construire un nouvel édifice. Blomkamp a réussi le tour de force de se les approprier, de les digérer. Et lorsque le réalisateur parvient in fine à accoucher d'un métrage aussi personnel, à engendrer un matériau totalement inédit, on ne parle plus d'audace mais bel et bien de génie. 

 

"you know Wikus, he never was very strong"

 

Le beau-père de Wikus, Piet Smit (Louis Minnaar) s'efforce par ces propos de tempérer sa fille qui assiste, impuissante, à la descente aux enfers de son mari. Cette phrase est une charnière. L'opposition qu'elle contient constitue le socle dramatique du second acte à venir. En effet, « Wikus » dont l'homophonie évoque l'adjectif « weak » (« faible », « fragile ») est opposé à « strong » (« fort », « solide »). Or, à cet instant précis, via un montage parallèle nous faisant ressentir toute l'intensité dramatique de la séquence, le film montre Wikus au plus bas, affrontant la mort et côtoyant les enfers. Si bien que les propos du beau-père résonnent de façon terrible. D'autant plus que cette opposition est relayée par un autre antagonisme, plus sournois encore : ces propos ne servent qu'à masquer une toute autre vérité. Dès lors, cette sentence est autant oracle qu'affront. Offensante et décisive, elle annonce le Fatum et la naissance à venir d'un héros. Lors de cette séquence, Wikus vient donc d'être renié par ses congénères, il est exclu du monde des hommes. Entre vie et mort, il va devoir survivre d'abord, puis renaître et trouver sa véritable identité, et ce jusque dans sa chair. La quête peut alors commencer et, de la remontée des Enfers au Sacre sacrificiel, c'est à la naissance d'un Héros que nous allons assister. Cette traversée aboutira finalement sur un spectacle d'actioner inouï (on pense à Cameron), viscéral et déchirant d'émotion, souligné par la puissance du score tribal et Zimmer-ien de Clinton Shorter.

 

Par ailleurs, ces propos et le contexte qui va avec permettent également à l'auteur-réalisateur de nous indiquer sa position : l'humain ment, il déguise et manipule et ce dans le but de s'entredévorer. L'homme, animal politique, est également cannibale. Alors que les « Prawns » (« Crevettes », surnom que les hommes attribuent aux aliens), elles, s'entraident et mangent du pâté pour chat... Ainsi, le film va au-delà du simple discours sur la nationalité et l'aberrant concept de « race », prolongeant le prétexte / contexte politique initial (i.e. situer un film de SF en plein Apartheid) jusque dans la chair de ses personnages. Il n'est plus alors question que d'une réflexion sur l'identité. Ainsi, partant de la place de l'homme dans une société multiple, le film s'interroge ensuite sur l'individu, quasiment au sens physiologique. Sur ce qui fait que l'on est homme. Sur l'Humain et sa condition fragile. 

Romain Basset












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Image :
Avec son dispositif narratif reprenant la structure du documentaire, ou film-témoin, Disctrict 9 aurait pu jouer comme beaucoup sur une esthétique crasseuse et mal habile. Il n'en est rien puisqu'à l'heure de la HD n'importe quel téléaste peut sortir du bon matos (ou presque)... en l'occurrence ici une toute nouvelle caméra Haute Definition Red One aux performances des plus appréciables dont les capacités de captation sont largement exploitées par le format Blu-ray. Le léger grain train naturel reste présent, mais n'entache en rien la vivacité des couleurs, la puissance des contrastes et la profondeur impressionnante des noirs. Une copie parfaite. L'un des meilleurs disques sur le marché.  

 

Son :
Si le doublage français a beaucoup de mal à rivaliser avec l'immédiateté de la version anglaise, son mixage DTS-HD Master Audio 5.1 tient bien la distance à côté de son homologue anglais. Il faut dire que ce dernier est un pur enchantement pour les écoutilles avec sa façon de s'imposer dans un mélange subtilité/mastoc sur les différentes enceintes de l'installation, faisant vrombir le caisson de basses de bien belle manière. Aucune source n'estompe les autres et tout paraît élégamment balancé. Techniquement District 9 est un Blu-ray clairement imposant.

 

Interactivité :
Certains remarqueront sûrement que des bonus de l'édition américaine ont disparu ici. Peu importe serions-nous tentés de dire puisqu'il ne s'agit là que de gadgets factuels comme nos camarades anglo-saxons les affectionnent tant. L'essentiel est lui largement étalé sur la galette. A commencer par un commentaire passionnant de bout en bout, servi par un réalisateur passionné qui explore posément tous ses choix de mise en scène et son approche du projet. Il n'en reste pas là puisqu'il revient dans la foulée via un petite journal vidéo complémentaire où il évoque même le fameux projet d'adaptation d'Halo. Déjà plutôt solide, la section interactivité se poursuit grâce à un très bon documentaire sur le tournage, des featurettes sur le jeu des acteurs, les maquillages et le tournage des séquences impliquant les aliens. Le tout est parfaitement explicité, bourré d'anecdotes et de vraies réflexions sur le métrage. Enfin, le disque s'achève par une sélection de scènes coupées (rarement achevées en post-prod) laissant surtout la place à quelques témoignages supplémentaires. Pas de doute, cette édition est un joli cadeau pour les nombreux fans de District 9.   

 

Liste des Bonus : Commentaire audio du réalisateur, The Alien Agenda, Scènes coupées (23'), Créer l'univers de District 9, Génération Alien, Métamorphose, Innovation, Bandes-annonces

 
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