EL PERDIDO
The Last Sunset - Etats-Unis - 1962
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Genre : Western
Réalisateur : Robert Aldrich
Musique : Ernest Gold
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 112 minutes
Distributeur : Sidonis
Date de sortie : 17 février 2020
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Bren O’Malley est poursuivi pour meurtre. Alors qu’il est rattrapé par le shérif qui est à ses trousses, il trouve refuge chez les Breckenridge. Il convainc alors la famille de l’employer lui et son poursuivant pour convoyer un troupeau vers le Texas. Jusqu’à ce que le shérif découvre qu’O’Malley n’a pas choisi cette famille par hasard...
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Un homme et une femme

Hasard du destin (et du calendrier), c'est quelques jours seulement après la disparition de Kirk Douglas, à 103 ans, que ressort en bluray l'un de ses plus beaux films. El Perdido, un western pas comme les autres, plus romantique que guerrier ou vengeur (bien que ce dernier thème y soit présent) et signé par le grand Robert Aldrich. Un nouveau bijou dans l'incontournable collection dédiée au genre de Sidonis Calysta.

Après Bronco Apache, film de traque pro-indiens, et Vera Cruz, dominé par les personnalités de ses deux héros qui troublent les frontières, habituellement bien délimitées dans le genre, entre le bien et le mal, Aldrich signe son troisième western avec El Perdido. A l'origine, une nouvelle d'Howard Rigsby, auteur de westerns et de romans noirs que Dalton Trumbo va adapter pour signer son scénario. L'histoire d'un hors-la-loi recherché pour meurtre et traqué sans relâche par un shérif vengeur (la victime du fuyard étant son beau-frère). Jusque là, rien de moins qu'une banale histoire du grand Ouest, dont la promesse contient son lot de gunfights au soleil. Sauf que l'auteur y place l'histoire, centrale, d'un homme et d'une femme. Celle d'O'Malley, irlandais de souche, qui fit un jour le mauvais choix de laisser filer l'amour de sa vie. Et celle de Belle, qui tenta de l'oublier, persuadée que son caractère autoritaire et violent ne pouvaient lui apporter que tristesse et mort. Un sujet en or pour un cinéaste de la trempe d'Aldrich, à qui Kirk Douglas, avide d'un rôle à sa mesure, va confier la réalisation.

 

de grandes espérances


Car c'est bien la personnalité de Douglas, et sa propension à jouer des personnages haut en couleurs, voire ambigus, qui vont donner toute sa sève au film. Avec sa tenue noire très serrée, son foulard rouge noué autour du cou et sa large ceinture, le personnage d'O'Malley évoque plus le swashbuckler que le western. Idée renforcée par son arme de prédilection, un Derringer à deux coups, petit pistolet de poche, sans chargeur, qui le distingue un peu plus des habituels pistoleros croisés dans les déserts américains. Face à lui, un shérif vengeur incarné par Rock Hudson, personnage de cow boy dans son assertion littérale (il est embauché pour conduire un troupeau) mais rendu quasi transparent par un scénario faisant la part belle au bandit Douglas. Entre eux deux, Belle, une femme forte, incarnée par Dorothy Malone, qui gère son ranch dans l'ombre d'un mari alcoolique et traumatisé par la guerre de Sécession (le grand Joseph Cotten). L'arrivée d'O'Malley va évidemment tout perturber et mêler tous ces personnages brisés et rêvant d'une vie meilleure. Grandes espérances caractérisées par le personnage de Missy (Carol Lynley), adolescente et fille de Belle, qui se sent prisonnière de ce ranch perdu en plein désert et qui va évidemment être de plus en plus attiré par O'Malley, symbole de liberté et d'ailleurs.

 

un amour impossible


Au diapason de la plume de Trumbo, qui offre au film la substantifique moelle dont a besoin son histoire aux accents romanesques et tragiques très largement appuyés, Aldrich ne fera jamais dans la surenchère. Sa réalisation collant au plus près des personnages et faisant des joutes verbales et des regards de Belle et O'Malley le vrai duel du film. Malone et Douglas excellant dans l'exercice et rappelant que ce dernier, malgré sa gueule taillée à la serpe et sa fameuse fossette, pouvait aussi bien interpréter un guerrier viking qu'un homme au coeur brisé qui ne rêve que d'amour. Afin de donner au film le rythme et l'action nécessaire, Trumbo insère plusieurs petits rebondissements sur le chemin emprunté par les meneurs de bétail. Ici trois outlaws aux mauvaises intentions, là une attaque en territoire indien... Si la construction du film, entre action et romance, fait à ce moment penser à La Captive aux Yeux Clairs de Hawks, il n'en est rien, tant ces quelques « temps morts » dans l'histoire de Belle et O'Malley, semblent artificiels et finalement inutiles. Une sensation que viendra confirmer la dernière partie du film, où la caméra d'Aldrich, aidée par les partitions d'Ernest Gold, côtoiera le romantisme le plus échevelé, offrant presque des scènes à la Fleming. Du moins jusqu'à une révélation qui précipitera les évènements et classera définitivement El perdido parmi les films les plus audacieux (pour ne pas dire sacrément casse-gueule) de son époque.

Romantisme, vengeance, trauma... Si par sa forme et ses figures imposées par le genre El Perdido a tout du western, ses personnages, ses thèmes et ses envolées inhabituels en font un film difficilement classable, à l'image de son réalisateur. L'un des plus grands qui fut et qui offrit au cinéma sa plus profonde essence : des images et des émotions inoubliables.

Laurent Valentin








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Image :
Inutile de tourner autour du pot : El Perdido compte parmi les portages les moins réussis de l'éditeur. Dès son introduction, la mauvaise qualité du master saute aux yeux comme le serpent sur le voyageur imprudent. Rayures, tremblements, flous, couleurs changeantes d'un plan à l'autre... rien ou presque ne nous est épargné. Heureusement, les choses changent en cours de métrage, offrant des passages où les affres du temps subis par la pellicule ne sont plus qu'un lointain souvenir (la scène de la taverne, le premier dialogue entre O'Malley et belle dans la grange) et même des moments magnifiés par le numérique (l'adieu d'O'Malley à Missy, le duel final).

 


Son :
La stéréo numérique habituelle sur ce type de titres et qui fait une nouvelle fois preuve d'énergie et d'ampleur. Mention spéciale à la vo, comme toujours, mais la vf n'est pas en reste et tient la route.

 


Interactivité :
Un documentaire et deux entretiens. Dans le premier, plusieurs historiens du cinéma reviennent sur la carrière d'Aldrich et sur El Perdido en particulier. Rapprochant son intro à du Anthony Mann ou revenant sur la genèse du film, produit par la maison de productions de Kirk Douglas avec pour seul but, d'abord, d'empêcher sa banqueroute. Les relations de l'acteur avec Aldrich aussi, sur lesquels revient également Bertrand Tavernier dans un entretien d'une vingtaine de minutes, passionnant comme toujours. Enfin, c'est Patrick Brion, grand spécialiste du western et habitué des bonus de l'éditeur qui replace le film parmi la filmographie westernienne de son réalisateur, composé de six pièces. Entre anecdotes et analyse, trois bonus intéressants qui prolongent tous l'expérience du film à leur manière.

Liste des Bonus : El Perdido, le Crépuscule des Héros (24'47), Présentation par Bertrand Tavernier (21'31), Présentation par Patrick Brion (10'19).

 
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